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"Je ne peux pas être humaniste, et voter cette loi" : le choix sur la fin de vie d'Anne-Cécile Violland, députée de Haute-Savoie

"Je ne peux pas être humaniste, et voter cette loi" : le choix sur la fin de vie d'Anne-Cécile Violland, députée de Haute-Savoie

Un article rédigé par Victorien Duchet - RCF Haute-Savoie, le 3 juillet 2026 - Modifié le 3 juillet 2026
L'Invité local · RCF Savoie Mont-BlancFin de vie : "torturée", la députée Anne-Cécile Violland va voter contre

Les députés se sont prononcés, mardi 30 juin, sur la proposition de loi relative à la fin de vie créant un droit à l'aide à mourir. Après une semaine de débat, 1 800 amendements examinés, 23 seulement adoptés, les parlementaires ont adopté à 295 voix pour, cette proposition maintes fois remaniée. Parmi les 232 voix contre : celle d'Anne-Cécile Violland, députée Horizons de la cinquième circonscription de Haute-Savoie. Cette ancienne psychologue à l'unité mobile des soins palliatifs des Hôpitaux du Léman a changé d'avis au fil de la navette parlementaire. Pourquoi ce revirement ? Elle explique son choix sur RCF.

Anne-Cécile Violland, dans l'hémicycle. ©AN, Valérie Merle-DarcourtAnne-Cécile Violland, dans l'hémicycle. ©AN, Valérie Merle-Darcourt

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur le player pour l'écouter en intégralité.

Les cinq critères cumulatifs permettant à une personne de prétendre à l'aide à mourir ont été conservés en troisième lecture. Ce cadre juridique est-il suffisamment clair et protecteur, comme l'a confirmé Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée Nationale

Anne-Cécile Violland : Le cadre est clair et contraignant. En revanche, il n'est pas suffisamment protecteur. L'évolution du texte me rend malheureuse. Avec mes collègues du groupe Horizons, nous avions déposé des amendements sur la nécessité de protéger les personnes les plus vulnérables. Les personnes déficientes mentales, les personnes sous tutelle... Ces amendements ont été rejetés. Comment peut-on ne pas faire une exception de ces gens-là dans le cadre de la loi ? Ce texte me pose un réel problème de conscience et éthique. 

Vous étiez pourtant favorable à cette proposition de loi initiale. Et progressivement, vous avez changé d’avis. Vous vous êtes abstenue en première lecture, vous avez rejeté le texte en deuxième lecture. Qu’est ce qui vous a fait changé d’avis ?        

A-C.V : Je suis pour légiférer sur le droit à mourir. La loi Claeys-Leonetti ne permet pas de répondre à toutes les situations, tout comme une prise en charge optimale dans les soins palliatifs ne permet pas de répondre à toutes les situations. Quand je travaillais en soins palliatifs, j'ai assisté à notre impuissance thérapeutique. On a des moyens pour traiter la souffrance physique, mais nous avons plus de mal à soulager la souffrance psychologique. Il y a des demandes d'euthanasie réfractaires qui n'ont jamais cédé, mais elles sont marginales. Je suis torturée parce que je veux que l'on accède aux demandes de ces personnes. Et rien aujourd'hui ne permet de leur répondre. Donc oui, il faut légiférer pour des situations marginales. Mais il faut aussi protéger les personnes vulnérables, qui ne seraient pas en capacité de prendre une décision éclairée, objectivée, avec une conscience de ce que veut dire la mort. Le texte initial était d'une grande sagesse, c'était une exception française. Le texte a évolué, et je suis torturée aujourd'hui. 

Dans cette troisième lecture, le délit d’entrave à l’euthanasie a été supprimé. En clair, l’entourage qui dissuaderait une personne qui demande une aide à mourir ne serait plus, aux yeux de la loi, pénalement responsable. Est-ce qu’en supprimant ce délit d’entrave, on ne favorise pas des querelles internes, au sein des familles ?      

A-C.V : Bien sûr. C'est pourquoi il fallait protéger les personnes les plus vulnérables. Il y a aussi le sujet du respect absolu de la clause de conscience des médecins. Il faut entendre aussi le respect du désir des personnes. 

Mardi, vous avez fait face à "un dilemme douloureux", avant d'appuyer sur le bouton. Vous avez voté contre. Comment expliquer ce choix ? 

A-C.V : J'ai pris cette décision, après des heures d'insomnies. Je ne peux pas prôner des valeurs humanistes, être psychologue, et ne pas protéger les gens qui sont dans l'incapacité d'avoir une position éclairée et indépendante. 

 

Qu'ont voté vos députés ? La réponse en un clin d'œil ci-dessous.   

Département de la Savoie


1ère circonscription : Didier Padey, Groupe Démocrates, vote contre.

2ème circonscription : Vincent Rolland, Groupe LR, vote contre.

3ème circonscription : Emilie Bonnivard, Groupe LR, vote contre.

4ème circonscription : Jean François Coulomme, Groupe LFI, vote pour.

 

Département de la Haute-Savoie


1ère circonscription : Véronique Riotton, Groupe Ensemble, vote pour.

2ème circonscription : Danièle Carteron, Groupe Ensemble, vote pour.

3ème circonscription : Antoine Valentin, Groupe UDR, vote contre.

4ème circonscription : Virginie Duby Müller, Groupe LR, vote contre.

5ème circonscription : Anne Cécile Violland, Groupe Horizons, vote contre.

6ème circonscription : Xavier Roseren, Groupe Horizons, vote pour.

L'Invité local - RCF Savoie Mont-Blanc
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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