Journée mondiale des solitudes : Le visage de l'isolement en Haute-Loire
Ce vendredi 23 janvier est la Journée mondiale des Solitudes. A cette occasion, une enquête pour la Fondation de France révèle que 32% des français sont en situation d'isolement relationnel. 14% des habitants en zones rurale sont isolés et 9% dans les grandes villes. En milieu rural cette tendance s’accentue au fil des années. Qu’en est-il en Haute-Loire ? Jean-François Comte, président de la société Saint-Vincent-de-Paul (SSVP) dans le département dresse un panorama sur RCF.
Première édition du réveillon solidaire en décembre 2025à Langeac organisé par la Société-Saint-Vincent-de-Paul, un temps partagé entre bénévoles et personnes accompagnées ©SSVP Haute-LoireLa société Saint-Vincent-de-Paul accompagne les personnes en précarité et en situation d’isolement. En Haute-Loire, elle compte 4 groupes. 2 sont situés au Puy-en-Velay, 1 à Langeac et un dernier à Retournac. 60 bénévoles sillonnent les routes du département pour notamment faire des visites à domicile ou faire de la distribution alimentaire.
Des moments au plus près des personnes isolées
A travers les différentes actions mises en œuvre, les équipes peuvent identifier des personnes touchées par la solitude. « En milieu rural, on retrouve des personnes âgées seules, souvent qui sont veufs ou veuves. Après, on a quelques familles monoparentales, on a des gens aussi qui ont des soucis de santé, qui ne sont pas forcément âgés ou à la retraite, explique Jean-François Comte, président de SSVP Haute-Loire. « Ces personnes ont tendance à s'isoler et elles ont très peu de contacts autour d'elles parce qu'elles ne sont pas bien tout simplement ». Le bénévole dit rencontrer beaucoup de personnes en souffrance. Des souffrances psychiques et matérielles avec des situations diverses. En écho à l’étude pour la Fondation de France, le président de la SSVP de Haute-Loire dit voir toujours plus de personnes dans une situation d’isolement.
Dans certains cas ces difficultés de vie conduisent à des situations d’urgence comme en témoigne l’acteur associatif. « Cette semaine je suis allé visiter une personne qui ne sort pratiquement plus de chez elle, qui a 55 ans, qui a eu des soucis de santé, au niveau professionnel et qui se retrouve avec très peu de revenus. Il n'ouvre à personne. Si j'annonce que c'est Saint-Vincent-de-Paul, parce qu'il y a une relation de confiance, il m'ouvre et on prend le temps de discuter ». Cette solitude, chez cette personne, progressivement a de lourdes conséquences sur le mental. « Elle m'a dit, "je me suicide à petit feu". Donc c'est quand même douloureux d'entendre ça ». Le bénévole affirme tout faire pour lui redonner de l’espoir et de l’espérance, notamment en cherchant des solutions avec des assistantes sociales et auprès d’un ensemble d’acteur, mais il le reconnaît, « ce n'est pas facile ». Il ajoute que ce type de situation reste peu courante.
Mettre en place des actions pour sortir de l’isolement
Dans les zones rurales, l’isolement est renforcé par la disparition progressive de services. Elle l’est aussi par des réseaux de transport moins développés. « Au Puy il y a des visites à domicile, les bénéficiaires peuvent se déplacer un peu plus facilement parce qu'il y a des transports en commun. En milieu rural, c'est plus compliqué, je le vois sur Retournac ou Langeac ». L’intervention de l’association est différente dans ces zones mais son rôle est d’autant plus important. « Dans l'équipe de bénévoles à Langeac, j'ai plusieurs bénévoles qui sont dans des petits villages autour de Langeac, à 5, 10, 15 kilomètres. C’est hyper intéressant parce que ce sont des gens du pays qui connaissent les personnes et qui vont vers ces personnes. Les bénévoles peuvent des fois les emmener pour une course, un dépannage et simplement une visite, passer un moment ensemble ».
Jean-François Comte observe également que les personnes en rupture sociale n’arrivent pas à aller vers les autres. Quand il s’agit de difficultés financières, « à la campagne, je pense qu'il y a une certaine dignité. Je sais qu'on porte des fois des colis chez certaines personnes. Ils ne veulent pas venir à la distribution alimentaire parce qu'ils ont honte. Ils se coupent avec les autres parce qu'ils n'osent pas dire qu'ils n'ont pas de revenus ou qu'ils ont du mal à se nourrir ». Cette livraison à domicile est, en plus d’un besoin matériel, « un prétexte, ça permet d'aller à la rencontre et ça casse l'isolement parce que les gens, ils n'y arrivent plus ».
Pour celles et ceux qui viennent aux distributions, ce temps est aussi un moment privilégié d’écoute attentive, sans jugement de leur vie. Ils viennent à la distribution aussi pour cette raison. Ce moment est aussi l’occasion de tisser un lien de confiance, de créer un réseau sur un secteur et permet d’ « orienter certaines personnes et parfois des jeunes pour trouver un travail et sortir de chez eux ». Chaque équipe de la Société-Saint-Vincent-de-Paul peut mettre en place des actions différentes pour aller à la rencontre. A Retournac a été créé un Café sourire où les bénévoles vont chercher les personnes chez elles pour passer un temps convivial. Au Puy-en-Velay sont organisés des Après-midi solidaires.


Chaque jour à 6h35 et 7h33, rencontre avec un acteur auvergnat qui fait l'actualité.
