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Indochine, Mourad Merzouki… la Tour de Babel inspire toujours les artistes

Indochine, Mourad Merzouki… la Tour de Babel inspire toujours les artistes

Un article rédigé par M.G & A.N - RCF, le 28 mai 2026 - Modifié le 30 mai 2026

Le 25 mai 2026, le pape Léon XIV publiait son premier grand texte, l’encyclique Magnifica Humanitas. Le souverain pontife y mobilise à plusieurs reprises le mythe de la tour de Babel. Depuis des siècles, cette image inspire les artistes, de la peinture au cinéma, en passant par la musique et la littérature. Tour d’horizon.

Tour de Babel de Pieter Brueghel l'Ancien © WikipediaTour de Babel de Pieter Brueghel l'Ancien © Wikipedia

À la suite de la publication de l’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, le mythe de la tour de Babel, issu de la Genèse, ressurgit dans un contexte international particulièrement instable. « L’humanité fait aujourd’hui face à un choix décisif : soit construire une nouvelle tour de Babel, soit bâtir la cité où Dieu et l’humanité demeurent ensemble », affirme le souverain pontife. À travers cette référence biblique, il évoque les dérives d’une humanité de plus en plus dépendante des technologies, notamment l'intelligence artificielle et incapable de vivre en harmonie.

Depuis des siècles, cette symbolique de Babel inspire également les artistes. Peintres, écrivains, musiciens, cinéastes ou architectes s’approprient ce récit pour interroger la communication entre les hommes, les ambitions humaines ou encore la quête d’un langage universel capable de dépasser les frontières culturelles et linguistiques.

Tour de Babel : que dit la Bible ?

Le mythe de la tour de Babel se déroule peu après le Déluge. Alors que tous les Hommes parlent une même langue, comparable à une forme de « langage universel », ils décident de s’installer dans la plaine du pays de Shinar. Ils entreprennent alors la construction d’une immense tour dont le sommet atteindrait le ciel, dans le but de se faire un nom, d’affirmer leur puissance et d’éviter d’être dispersés sur toute la Terre. Selon la tradition, c’est Nimrod, le « roi chasseur » descendant de Noé, qui serait à l’origine du projet.

La tour de Babel possède une portée symbolique et controversée. Elle illustre d’abord l’importance d’une langue commune pour mener à bien de grands projets collectifs, mais aussi les difficultés qui apparaissent lorsque les Hommes ne se comprennent plus. Le récit est surtout interprété comme une représentation de la désobéissance humaine face à Dieu. En réponse à cette volonté d’égaler le divin, Dieu décide de brouiller leur langage afin qu’ils ne puissent plus communiquer entre eux. Les Hommes sont alors dispersés à travers le monde, la construction est interrompue, et la ville reçoit le nom de Babel, associé à la confusion des langues. 

Musique, danse, cinéma, peinture : quand Babel inspire la création artistique

Indochine - Babel Babel

Sorti en septembre 2024, Babel Babel du groupe Indochine propose une lecture du monde contemporain à travers le mythe biblique de Babel, symbole de la fragmentation des langues et de l’incompréhension entre les peuples. L’album mêle électro-pop et rock à une réflexion politique et humaniste sur les tensions actuelles. Composé de 17 titres écrits par Nicola Sirkis, il évoque notamment la guerre en Ukraine dans Victoria, les conflits contemporains dans Le Chant des cygnes, ainsi que les fractures liées à la communication numérique et à la mondialisation. Le second disque s’ouvre sur le morceau éponyme Babel Babel, où la figure de Volodymyr Zelensky apparaît comme symbole de résistance dans un monde en crise. L’album détourne ainsi le mythe biblique pour suggérer non plus la rupture, mais la possibilité d’un langage commun par la musique. La pochette est signée David LaChapelle, dont l’esthétique renforce l’idée de chaos contemporain.

 

© Indochine - David LaChapelle

 

Marie Laforêt et Guy Béart - La Tour de Babel

La Tour de Babel est une chanson qui mobilise le mythe biblique pour évoquer le métissage et l’unité des peuples. Interprétée par Marie Laforêt en 1964 puis reprise par Guy Béart en 1992, elle s’inscrit dans la tradition de la chanson française engagée et poétique. À travers l’allégorie de la tour, le texte célèbre l’idée d’un « mariage des quatre couleurs » et d’une possible harmonie entre les cultures, en opposition aux logiques de division et de conflits. Il propose ainsi une lecture inverse du mythe biblique, en valorisant le rapprochement des peuples plutôt que leur dispersion. Cette vision fait de la chanson une réflexion sur la communication et l’unité humaine face aux fractures du monde.

 

 

Mourad Merzouki - Babel 

Babel est un spectacle du chorégraphe Mourad Merzouki, présenté en septembre 2025 au Bon Marché Rive Gauche à Paris. Il propose une réinterprétation contemporaine du mythe de la Tour de Babel à travers une performance mêlant danse hip-hop, cirque et scénographie aérienne. Le lieu lui-même, par sa verticalité et son architecture, devient un élément central du dispositif scénique, évoquant une tour moderne associée à la logique de la mondialisation et de la circulation des corps et des biens. Dans cette lecture, le mythe de Babel est déplacé vers une réflexion sur les fractures contemporaines, notamment technologiques et sociales. Là où certaines interprétations soulignent le risque d’une humanité fragmentée, le spectacle propose au contraire une forme de réconciliation par le mouvement, le collectif et la création artistique.

 

© Mourad Merzouki

 

Pieter Brueghel l'Ancien - La Grande Tour de Babel

La Grande Tour de Babel de Pieter Brueghel l’Ancien, peinte en 1563 et conservée au Kunsthistorisches Museum, propose une lecture du mythe biblique transposée dans la Flandre du XVIe siècle. L’artiste y représente une tour monumentale inspirée d’une ville prospère comme Anvers, centre commercial majeur de l’époque. La construction, faite de chantiers, de ports et d’échafaudages, évoque autant la puissance économique que les ambitions techniques de la Renaissance. Sa forme spiralée mêle références antiques et imaginaire architectural de la démesure. Au-delà de la scène biblique, l’œuvre peut se lire comme une réflexion sur l’orgueil humain et les fragilités d’une société dominée par ses propres ambitions. La tour, déjà instable, suggère l’idée d’un projet collectif menacé par son excès même de grandeur.

 

© Wikipedia

 

Fritz Lang - Metropolis

Dans le film Metropolis de Fritz Lang, la référence à la Tour de Babel structure la représentation d’une société industrielle fracturée. Sorti en 1927 et devenu une œuvre fondatrice de la science-fiction, le film met en scène une mégapole divisée entre une élite vivant en surface et une classe ouvrière exploitée dans les profondeurs. Cette organisation verticale illustre une rupture sociale et symbolique, où le progrès technique s’accompagne d’une aliénation de l’homme par la machine. Le film anticipe ainsi des problématiques contemporaines liées à l’automatisation et aux systèmes de contrôle. En ce sens, Metropolis peut être lu comme une Babel moderne : une cité surpuissante dont l’architecture et la technologie portent en elles les germes de leur propre effondrement.

 

 

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