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Malgré la pauvreté, les quartiers prioritaires de Strasbourg croient toujours

Malgré la pauvreté, les quartiers prioritaires de Strasbourg croient toujours

Un article rédigé par RCF Alsace - RCF Alsace, le 18 mai 2026 - Modifié le 20 mai 2026
Focus en AlsaceLe dialogue interreligieux : un indispensable dans les quartiers populaires

Le Grand Est est la quatrième région ayant la plus grande proportion d’habitants vivant dans l’un de ses 123 quartiers prioritaires, les fameux QPV (quartiers prioritaires de la ville). La semaine dernière, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié une étude sur le sujet. En Alsace, ils sont principalement localisés à Strasbourg et Mulhouse. Ces espaces souvent périphériques, sont aussi des viviers de foi, investis par l'Eglise. 

© Wikimedia Commons / fundriver© Wikimedia Commons / fundriver

“Les quartiers prioritaires sont par définition des quartiers pauvres”, explique Emmanuelle Crenner, une des auteures de l’étude régionale de l’INSEE, parue la semaine dernière sur ces zones dans lesquelles est constaté un écart de développement économique et social important par rapport aux autres quartiers de la même agglomération. “Le critère principal pour déterminer cet écart est le taux de pauvreté. Ce sont des quartiers où les taux de pauvreté sont nettement plus importants qu'ailleurs.”

Le taux de pauvreté dans la région (49,2%) y dépasse d’ailleurs le taux de pauvreté moyen dans le reste de l’Hexagone (44,3%). Ce que confirme Pierre-Emmanuel Portheret, préfet délégué pour l'égalité des chances dans le Bas-Rhin. le département compte six quartiers prioritaires à plus de 50 % de pauvreté. “Il y a plus de 50 % des habitants qui gagnent moins de 1300 € par mois”, s'alarme-t-il. Une situation intrinsèquement liée au chômage explique la statisticienne. “Ce sont des quartiers dans lesquels les taux d’emploi, les niveaux de diplômes et les taux de scolarisation des jeunes sans emploi , sont plus faibles”, détaille Emmanuelle Crenner. 

“Les paroisses sont pauvres, bien que les paroissiens soient généreux”

Investie dans ces lieux, la Fraternité missionnaire des cités (FMC) a publié début mai, une étude sur les prêtres exerçant dans les quartiers populaires de région parisienne mais aussi à Rennes, Amiens ou Lyon. Elle établit un lien entre la pauvreté des habitants et celle des paroisses qui présentent des difficultés à financer leurs activités pastorales.Les paroisses sont pauvres, bien que les paroissiens soient généreux”, indique le document. Une affirmation que conteste le père Jean-Philippe Rendler, curé depuis cinq ans dans l’église Antoine Chevrier située dans le quartier prioritaire de l'Elsau à Strasbourg. 

Je ne pense pas que la pauvreté ou le niveau social soit un frein. Le principal moteur pour mettre en œuvre des projets, c'est la motivation !

Des quartiers riches de mixité  

Les quartiers ont tous des mélanges culturels divers mais tous différents” souligne l'étude. Une mixité à laquelle est aussi confrontée le Père Rendler. Il y a à peu près une trentaine de nationalités, et probablement une petite majorité de musulmans”, observe-t-il. Cette diversité culturelle et cultuelle nécessite, selon lui, d’instaurer un dialogue fort entre les différentes parties. “Soit on dialogue, soit on s’ignore, marque le prêtre. Mes prédécesseurs avaient déjà établi des ponts avec le centre culturel, les associations culturelles et les autres communautés religieuses. J’ai continué à établir ces liens.’’

La fête des peuples, tenue chaque année dans l’église Antoine Chevrier est une des manifestations concrètes de ce melting-pot. A cette occasion, la messe est célébrée “dans une dizaine de langues” grâce à la participation des laïques. Le mélange se poursuit jusque dans les assiettes. Les paroissiens partagent en effet un repas composé de plats issus de tous leurs pays d’origine. “Cette fête est un élément de témoignage de la foi dans ce monde cosmopolite”, sourit le père Rendler. 


Entre solidarités et investissements de l’Etat

À l'image de leurs habitants, les fidèles des quartiers populaires sont plus jeunes. Plus d'une personne sur quatre a moins de quinze ans à l’Elsau. Les familles monoparentales y sont également davantage concentrées que sur le reste du territoire. En conséquence, les activités de la paroisse se sont adaptées. Dans l’église Antoine Chevrier, des chrétiens ont créé l'association Vestiaire Bébé. “Un groupe de mamans, s'est engagé à collectionner des vêtements d'enfants pour pouvoir les revendre à prix quasi dérisoire aux personnes nécessiteuses”, illustre le Père Rendler.

Une solidarité parfois devenue nécessaire face au manque d’investissement de l’Etat. Un rapport du Sénat de 2022, fait valoir que dans les QPV,

 L'insuffisance des services publics de droit commun est toujours une réalité 

Dans son quartier, le père Rendler remarque l'action des collectivités locales. Depuis son arrivée, il a été convié à l’inauguration d’un distributeur bancaire, à la rénovation d’une maison de santé ainsi qu'à l’ouverture d’une supérette. “Ces éléments participent à la revitalisation du quartier parce que les habitant auparavant ce sentaient délaissée”, constate-t-il. Il y a deux ans, l’Eurométropole de Strasbourg a lancé  « Quartiers 2030 ». Un programme qui subventionne divers projets, à hauteur de quasi 700 000 euros dans les quartiers prioritaires. Plus de la moitié du budget doit servir à financer des projets favorisant l’emploi ou la formation. 

A Mulhouse, le quartier Drouot historiquement ouvrier et classé QPV depuis 2014, bénéficie également d'une attention particulière de la municipalité...et de l'Eglise. Après le départ des Salésiens, l'archevêque de Strasbourg de l'époque y installait en 2022 cinq frères des Serviteurs de Jésus et de Marie en charge de l’animation de la paroisse du Drouot et la mise en place d’un patronage. Un sujet auquel n'est pas insensible l'actuel évêque Mgr Pascal Delannoy venu du diocèse de Saint-Denis, "diocèse le plus pauvre de France" qui compte près de 75 quartiers prioritaires.
 

© RCF Alsace
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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