La colère du collectif scolaire Bellevue : ils demandent un reclassement en éducation prioritaire
Le collectif des établissements scolaires du quartier de Bellevue s'est rassemblé jeudi 28 mai, devant les grilles du collège Puits de la Loire. L’établissement attendait la visite de la rectrice de l’académie de Lyon, Anne Bisagni-Faure. Elle a été accueillie par les manifestants et leurs pancartes.
Les manifestants du collectif des établissements du quartier de Bellevue, pancartes en main, devant le collège Puits de la Loire ©photo Elise VantrepolJeudi 28 mai dernier, la rectrice de l’académie lyonnaise était en visite à Saint-Étienne. Anne Bisagni-Faure était reçue au collège Puits de la Loire, classé « collège en progrès », pour l’augmentation des bons résultats des élèves en difficultés. Mais à son arrivée devant l’établissement, l’équipe enseignante et éducative du collectif des écoles et collège du quartier de Bellevue s’est rassemblée pour manifester.
« Prioritaires sur le papier, oubliés sur le terrain », « situation aberrante, réponse inexistante », pouvait-on lire sur les pancartes. Le collectif Bellevue regroupe plusieurs établissements scolaires du quartier, notamment le collège Honoré d’Urfé. Depuis le 2 avril, le personnel éducatif du collège est en grève reconductible. Ils tirent la sonnette d’alarme sur le trop-plein d’élèves : plus de 1 000 élèves entassés dans des locaux prévus pour 700. Un sureffectif criant, dans un quartier déjà fragilisé, qui cristallise la colère d'une équipe enseignante épuisée.
Un collectif de quartier pour peser davantage
Face à l'urgence, les équipes éducatives du collège Honoré d'Urfé ne se sont pas contentées de hausser la voix seules. Elles ont choisi de s'organiser en collectif avec les autres établissements et écoles du quartier de Bellevue, qui partagent les mêmes difficultés structurelles. Ensemble, ils portent une revendication commune : le classement en REP+, le réseau d'éducation prioritaire renforcé. Ce reclassement permettrait d'obtenir des moyens supplémentaires, davantage d'enseignants, des effectifs réduits par classe, et un accompagnement social renforcé.
Une des pancartes des manifestants du collectif des établissements Bellevue, où il est inscrit " Prioritaires sur le papier, Oubliés sur le terrain" ©photo Elise VantrepolUne mobilisation face à la rectrice et à l'inspecteur académique
Lorsqu’ Anne Bisagni-Faure, la rectrice, est arrivée sur place, les manifestants ont directement fait entendre leurs revendications. « Si on se met en grève depuis le 2 avril, c'est pour défendre dans la longueur un service public d'éducation qui tombe en ruine. Et que madame la rectrice ne daigne même pas répondre à nos courriers. Et quand elle vient à Saint-Étienne, ne passe pas nous voir, c'est beaucoup de colère. » exprime Simon Rubert, représentant des enseignants du collège Honoré d'Urfé.
Des réponses jugées insuffisantes
La rectrice annonce alors une visite au collège Honoré d'Urfé en juin, lors des révisions du Brevet national des collèges. Une promesse accueillie froidement par les manifestants : « On attend des solutions, on attend pas juste une visite, on veut des solutions. Avec des moyens qui sont équivalents aux moyens d'éducation prioritaire », lui ont-ils rétorqué sur place.
La question des moyens est précisément au cœur des tensions. Lorsque l'institution évoque le statut de « collège aberrant », qui les classe parmi les 9 % des établissements les plus défavorisés du pays, comme une alternative suffisante au REP+, les enseignants bondissent.
Laure Granjon, professeure au collège Honoré d'Urfé, pointe une injustice criante : « On nous a parlé d'indemnités pour missions particulières. Les AED, les AESH, les personnels de direction ne toucheront pas un centime. Alors quand on est en éducation prioritaire, tous les personnels bénéficient de primes en reconnaissance des conditions de travail qui sont dégradées. Quand on entend que les moyens sont équivalents, collège aberrant et éducation prioritaire... On ne peut pas les laisser dire ça. »
Le personnel éducatif exige donc une réduction concrète et effective du nombre d’élèves par classe, et non la simple promesse de ne pas les augmenter davantage.
