Kiev : pourquoi les lieux de culte sont-ils devenus des cibles de guerre ?
Alors que les frappes s'intensifient entre la Russie et l'Ukraine, c'est un chef d'œuvre du patrimoine religieux qui a été la cible de tirs dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 juin. La cathédrale de la Dormition, à Kiev, a pris feu suite à une attaque russe. Depuis le début du conflit, des centaines d'édifices religieux ont été touchés. Pourquoi les lieux de cultes sont-ils visés ?
La cathédrale de la Dormition de la laure des Grottes de Kiev, endommagée à la suite d'une attaque massive menée par la Russie, le 15/06/2026 ©Virginie Nguyen Hoang/ Hans LucasLes frappes russes ont endommagé la cathédrale de la Dormition. Un incendie a ravagé une partie de l'édifice, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le sommet a été détruit et le sort des fresques de l'iconostase inférieure suscite également des inquiétudes.
Cette attaque s'ajoute à une longue série de destructions et de dégradations touchant des édifices religieux depuis le début de l'invasion russe en Ukraine. Un lieu de culte, ce n'est pas simplement un bâtiment. C'est aussi des personnes qui s'y retrouvent pour y prier, particulièrement pour prier en faveur de la paix. Ce sont des personnes qui ne sont pas armées, les fidèles qui s'y réunissent.
Un lieu historique et vivant
La cathédrale de la Dormition est l'un des joyaux de la religion orthodoxe à Kiev. Elle se situe au sein de l'ensemble monastique de la Laure des Grottes, un lieu emblématique de l'histoire chrétienne ukrainienne. Ce sanctuaire demeure aujourd'hui un lieu de culte actif, fréquenté par des évêques, des moines et de nombreux fidèles. C'est un lieu historique très important pour l'Église en Ukraine, mais également un lieu toujours vivant. Devant la cathédrale, les photographies de personnes tuées au combat rappellent le poids de la guerre.
Le site revêt ainsi une dimension mémorielle importante. « S'attaquer à tout lieu de culte, c'est une grave atteinte au droit international et plus encore à la vie des communautés chrétiennes qui s'y réunissent », déclare Monseigneur Hugues de Woillemont, directeur général de l'Œuvre d'Orient, qui se trouvait déjà en Ukraine il y a un mois. Dans un communiqué, l'UNESCO a indiqué craindre des dégâts importants aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'édifice. Sur les images aériennes, on voit que le toit a été partiellement détruit. Une façade de la cathédrale a également été éventrée.
Des centaines de sites religieux touchés
Dans cette guerre entre la Russie et l'Ukraine, le patrimoine religieux est loin d'être épargné. L'ONU a répertorié, il y a quelques mois, 150 sites qu'elle a pu elle-même visiter et constater. Mais le chiffre qui circule est beaucoup plus élevé. Sur plusieurs médias, on parle de 500 sites et édifices religieux qui sont touchés par cette guerre.
Les conséquences de ces attaques sont visibles dans de nombreuses régions du pays. Dès 2022, plusieurs églises situées près de Kiev portaient déjà les traces des combats et des impacts de balles. « En fait, ce n'est pas nouveau, c'est une arme de guerre et s'attaquer aux chrétiens et aux autres religions d'ailleurs est toujours un fait très grave qu'il nous faut dénoncer. Nous défendons la protection des lieux de culte lors de tout conflit », insiste Mgr Hugues de Woillemont. Le métropolite Épiphane de Kiev, primat de l'Église orthodoxe d'Ukraine, a quant à lui dénoncé « un crime contre l'humanité, l'histoire et la chrétienté ».
La protection des lieux de culte demeure donc une priorité dans les conflits armés. Au-delà des pierres, ce sont aussi des communautés vivantes, des lieux de mémoire et des symboles spirituels qui sont visés.


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