« La jeunesse est un enjeu absolument fondamental pour notre pays, dans les années qui viennent », affirme Jean-Marc Sauvé
Il y a 160 ans, le 19 mars 1866, un prêtre d'origine modeste s'installe dans le quartier d'Auteuil à Paris, rue La Fontaine. L'abbé Louis Roussel veut offrir un toit et une instruction aux orphelins du quartier. L'œuvre des Orphelins et Apprentis d'Auteuil est née. Demeurer au services des jeunes, en particulier les plus fragiles, voilà encore la mission de cette œuvre, 160 ans plus tard. Jean-Marc Sauvé en est le président, jusqu'en juin. Haut fonctionnaire, ancien vice-président du Conseil d'État, il pointe l'importance des politiques publiques en soutien à la jeunesse.
RCF Notre DamePlus de 2 000 enfants sont sans solution d’hébergement en France. C'est 30 % de plus qu’en 2022. Ils sont plus de 1 760 en Île-de-France. Les Apprentis d'Auteuil les accompagnent depuis 160 ans.
Les parents de plus en plus impliqués
Jusqu'à 2009, c'était les « Orphelins et Apprentis d'Auteuil ». Désormais, « la plupart des enfants qui sont chez nous, ont encore leurs parents », souligne Jean-Marc Sauvé. Cela implique une attention particulière à la situation familiale, et ainsi, une prise en compte qui dépasse le prisme de l’enfant lui-même.
« Les enfants viennent de leur famille, ils ont vocation à y retourner. Donc, nous sommes dans une logique de soutien à la parentalité », affirme-t-il. Il existe, à présent, un enjeu essentiel : accompagner les parents et mener un travail éducatif en collaboration avec eux.
Une crise financière
L’œuvre sociale est financée à 40 % d’aide privées, comptant bienfaiteurs, mécènes et donateurs et à 60 % de l’État, des départements et des régions. Cependant, la crise économique que connaît la France depuis la COVID-19 a drastiquement réduit les ressources financières de la fondation : « en matière d'insertion professionnelle, nous avons en trois ans, perdu les trois quarts de nos crédits », déplore Jean-Marc Sauvé.
Des conséquences sans précédent, 75 000 jeunes sortent du système scolaire chaque année sans stage, sans emploi et sans formation. Il est donc essentiel, selon le haut fonctionnaire français, de « redimensionner [les] actions ». De plus, ce sont « la moitié des jeunes de moins de 25 ans qui sont à la rue, […] ont été placés dans les services de la protection de l'enfance », souligne-t-il.
Être attentif à la jeunesse
Pourtant, pour le haut-fonctionnaire, il y a urgence à prendre soin de la jeunesse. « C'est […] par la jeunesse que nous coulerons ou que nous sortirons des difficultés auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés », affirme le président d’Apprentis d’Auteuil.
« Les choix qui sont faits, sont […] au bénéfice d'un ensemble de politiques qui conduisent à marginaliser, à réduire le soutien des politiques au service des jeunes car les jeunes ne votent pas », pointe-t-il. Aujourd’hui, les départements ont un ordre de priorité dans le cadre de leur action sociale : Les personnes âgées, puis le handicap et en dernière position, la jeunesse. Ce sont les politiques en faveur de la jeunesse qui constituent les premières « victimes » des économies budgétaires.
Les jeunes en difficulté sont donc marginalisés, eux, qui pourtant, mobilisent toutes leurs ressources pour déployer une énergie impressionnante. « Qu'est-ce qu'on veut pour eux? Leur tendre la main (et) permettre de déployer leur énergie ou se désintéresser d'eux ? », questionne le président de la fondation.
Une œuvre spirituelle
L’œuvre sociale est portée par une dimension spirituelle indéniable. Reconnue d’utilité publique en 1929, elle est également une œuvre de l’Église catholique, sous la tutelle de l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich. L’objectif est d’accompagner les enfants dans leur chemin spirituel tout en respectant toujours la liberté de conscience et de religion. « Nous avons un service de la pastorale qui est présent à la fois au siège national et dans les régions, mais également dans les établissements », précise Jean-Marc Sauvé.
En effet, toutes les dimensions de la personne humaine sont prises en compte qu’elles soient psychologiques, intellectuelles, corporelles et affectives. Cependant, il ne faut pas ignorer la dimension spirituelle. « On ne peut pas la nier et on ne le veut pas », affirme le président de la fondation.
Un encouragement bienvenu envoyé par le pape Léon XIV. « C'est un grand encouragement à poursuivre ce que nous faisons, à le respecter ». Son message correspond pleinement avec les fondamentaux et les principes de la fondation. « Le pape nous accorde aussi sa bénédiction apostolique et c'est vraiment une source d'inspiration que de lire ce que le pape nous demande de faire », conclut Jean-Marc Sauvé.


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