Jean-Paul Raynal, scientifique de Haute-Loire publié dans la prestigieuse revue Nature
La revue scientifique Nature a publié hier un article qui éclaire sur les origines de l’Homme. Le résultat de plus de 30 années de fouilles près de Casablanca au Maroc, un travail mené notamment par Jean-Paul Raynal, directeur de recherche émérite du CNRS installé en Haute-Loire.
Jean-Paul Raynal, co-directeur du programme et Abdellali Khadouma et Khalid Nader, ouvriers qui ont découvert la mandibuleThI-GH-10717 en Mai 2008 © Rosalia Gallotti, Programme Préhistoire de CasablancaLes origines de l’Homme moderne s’éclairent un peu plus. La revue scientifique Nature a publié ce mercredi un article (en anglais) qui permet de démontrer que les premiers hominidés du Maroc sont à la base de la lignée d'Homo Sapiens. Cet article est le fruit de plus de 30 ans de recherche et de fouilles dans la Grotte à hominidés située sur le site Thomas Quarry I à Casablanca au Maroc dans le cadre du programme « Préhistoire de Casablanca » co-dirigé par l’altiligérien Jean-Paul Raynal, directeur de recherche émérite au CNRS rattaché à l’Université de Bordeaux.
Nouvelle approche de l’évolution de l’Homme
Les premières traces d’espèces dans le monde qui préfigurent l’arrivée de Sapiens sont datées d’il y a 1 million d’années. L’Homo Sapiens « vrai » selon Jean-Paul Raynal apparaît autour d’il y a 315 000 ans, espèce qui va évoluer jusqu’à il y a 80 / 100 000 ans pour donner le Sapiens moderne et conduire à ce qu’est l’Homme aujourd’hui.
Les recherches à Casablanca ont débuté en 1978. Des premières découvertes de fossiles se font en 1996. L’équipe découvre des dents et un fémur humain partiel. Une première trouvaille majeure date de 2008. Il s’agit d’une mandibule d’adulte d’Homo Erectus tardif de 773 000 ans, suivie en 2009 de la découverte d’une portion de mandibule d’enfant entre la naissance et l’âge d’un an. « Cette découverte, selon Jean-Paul Raynal, permet de dire qu’à ce moment-là, d’après ses caractères, on est à un moment ou les Homo Erectus évolué sont engagés dans des transformations qui vont se faire peu à peu et qui vont finalement conduire sur le sol africain l’émergence d’Homo Sapiens alors qu’elles vont conduire en Europe à l’émergence de néhendertaliens et en Asie à l’émergence des Hommes de Denissova ». Il ajoute qu’« il y a un tronc commun d’Homo Erectus » avec ceux partis en Asie et en Europe.
Pour le scientifique de Haute-Loire, ces recherches et les découvertes qui ont pu être faites donnent « plus de poids à la notion d’espèce en ce qui concerne notre espèce. Notre espèce n’est pas arrivée comme ça par hasard il y a 100 000 ans, elle a du vécu avant, et ce projet évolutif il s’enracine beaucoup plus profondément qu’on ne le pensait jusqu’à il y a 1 million d’année et sans doute plus vieux que 1 million d’années ». C’est cette « très grande période de maturation », d’évolution de Sapiens entre 1 million d’année et 80 / 100 000 ans que retrace l’article de Nature.

40 années de travail récompensées
Des gisements sont découverts dans les années 1950 autour de Casablanca. Les premières découvertes dans la carrière Thomas Quary I remontent à 1969 lorsqu’un lycéen trouve une mandibule à l’emplacement de la Grotte à hominidés, mandibule qui ressemblait beaucoup à celle qui a été extraite en 2008. Jean-Paul Raynal a donc eu l’intuition que ce site et d’autres dans la ville pouvaient représenter une mine d’or pour l’histoire de l’évolution. « On avait l’impression qu’il y avait là un réservoir formidable de découvertes à faire, qui s’est confirmé aussi dans d’autres sites de la côte Atlantique marocaine ».
Quand a été lancé le programme de coopération franco-marocain en 1978, la cité était en pleine transformation. « Face à la pression de l’urbanisation on a décidé de fouiller lentement et d’occuper le terrain en essayant de travailler de la façon la plus précise possible et si possible de trouver des fossiles importants » explique le chercheur qui, pendant 30 ans, s’est rendu dans le pays en moyenne 2 fois par an.
Une intuition récompensée. Pour lui, être publié dans Nature « c’est une immense satisfaction et surtout de voir qu’il a fallu mettre au travail une trentaine de personne pour arriver à en tirer ce qui a été publié ». Une satisfaction renforcée par le fait que Jean-Paul Raynal a investit dans ce programme sur la « Préhistoire de Casablanca » la moitié de sa carrière « extra-française ». « J’avais la sensation qu’avec la qualité des travaux qu’on menait dans des sites qui étaient très riches, si on trouvait des fossiles, ils allaient être de bonne qualité et bien conservés et donc on pourrait les faire parler. C’est ce qui est arrivé après 30 ans ». Le chercheur estime que ce travail « a été certainement le meilleur moment de ma carrière ».
Jean-Paul Reynal est à retrouver tous les mois sur RCF dans l’émission De pierres et d’os, émission diffusée le 3e mercredi du mois à 19h30. La prochaine, le 21 janvier est consacrée à ce travail de fouilles et de recherches au Maroc entre 1978 et 2009.
