Jean Pruvost | L'origine du mot « porte-avions »
En étant positionné dans la région du Golfe, le porte-avions Charles-De-Gaulle offre un message clair, consistant à signaler que la coalition montée par Londres et Paris est prête à sécuriser le détroit d’Ormuz. Et c’est ce mot, « porte-avions », à lui seul un sujet impressionnant et un symbole, que Jean Pruvost a choisi de présenter.
Jean Pruvost © Pascal HausherrD’une part, on évoque rarement un porte-avions français comme étant de pleine actualité dans un conflit international, même s’il s’agit ici de jouer un rôle pacifique. D’autre part, convenons-en, un porte-avions, de par le fait qu’il y en a très peu, et de par ses proportions reste propice à faire rêver.
Un géant des mers
Tout d'abord, je ne peux pas m’empêcher de signaler qu’il s’agit du seul porte-avions à propulsion nucléaire européen en service en dehors de la flotte américaine. D’une longueur de 261 mètres et d’une largeur de 64 mètres, le porte-avions Charles-de-Gaulle pèse un peu plus de 42 000 tonnes, soit l'équivalent de quatre Tour Eiffel. Il peut atteindre une vitesse de 50 kilomètres heure et dispose d'une autonomie théoriquement illimitée, n’étant restreint que par ses réserves de vivres de 45 jours. Sa piste munie d’une catapulte est capable de lancer un avion par minute. Voilà qui impressionne ! Sans oublier environ 2 000 marins à bord.
On a d’évidence affaire à un monstre opérationnel, même si le plus grand porte-avions américain, le USS Gerald Rudolph Ford, également à propulsion nucléaire, pèse environ 100 000 tonnes et mesure 337 mètres de long pour 78 mètres de largeur avec un équipage d’un peu plus de 4 500 marins. De quoi réfléchir ! On peut comprendre que Henri Kissinger, Prix Nobel de la paix et Secrétaire d’État américain de 1973 à 1977, ouvrait les réunions du Conseil de sécurité par la phrase : « Où sont les porte-avions ? », ajoutant « Un porte-avions, c’est cent mille tonnes de diplomatie ». C’est pourtant une invention récente.
Un mot venu de l'aviation
En 1909, le pionnier de l’aviation, Clément Ader, l’inventeur du mot « avion », le premier à avoir fait décoller un appareil plus lourd que l’air en 1890, publie L’Aviation militaire, où il signale qu’« un bateau porte-avion devient indispensable ». Il précise déjà que ces navires n’existant pas encore « seront construits sur des plans différents de ceux usités actuellement » avec un pont « dégagé de tout obstacle ». Il souligne même que le mot « atterrissage » sera peut-être à remplacer par « appontage ». Il faut attendre 1921 pour que dans le Larousse mensuel soit bel et bien entériné le « navire porte-avions » avec un "s" à « avion », à la manière d’un sèche-cheveux, qui en principe sert à plus d’un cheveu ! Cela étant, les propositions de rectifications orthographiques de 1990 autorisent à ne pas mettre de "s", ce que pour ma part je trouve étonnant. Un « porte-avions » qui n’aurait qu’un avion serait d’une médiocre utilité.
Évidemment, lire en 1951 que les Américains avaient fait « décoller et apponter » sur un de leurs porte-avions de 45 000 tonnes un avion de 25 tonnes, c’est-à-dire un avion susceptible de pouvoir emporter une bombe atomique, suffisait d’emblée à mettre en relief l’effet dissuasif d’un porte-avions.
Alors, loin de tout conflit, nos amis verbicrucistes proposent pour faire deviner le mot « porte-avions » : « Parking flottant pour avions pressés », ou encore, « Aéroport qui a le mal de mer ». Enfin : « Navire qui donne des ailes », et en bonne logique pour finir, « Bateau qui préfère l’altitude ». De quoi dire maintenant non plus « beau comme un camion », mais beau comme « un porte-avions » !


Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !

