"La peur de mourir est là" : après les incendies, le traumatisme des évacuations
Alors que la situation reste très défavorable sur le front des incendies, notamment en Gironde où les flammes ont ravagé 42.000 hectares et contraint 220.000 personnes à évacuer, mais aussi dans les Landes et le Var, une autre urgence apparaît : celle des conséquences psychologiques. Après le choc de l’évacuation, la peur et le sentiment d’impuissance peuvent laisser des traces durables chez les habitants comme chez les sapeurs-pompiers mobilisés.
Après les évacuations massives liées aux incendies, les conséquences psychologiques commencent à apparaître chez les victimes et les secours © Alexandre P. Junior / PexelsAlors que les incendies continuent de ravager plusieurs territoires, notamment en Gironde où 42.000 hectares ont été détruits et où 220.000 personnes ont dû être évacuées, les secours poursuivent leur mobilisation face à une situation toujours très préoccupante. Derrière l’urgence opérationnelle et la lutte contre les flammes, une autre question se pose : celle des conséquences psychologiques laissées par ces événements traumatisants.
Pour analyser ces blessures invisibles, Cynthia Mauro, docteure en psychologie, experte psychologue et sapeur-pompier volontaire au sein du Service départemental d’incendie et de secours du Nord (SDIS 59), revient sur le choc vécu par les populations évacuées, mais aussi par les équipes de secours engagées plusieurs jours sur le terrain.
Après l’évacuation, le traumatisme peut apparaître plusieurs jours plus tard
Quitter son domicile en urgence, parfois en pleine nuit, avec seulement quelques minutes pour prendre quelques affaires, peut constituer une expérience profondément marquante. “Il faut vraiment être dans la situation pour pouvoir vraiment se représenter”, explique Cynthia Mauro. “La peur de mourir doit être vraiment l’émotion centrale dans ce genre d’événement”, estime la psychologue. Mais l’impact dépend aussi de la manière dont l’évacuation est vécue : certaines personnes ont pu anticiper leur départ, tandis que d’autres ont dû quitter leur logement dans l’urgence.
Dans les premières heures, les victimes sont généralement concentrées sur leur survie et leur sécurité. “Les gens sont extrêmement mobilisés pour se mettre en sécurité, rassembler leurs affaires”, décrit Cynthia Moreau. Une réaction qui peut temporairement les protéger du choc : “Ils sont dans un fonctionnement qu’on appelle l’agir, qui peut être très protecteur sur la dimension psychotraumatique”.
Les gens sont extrêmement mobilisés pour se mettre en sécurité, rassembler leurs affaires.
Mais lorsque la situation se stabilise, les émotions peuvent refaire surface. “Ça va être souvent quelques jours ou quelques semaines après, lorsqu’ils ont retrouvé un peu de sécurité matérielle, qu’à ce moment-là, ils pourront relire ce qu’ils ont vécu”, explique-t-elle. C’est souvent à ce moment que les symptômes liés au traumatisme peuvent apparaître. Les enfants sont également concernés. “Ils observent beaucoup les adultes et le sentiment de sécurité va dépendre de la manière dont les adultes vont les accompagner”, souligne Cynthia Mauro. La mise en place d’espaces adaptés dans les centres d’accueil, avec des jeux et des moments de détente, permet alors de réduire progressivement leur stress et de leur redonner des repères.
Les sapeurs-pompiers aussi confrontés aux conséquences psychologiques
Au-delà des habitants évacués, les incendies représentent également une épreuve psychologique importante pour les secours. Si les pompiers sont préparés techniquement à intervenir lors de catastrophes majeures, ils restent confrontés à la détresse humaine. “Ils sont plongés dans l’intime d’une tragédie”, explique Cynthia Mauro. Face à l’ampleur des feux, ils peuvent eux aussi ressentir un sentiment d’impuissance, malgré leur mission de protection et d’aide aux populations.
Ils sont plongés dans l’intime d’une tragédie.
Pour la psychologue, les sapeurs-pompiers sont préparés à intervenir sur le terrain, mais l’ampleur de certains événements peut les affecter profondément. Ils doivent gérer à la fois leur mission opérationnelle et la charge émotionnelle liée aux victimes qu’ils accompagnent. Les services départementaux d’incendie et de secours disposent aujourd’hui d’unités de soutien psychologique pour accompagner les équipes exposées à des événements particulièrement marquants. “Chaque service départemental d’incendie et de secours dispose d’unités de soutien psychologique spécifique pour les équipages qui seraient exposés à des événements plus ou moins impactants”, rappelle Cynthia Mauro.
Face à ces drames, les proches ont également un rôle important à jouer. “Il faut surtout veiller à ce qu’elle ne soit pas isolée”, insiste la psychologue. Le soutien social et l’accompagnement permettent alors de retrouver progressivement des repères : “Le soutien communautaire, le soutien social est un élément extrêmement important pour tenter de réinjecter de l’espérance dans un événement aussi effroyable et aussi dramatique”.


Chaque soir dans le 18/19 de l'été, un entretien avec un invité qui fait l'actualité.




