Juliette Chesnel-Le Roux: à Nice, "il y a des enseignants qui vont faire des courses pour les enfants"
Chef de file du principal groupe d'opposition (de gauche et écologiste) à la ville de Nice, Juliette Chesnel Le Roux aborde la rentrée avec notre journaliste, Stèvelan Chaizy-Gostovitch. Entretien.
Juliette Chesnel-Le Roux dans le studio de RCF NiceUn drapeau dans l'ensemble des cours d'école de Nice. Qu'en dites-vous, Juliette Chesnel-Le Roux ?
Je dis simplement que c'est le rectorat qui décide des programmes des écoles et l'instruction civique fait partie de l'enseignement des élèves. Ce que je remarque, c'est que l'instruction civique est enseignée à l'école. On apprend les symboles, on apprend le drapeau, on apprend l'hymne, on apprend aussi à chanter au moins les premiers couplets de la Marseillaise.
permettre aux familles que tous les enfants soient dotés du même matériel dans toutes les écoles
Toutes les paroles sont d'ailleurs dans toutes les classes.
Exactement. Toutes les paroles sont affichées au mur des classes. Ce que je remarque, c'est qu'après le pavoisement de toutes les rues de Cagnes-sur-Mer par le maire Rassemblement National, maintenant c'est la ville de Nice qui veut mettre encore plus de drapeaux qu'il n'y en a aujourd'hui. Je pense qu'il y a d'autres investissements à faire que de mettre des drapeaux dans les écoles. Les dotations pour les écoliers — les dotations c'est l'argent qu'on donne à l'école pour permettre d'acheter le matériel nécessaire, les cahiers, faire les photocopies — n'ont pas augmenté. C'est-à-dire que c'est le même montant que l'année dernière alors que le coût de la vie a augmenté: c'est là qu'il aurait fallu faire un petit effort pour permettre aux familles que tous les enfants soient dotés du même matériel dans toutes les écoles.
1 million d'euros de crédit pédagogique, ça fait 31 € par élève. Ce montant n'a pas bougé cette année. Vous auriez espéré mieux à l'heure où les fournitures scolaires gratuites ont disparu pour les élèves de Nice ?
Il y a des écoles où les enseignants vont eux-mêmes faire les courses pour les enfants parce qu'il manque des crayons dans la trousse ou certains cahiers, plutôt que d'avoir des listes extrêmement coûteuses pour les parents. Il vaudrait mieux que ce soient les enseignants qui apportent les fournitures à l'école, fournies par l'école évidemment. Et pour ça, la dotation financière de la mairie est nécessaire. 31 € pour les maternelles, 38 € pour le primaire, c'est insuffisant, on le sait très bien. Ça ne veut pas dire qu'on est obligé de racheter un cartable, de racheter une trousse chaque année. Bien sûr, on peut réutiliser du matériel, mais qu'au moins les cahiers, les crayons, tout cela soit déjà fourni par l'école. C'était comme ça quand j'étais jeune. Quand j'étais petite, mes parents avaient juste à acheter le cartable. D'ailleurs, on se le passait de sœur à sœur, mais en l'occurrence, ce n'était pas nécessaire d'acheter tous les feutres de 1000 couleurs pour la rentrée des classes et il n'y avait pas de marque en plus qui a créé la concurrence entre les enfants.
Il faut un agent de sécurité dans certaines écoles
La rentrée, c'est aussi la sécurité. Il y a une expérimentation dans les écoles Bois de Boulogne et Digue des Français. Est-ce que l'expérimentation que va mettre en place la mairie de Nice avec un système d'alerte anti-intrusion est suffisant ?
Les boutons d'alerte, il y en a dans les écoles. Il y avait des agents de la mairie, des agents de sécurité qui étaient dans certaines écoles, pas forcément dans toutes puisque c'était à la décision du conseil d'école. Ce qui est très important, et le dysfonctionnement qu'il y a eu lors du dernier attentat dans le quartier des Moulins, ce sont les injonctions contradictoires entre ce qu'a dit le rectorat, la directrice, et ce que disait la ville à l'agent de sécurité. Il faut vraiment que les instructions soient très clairement établies et que la chaîne de commandement soit claire pour permettre aux enfants de rester confinés si c'est vraiment nécessaire, d'être accompagnés dans leurs déplacements à la piscine. Aujourd'hui, ils ont du mal à faire les déplacements vers la piscine tant les risques, en tout cas la peur, est présente dans le quartier des Moulins. Donc oui, il faut pour certaines écoles avoir cette possibilité-là d'avoir un agent de sécurité qui soit un agent de confiance, quelqu'un de connu, qu'il ne faut pas changer tous les jours bien sûr, connu des parents, connu des enfants et connu des enseignants.
Un animateur du centre de loisirs de l'école Terra Amata à Nice a été mis en examen et écroué en février 2026 pour des soupçons de viols et d'agressions sexuelles sur de jeunes enfants. Un rapport de gestion de ce fait grave a été dévoilé par le maire de Nice. Vous avez fait, suite à ce rapport, des propositions qui ont été suivies par le maire de Nice. Est-ce suffisant ?
L'intérêt d'avoir un numéro de téléphone, le 04 97 13 70 00, c'est que c'est simple parce qu'aujourd'hui les parents ou les enfants — parce que ça peut concerner des enfants, on sait très bien qu'ils savent se débrouiller avec les téléphones, les enfants — ne savent pas s'ils doivent téléphoner à la police, s'ils doivent téléphoner au directeur de l'école ou s'ils doivent téléphoner à un autre numéro. Là, c'est un numéro qui centralise et qui, après, distribue les alertes. Il y a aussi une alerte possible à faire en ligne par internet, ce qui permet de décrire les faits, et c'est très important pour avoir une action rapide. Nous avons eu une rencontre avec le directeur du service pour que l'on n'oublie rien. Il faut être simple, il faut être direct. Après, c'est aux référents ou aux gens qui sont derrière la ligne téléphonique de faire le tri s'il y a des alertes abusives. Il vaut mieux qu'il y ait des alertes abusives et qu'on décide de ne pas les traiter plutôt que d'en louper, parce qu'à chaque fois c'est un enfant qui est concerné. Vous savez qu'il y a trois enfants par classe en moyenne qui sont concernés ? C'est effrayant, et quand un enfant est touché dans son enfance, et bien c'est toute sa vie qui est touchée et c'est aussi le reste de la famille qui souffre. C'est le sujet qu'il fallait aborder vite, et je suis contente que ça ait pu être entendu et qu'on ait pu travailler ensemble sur ce point-là.
