« La démocratie n'est pas le danger, mais elle est malade » : Jean-Guillaume de Tocqueville parle de l’amitié franco-américaine à l'heure de Trump
La démocratie tient encore debout. Cependant, elle montre des signes de fragilité inquiétants. En relisant "De la démocratie en Amérique", Jean-Guillaume de Tocqueville, avocat, président de la Fondation Tocqueville et de l'association French Heritage Society (FHS), souligne la pertinence des analyses de son ancêtre.
Jean-Guillaume de Tocqueville, avocat aux barreaux de Paris et de New York depuis 1990 ; © RND-RCF« La démocratie n'est pas en danger, mais elle est malade ». Les 250 ans de l'indépendance américaine sont l'occasion de relire Alexis de Tocqueville. Les avertissements lancés il y a près de deux siècles semblent aujourd'hui se confirmer, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe.
« La démocratie est malade »
La première idée forte est là. Jean-Guillaume de Tocqueville rappelle que son ancêtre voyait la démocratie comme « le seul système qui permet aux hommes de vivre librement dans la dignité » mais à une condition : que les citoyens restent acteurs. « Une bonne démocratie ne fonctionne bien que si la société civile s'implique », estime l'avocat.
À l'inverse, plusieurs dérives menacent aujourd'hui les démocraties occidentales. « La déconnexion entre les élites et le peuple, la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés, l'individualisme catastrophiquement amplifié par les réseaux sociaux », énumère le président de la Fondation Tocqueville. Sans oublier la centralisation du pouvoir. Alexis de Tocqueville parlait déjà d'un « despotisme doux », cet État protecteur auquel les citoyens finissent par tout déléguer au nom de l'égalité.
Trump, révélateur plus que cause
Donald Trump n'est pas présenté comme étant à l'origine de la crise démocratique mais comme son révélateur. « On voit ce qui se passe avec le président Trump. On voit ce qui se passe en Europe avec la Hongrie ou la montée des mouvements populistes », observe Jean-Guillaume de Tocqueville. Pour lui, le phénomène va au-delà des États-Unis.
Sur la relation franco-américaine, il invite pourtant à prendre du recul. « Trump n'est pas éternel », souligne-t-il. Les tensions actuelles laisseront des traces, notamment après « la manière dont Trump a humilié les Européens », remarque l'avocat mais elles ne suffiront pas à effacer deux siècles d'histoire commune. « On ne peut pas tirer un trait sur 200 ou 300 ans d'amitié comme ça », affirme-t-il.
Une alliance qui dépasse la politique
Selon Jean-Guillaume de Tocqueville, la preuve que la démocratie ne se résume pas qu'aux institutions se trouve aussi dans la société civile, si chère à Alexis de Tocqueville. Après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2019, le soutien américain s'est aussitôt mobilisé. French Heritage Society a ainsi collecté 2,6 millions de dollars pour la restauration de l'édifice. Cet exemple illustre la conviction défendue par Jean-Guillaume de Tocqueville : les liens entre la France et les États-Unis ne reposent pas seulement sur les dirigeants. Ils vivent aussi grâce aux citoyens. C'est précisément ce qu'Alexis de Tocqueville observait déjà au XIXe siècle. Et c'est peut-être aujourd'hui encore, sa leçon la plus actuelle.


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