Intelligence artificielle : “Il faut regarder l’IA comme R2-D2 plutôt que comme Terminator”, estime le chercheur Bertrand Misonne
Dans son nouvel ouvrage Mona l’IA : L’IA peut-elle être créative ?, Bertrand Misonne s’interroge sur la place que l’intelligence artificielle prend dans nos vies. Pour le chercheur, mieux comprendre cette technologie est indispensable pour éviter de la subir.
©Adrien ChardomeCe qu'il faut retenir :
- Comprendre l’IA pour mieux maîtriser son évolution et ses usages.
- Rester aux commandes face à une technologie qui évolue rapidement.
- Placer l’humain au centre plutôt que de craindre la machine.
L’intelligence artificielle est désormais partout. Elle rédige des textes, génère des images, produit des vidéos et s’invite progressivement dans nos tâches quotidiennes. Mais derrière ces performances se pose une question plus fondamentale : l’IA peut-elle réellement être créative ? C’est le point de départ du nouvel ouvrage de Bertrand Misonne, spécialiste des IA et chercheur au sein des institutions européennes.
Avec Mona l’IA : L’IA peut-elle être créative ?, paru chez Kennes, l’auteur entend surtout donner au lecteur les clés pour comprendre une technologie qui évolue à grande vitesse. Son constat est simple : “L’IA, on en parle beaucoup, on en parle peut-être même trop”, estime-t-il, alors que cette omniprésence ne signifie pas nécessairement qu’elle soit mieux comprise.
Comprendre avant de craindre
Bertrand Misonne s’est progressivement spécialisé dans l’intelligence artificielle. Ingénieur en environnement de formation, il s’est ensuite tourné vers les sciences des données avant de travailler sur l’IA au sein des institutions européennes. Son intérêt pour le langage et son parcours de romancier l’ont finalement conduit à croiser ses deux univers.
Son livre poursuit trois objectifs : comprendre l’IA, questionner les enjeux liés à son développement et réfléchir à la manière de faire de cette technologie un outil au service de l’être humain.
“Est-ce qu’on va être dominé par l’IA ou est-ce qu’on va dominer l’IA ?”, résume le chercheur. Pour lui, cette capacité à comprendre les outils que nous utilisons est essentielle pour conserver notre autonomie.
R2-D2 plutôt que Terminator
L’évolution récente de l’IA illustre cette transformation. Bertrand Misonne compare les premiers modèles apparus en 2022 à “un simple perroquet”, capable d’aligner les mots avec une efficacité impressionnante, mais sans véritable capacité de raisonnement.
Les nouvelles IA dites “agentiques” peuvent, elles, établir un plan, effectuer différentes étapes et même s’autocorriger.
Pour illustrer leur fonctionnement, le chercheur prend l’exemple d’un singe qui doit casser une noix : s’il ne peut pas y parvenir avec ses mains, il peut chercher un caillou et adapter sa stratégie. Ces outils sont donc capables d’accomplir des tâches de plus en plus complexes. Mais Bertrand Misonne insiste sur un point : “Nous restons aux commandes.”
Faut-il pour autant avoir peur de l’intelligence artificielle ? Le chercheur rappelle que notre perception de cette technologie est largement influencée par les récits et les mythes qui l’accompagnent depuis des siècles, puis par la science-fiction. Entre la machine qui nous aide et celle qui finit par nous dominer, Bertrand Misonne invite à choisir le premier scénario. “Je pense qu’il faut surtout créer entre nous de nouveaux mythes qui nous placent au-dessus de la machine”, explique-t-il. Pour résumer sa vision, il utilise une référence bien connue du cinéma : “Il faut regarder l’IA comme R2-D2, le petit compagnon espiègle qui aide le héros”, plutôt que comme Terminator.
Une manière de rappeler que la question n’est peut-être pas seulement de savoir jusqu’où l’intelligence artificielle peut aller, mais surtout quelle place les humains souhaitent lui donner dans cette société qui est la nôtre.


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