"Il faut en finir avec l’entre-soi dans l’audiovisuel public", déclare Michel Goldstein
Michel Goldstein, co-auteur des Intouchables de l'audiovisuel public - les révélations chocs de la commission d’enquête, alerte sur le poids de "l’entre-soi" au détriment des compétences dans les instances gouvernantes de France Télévisions.
Michel Goldstein ® Mélanie Niemiec"Je suis contre la privatisation du service public". C’est ce qu’affirme Michel Goldstein, ancien rédacteur en chef à France Télévisions. N’en déplaise à ceux qui accusent Charles Alloncle d’être pour la privatisation de l’audiovisuel public, Michel Goldstein, qui a assisté à toutes les auditions, affirme qu’il "n’a jamais entendu le rapporteur tenir ce genre de propos".
"Les copains d’abord"
Michel Goldstein qualifie le travail fourni par Charles Alloncle de "précis et minutieux", donnant à cette commission d’enquête un caractère "unique". Étalée sur 6 mois, 200 heures d’enregistrements, 234 personnes auditionnées pour 67 auditions. Toutes les vidéos sont disponibles en intégralité sur le site internet de l’Assemblée nationale. Il estime que les révélations de cette commission sont "le miroir du fonctionnement de notre société". Cela n’est pas sans rappeler les conclusions que tire Jérôme Fourquet, le directeur du pôle "opinion et stratégies d'entreprise" de l'IFOP, dans son ouvrage L’archipel français. La France n’est plus une société unifiée par de grands repères communs, mais un pays fragmenté en groupes qui vivent de plus en plus séparément, comme les îles d’un même archipel. Le lien social s’est affaibli au point de laisser apparaître une société éclatée et politiquement plus difficile à rassembler. Pour Michel Goldstein, l’entre-soi prime et la "société des copains d’abord" fonctionne "grâce à l’argent de tous les français".
Il est temps de revenir à un service public fort et impartial, capable de proposer des programmes de qualité.
La présidence de France Télévisions
Et pour cause, ce ne sont pas les compétences des individus qui sont considérées. Selon Michel Goldstein, Delphine Ernotte "n’aurait jamais dû être élue présidente" de France Télévisions, parce qu’elle "n’avait aucune connaissance des médias". À son arrivée en 2015, après avoir travaillé 26 ans chez Orange, un "tuteur" lui est assigné. Pendant deux ans, Rodolphe Belmer, l’actuel PDG du groupe TF1, aide Delphine Ernotte à acquérir "une certaine culture des médias". Michel Goldstein dénonce ce qu'il appelle la "caste" des décideurs au sein des médias publics. Il prône une réforme pour plus de transparence et de diversité dans les productions. Il critique également le climat interne à France Télévisions, marqué par "un mal-être total" des employés. Pointant des salaires "disproportionnés" entre les cadres supérieurs et les journalistes, les 72 000€ de revenus annuels ne concernent en réalité "qu’une trentaine de directeurs". Lui-même candidat à la présidence de France TV en 2020, Michel Goldstein insiste : son livre "n’est pas une revanche" sur Delphine Ernotte, puisqu’il "n’appartient pas à la caste" qu’il dénonce.
Une guerre avant 2029 ?
Lors de sa deuxième audition le 8 avril, Delphine Ernotte a tenu des propos passés largement inaperçus. Elle évoque une perspective de conflit armé à l’horizon 2029. "Les militaires prévoient une guerre avant 2029", affirme-t-elle, soulignant qu’en temps de guerre, "la capacité de parler avec la population" devient un "élément très précieux". Cela nécessite "un média de confiance". Des déclarations qui s'inscrivent dans un contexte d’échanges avec des responsables militaires européens, notamment suédois et allemands. Malgré la portée de ses propos, peu de réactions politiques ou médiatiques ont émergé.


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