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« Jouer ici, c'est être habité par l'histoire » : un concert exceptionnel sous les voûtes de la cathédrale d'Amiens

« Jouer ici, c'est être habité par l'histoire » : un concert exceptionnel sous les voûtes de la cathédrale d'Amiens

Un article rédigé par Aurélien Vurli - RCF Hauts de France, le 7 juillet 2026 - Modifié le 7 juillet 2026
ImmersionÀ la cathédrale d'Amiens, un concert exceptionnel de l'ONL

L'Orchestre national de Lille et l'Orchestre de Picardie ont uni leurs forces pour un concert inédit à la cathédrale Notre-Dame d'Amiens. L'occasion pour Thierry Escaich de jouer sur le grand orgue nouvellement rénové. Entre défi acoustique, émotion musicale et mise en valeur du patrimoine, cette soirée a marqué les musiciens comme le public.

À la sortie, les spectateurs peinent à cacher leur émotion ©️Ugo Ponte / onlÀ la sortie, les spectateurs peinent à cacher leur émotion ©️Ugo Ponte / onl

Sous les immenses voûtes de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, les premières notes de l'Adagio d'Albinoni résonnent. Quelques minutes avant le lever de rideau, l'émotion est déjà palpable chez les musiciens.

« On avait tous un peu les frissons », confie Chloé Van Hoorde, directrice générale de l'Orchestre de Picardie. « Beaucoup d'enthousiasme et d'excitation » règnent avant ce concert organisé autour du grand orgue fraîchement restauré, après plusieurs années de travaux menés par le ministère de la Culture et la Direction régionale des affaires culturelles.

La soirée réunit deux des principaux orchestres de la région : l'Orchestre national de Lille, qui célèbre cette année son cinquantième anniversaire, et l'Orchestre de Picardie.

Le programme a été pensé pour mettre en valeur le nouvel instrument. Les solistes des deux formations ouvrent le concert avec une canzone de Gabrieli, avant que les cordes de l'Orchestre de Picardie n'interprètent notamment l'Adagio d'Albinoni et le Concerto pour orgue de Poulenc, avec l'organiste et compositeur Thierry Escaich. L'Orchestre national de Lille prend ensuite le relais avec un effectif complet.

Jouer dans une cathédrale, un défi technique

Si le décor est majestueux, il impose aussi de nombreuses contraintes.

Les musiciens jouent au pied de la nef tandis que l'organiste est installé près de cinquante mètres plus haut, au niveau du grand orgue.

« La synchronisation entre l'orchestre et l'orgue est un véritable défi », explique Chloé Van Hoorde. Pour y parvenir, un système vidéo permet à l'organiste de suivre le chef d'orchestre en direct.

Même constat pour Jean-Baptiste Henriat, directeur général de l'Orchestre national de Lille. Selon lui, jouer dans un tel édifice oblige les musiciens à composer avec « une acoustique qui s'impose à nous », très réverbérante, tout en offrant au public une proximité rare avec les instrumentistes.

Le chef Swann Van Rechem évoque lui aussi un exercice délicat : « Il faut faire très attention à la clarté des attaques, mais en même temps remplir cet immense espace de son. »

Deux orchestres, une même ambition régionale

Au-delà de la performance musicale, cette soirée symbolise aussi la coopération entre les deux ensembles.

L'Orchestre de Picardie revendique une identité tournée vers la proximité. Sans salle de concert attitrée, il sillonne les Hauts-de-France toute l'année, aussi bien dans les grandes salles que dans les communes rurales, les écoles ou les établissements de santé.

« Notre vocation est de faire connaître le répertoire symphonique à tous les habitants du territoire », rappelle Chloé Van Hoorde.

Même philosophie du côté de l'Orchestre national de Lille.

« Nous sommes nés d'une volonté politique régionale. Partager cette année anniversaire sur tout le territoire était absolument essentiel », souligne Jean-Baptiste Henriat.

Cette diffusion de la musique classique est également rendue possible grâce au soutien de mécènes privés, réunis au sein de l'association Arpège, qui accompagne les tournées régionales de l'orchestre.

Un orgue métamorphosé

À l'issue du concert, Thierry Escaich découvre le grand orgue restauré dans toute sa puissance.

« Je retrouvais un orgue flambant neuf, plein de dynamisme et de couleurs », raconte-t-il. L'organiste estime même que l'instrument possède désormais « un côté wagnérien », capable de dialoguer avec un orchestre symphonique.

Pour lui, sans les dispositifs vidéo et audio installés spécialement pour ce concert, une telle œuvre aurait tout simplement été impossible à interpréter.

Un public conquis

À la sortie, les spectateurs peinent à cacher leur émotion.

« On se laissait vite transporter par les différentes mélodies », raconte une auditrice, séduite par l'atmosphère créée sous les voûtes gothiques.

Un autre souligne « une résonance extraordinaire », tandis qu'un musicien amateur apprécie particulièrement la modernité de l'œuvre de Thierry Escaich.

Une soirée où patrimoine, musique sacrée et coopération régionale se sont accordés à l'unisson, dans l'un des plus emblématiques monuments des Hauts-de-France.

Immersion - RCF Hauts de France
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Immersion
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