Journée mondiale des abeilles : d'où vient le mot « abeille »
À l'occasion de la Journée mondiale des abeilles célébrée le 20 mai, Jean Pruvost revient sur l'histoire et l'évolution du mot « abeille », apparu en français au XIVe siècle. Le linguiste rappelle aussi le rôle essentiel de cet insecte « social », admiré depuis l'Antiquité pour son travail de pollinisation et sa production de miel.
Jean Pruvost © Pascal HausherrJ'ai la chance de disposer d’un jardin, et de pouvoir y observer les abeilles bourdonnant d’une fleur à l’autre lorsque le soleil est au rendez-vous. Justement, ce mercredi 20 mai, va être célébrée la Journée mondiale des abeilles. Au printemps cet insecte reprend son butinage et on sait combien son rôle est énorme pour la pollinisation. C’est donc ce mot, « abeille », que j'ai décidé de radiographier.
L'abeille, « fille du ciel »
« Abeille », voilà en vérité un mot simple connu de tous, et dont l’origine fleure bon le soleil. Il entre dans la langue française au début du XIVe siècle en venant tout droit de l’occitan, "abelha", lui-même issu de l’Italie et du latin, "apicula". La première définition de l’abeille apparaît dans le dictionnaire de Pierre Richelet, publié en 1680. Elle est presque émouvante par sa simplicité : « Abeille. Insecte qui vole, et qui fait le miel. L’abeille mérite d’être admirée ». Au fond, tout est dit.
Un siècle auparavant, en 1571 était paru un ouvrage intitulé « Les Épithètes », comprenons « Les adjectifs ». Les poètes y trouvaient mille noms, dont « abeille », chacun suivi d’une vingtaine d’adjectifs, propres à enrichir leurs vers. Par exemple, pour « abeille », entre autres : « Abeille industrieuse, ménagère, utile, laborieuse, miellière, dérobe-fleur, mignarde, légère, bourdonnante, soigneuse, ingénieuse, dorée, ouvrière, suçotante, piquante, miracle de nature, fille du ciel… ». Maurice De La Porte, auteur de cet ouvrage, a même ajouté un commentaire : « Abeille » ou « avettes, sont mouches à miel, lesquelles on appelle filles du ciel, parce que la plus douce partie de leur miel coule du Ciel ». C’est en fait une traduction de Pline l’ancien, car depuis l’Antiquité, l’abeille est honorée. Signalons tout de suite qu’un adjectif a souvent été ajouté par la suite pour rappeler une caractéristique extraordinaire de cet insecte.
Un insecte profondément social
Cet adjectif reste d’actualité avec la sortie prochaine du Petit Larousse 2026, qui définit ainsi l’abeille : « Insecte social vivant dans une ruche et produisant le miel et la cire ». Difficile de faire plus simple et plus clair. L’adjectif en question est bien sûr « social ».
Je lis par ailleurs dans le millésime 2018, qu’il n’y a que deux insectes domestiqués par l’homme : d’une part l’abeille qui nous donne donc le miel et ses dérivés, la cire et la gelée royale et, d’autre part, le ver à soie. Ajoutons que les apiculteurs et les mellittologues (un mot savant désignant les personnes étudiant scientifiquement les espèces d’abeilles) nous apprennent que les abeilles « dansent » : c’est le mot qu’ils utilisent. Elles dansent en rond et en huit autour des fleurs, précisent-ils, avec des « frétillements ». Alors c’est avec un pincement au cœur que je lis sur les réseaux, en légende d’une photo d’abeille moribonde, ce commentaire : « Elle transmettait du pollen de pissenlit. Elle a tendu sa langue non pas en mourant de vieillesse ou de froid, mais d’un désherbant sur sa seule nourriture ».
Concluons avec une dernière remarque lue dans le Dictionnaire de la langue française de Littré, achevé en 1873, « La reine des abeilles... Autrefois on croyait que c’était un roi ». Vive la Reine ! Aucun doute, les auteurs de mots croisés l’affirment aussi pour nous faire deviner le mot « abeille » : « Au service de la Reine » ou encore, « elle vit dans les rayons. Elle fait des gaufres », et bien sûr « elle travaille dard dard ».


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !




