“La loi sur la fin de vie est inapplicable”, affirme la psychologue Marie de Hennezel
Rien ne semble désormais s'opposer à la légalisation de l'euthanasie en France. Pourtant, de grandes voix se font entendre pour s'opposer à une telle loi. Marie de Hennezel, psychologue clinicienne, est spécialisée dans le deuil, l’accompagnement des personnes âgées et la fin de vie. Elle déplore la méconnaissance du grand public face à ce texte de loi.
Marie de Hennezel ® Mélanie NiemiecLe 9 février, la commission des affaires sociales a adopté la proposition de loi visant à "garantir l’égal accès aux soins palliatifs". L’examen en hémicycle se déroulera la semaine prochaine et le vote solennel le 24 février. Le même jour que celui sur le "droit à l’aide à mourir".
Suppression du délit d'incitation
"Les citoyens ne savent pas ce qu’il y a dans ce texte", affirme Marie de Hennezel. Elle l’assure, après une lecture attentive, "personne ne peut être d’accord avec cette proposition dans sa forme actuelle". La psychologue qualifie de "choquant" le rejet du délit d’incitation au suicide, contrastant avec l’adoption du délit d’entrave. Cela signifie qu’une personne incitant un patient à recourir à l’euthanasie "ne sera pas punie" mais qu’une personne essayant de l’en dissuader peut "écoper d’une amende ou d’une peine de prison". Elle alerte également sur la suppression d’un amendement qualifiant que seules les souffrances physiques rendent valide une demande d’euthanasie. Dorénavant, "une souffrance psychologique permettra de demander la mort". Marie de Hennezel constate un écart entre les personnes qui travaillent en soins palliatifs et le reste des Français. Les soignants sont majoritairement opposés à cette loi, tandis que la société y semble favorable. Elle explique cela par "l’aspect lointain et peu connu" de la mort. Cette loi est selon elle "inapplicable" et provoquera un "désordre épouvantable" dans les services hospitaliers. A l’instar de Claire Fourcade, qui a déclaré être "prête au délit d’entrave", Marie de Hennezel affirme "qu’elle ne sera pas la seule".
Cette loi va provoquer des situations inhumaines.
"La société est incapable d'accompagner"
Dans sa pratique de la psychologie, les expériences d’accompagnement variées qu’a vécu Marie de Hennezel lui font dire que c’est "la parole qui permet parfois d’aider à mourir". Les derniers mots, les derniers gestes échangés avec les proches sont, pour les personnes au seuil de la mort, "une forme de délivrance". Cette loi pourrait provoquer des divisions au sein des familles. "J'ai reçu des personnes impliquées dans le suicide assisté d'un parent ; ce sont des mois de cauchemars et de culpabilité", témoigne-t-elle. L'adoption de cette loi sans un débat approfondi pourrait, selon Marie de Hennezel, "exacerber la division sociale et familiale", en plus de compliquer le travail des soignants.


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