"Je n'ai pas de nouvelles de ma famille" : le témoignage de Bahar Bourhis, Iranienne vivant à Brest
Depuis plus de deux semaines, un mouvement de contestation contre le régime secoue l'Iran. Une protestation née dans les bazars, et tournée contre la vie chère, mais qui prend aujourd'hui un virage politique. Les manifestants affichent leur opposition au régime des mollahs, mais face à eux, la répression est extrêmement violente. Au moins 648 manifestants ont été tués dans le pays depuis le 28 décembre, début du mouvement de contestation, a annoncé, lundi 12 janvier, l'ONG Iran Human Rights, basée en Norvège. À des milliers de kilomètres, Bahar Bourhis, Iranienne expatriée à Brest depuis plus de vingt ans suit l'évolution de la situation avec inquiétude.
Au moins 648 manifestants ont été tués dans le pays depuis le 28 décembre, début du mouvement de contestation, a annoncé ce lundi l'ONG Iran Human Rights. ©Aboodi Vesakaran via PexelsDepuis jeudi dernier, quasiment aucune image ne nous parvient d'Iran. Face aux manifestations qui ont lieu dans le pays, depuis fin décembre, le régime a décidé de couper totalement internet. Cela veut dire plus aucune nouvelle, silence radio de sa famille, se désespère Bahar Bourhis.
Elle vit à Brest depuis 2000, mais toute sa famille est restée là-bas, à Téhéran. Parents, frère, oncles et tantes, dont il est impossible de savoir s'ils sont en sécurité. "J'ai mes neveux qui sont à Téhéran, ils étudient là-bas, ils ont 20 ans et 22 ans. Ils sont susceptibles d'être dans les manifestations et je m'inquiète beaucoup, parce que quand on sait que le gouvernement a donné l’ordre de tirer à balles réelles sur les manifestants, on s'imagine tout, donc vous voyez bien que c'est très compliqué", se désole Bahar Bourhis.
Au moins 648 manifestants ont été tués dans le pays depuis le 28 décembre, début du mouvement de contestation, a annoncé, lundi 12 janvier, l'ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, qui dénombre également des milliers de blessés.
Un mouvement de protestation contre la vie chère
Un vent de colère, qui trouve son origine dans les bazars de Téhéran et notamment sur deux grands marchés du centre. Les commerçants du bazar se sont mobilisés contre l'inflation. Le lendemain, 28 décembre, ils sont des centaines à défiler après avoir fermé leurs échoppes pour protester contre les difficultés économiques.
Les "bazaaris" comme on appelle ces commerçants sont dans l'ensemble peu habitués des manifestations souligne Bahar, ce qui lui fait penser que cette protestation sera peut être "la bonne" pour espérer un renversement du régime des mollahs.
"Le dernier grand mouvement qu'il y a eu, "Femme, vie, liberté", suite à l'assassinat de Mahsa Amini en 2022, ça a été un grand mouvement des femmes iraniennes, des jeunes filles iraniennes. Qui ont été largement soutenues par les garçons, par les hommes. Mais bon, ça reste quand même un mouvement, très jeune. La différence est quand même que, là, tous les commerçants du Grand Bazar de Téhéran ont rejoint le mouvement, et c'est même eux qui ont démarré (...). Les bazaaris sont religieux, même très religieux et là ils sont dans la rue avec les jeunes, ils manifestent avec les jeunes. Donc cette fois-ci, c'est quand même différent."
"Les Iraniens n'y arrivent plus"
Elle évoque aussi des manifestations qui se passent en dehors de la capitale, même dans des villes connues pour être assez religieuses comme la ville de Mashhad au Nord-Est du pays. Des racines de la colère, de ce coût de la vie devenu insoutenable, Bahar en avait des échos par sa famille. "Les dernières conversations que j'ai eu avec mes parents, ils me disaient: "On ne sait pas où on va, le prix du pain a triplé, on ne parle même pas de la viande, on arrive plus à manger"! Mes parents sont retraités, ils habitent à Téhéran, alors imaginez-vous, en province, pour les jeunes, pour les gens qui n'ont pas de travail, comment ils peuvent-vivre ? " s'alarme-t-elle.
Un nom revient régulièrement depuis le début de ces manifestations, celui de la figure de l'opposition iranienne en exil, le fils du dernier chah d'Iran : Reza Pahlavi. Sur le personnage, Bahar ne sait pas forcément qu'en penser, "Oui il se montre c'est sûr, il dit aux Iraniens d'aller dans la rue mais il est sympa, ce n'est pas lui qui va dans la rue, c'est pas sur lui qu'on tire !"
Faute de messages de sa famille, Bahar et d'autres Iraniens de Brest suivent les actualités françaises pour se tenir au courant. Dernière déclaration en date, mardi 13 janvier, celle du haut-commissaire de l'ONU. "Il faut cesser de tuer des manifestants pacifiques" a déclaré Volker Türk, qui s'est dit "horrifié" par la répression des manifestations en Iran.
Ce que disent ces soulèvements, c'est une colère, un rejet global, contre la vie chère, les pénuries d'eau, la difficulté de la vie, "les Iraniens n'y arrivent plus", conclut Bahar Bourhis.



