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Haute-Loire : des archéologues à la découverte de sites emblématiques

Haute-Loire : des archéologues à la découverte de sites emblématiques

Un article rédigé par Martin Obadia - RCF Haute-Loire, le 16 juin 2026 - Modifié le 16 juin 2026

Il y a quelques jours se tenait le 30e Congrès préhistorique de France à Clermont-Ferrand. Ce temps fort a rassemblé des centaines de scientifiques venus de France et de l’étranger. Cet événement très attendu s’est accompagné de plusieurs excursions sur des sites de fouilles. 3 "sites majeurs" de Haute-Loire ont fait l'objet d'un déplacement. 

L'archéologue Vincent Delvigne avec les participants à l'excursion, au coeur du Rond du Barry ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireL'archéologue Vincent Delvigne avec les participants à l'excursion, au coeur du Rond du Barry ©Martin Obadia - RCF Haute-Loire

Une trentaine de chercheurs ont sillonné les routes de Haute-Loire à la découverte de 3 sites préhistoriques emblématiques. Français, espagnols, américains, belges ou encore néerlandais se sont rendus au Blot à Cerzat dans l’ouest, puis au Rond-du Barry à Polignac et enfin à Longetraye sur la commune de Freycenet-la-Cuche. Ces sites représentent « une séquence culturelle continue depuis 29 000 ans jusqu’à 7000 ans avant notre ère », explique Jean-Paul Raynal, chercheur émérite au CNRS, un des instigateurs de ce parcours.



Un parcours imaginé aussi par Vincent Delvigne et Emmanuel Defive, accompagnés des membres de l’association Archéo-Logis basée à Laussonne. Pour les organisateurs, cette visite « c’est un retour aux sources ». Ces sites avaient déjà été visités en 1969 lors de la dernière venue du Congrès préhistorique de France en Auvergne. « Ce sont les points emblématiques qui présentent des nouveautés. C’était des nouveautés en 1969 et c’est toujours des nouveautés, des nouveautés qu’on a relues » raconte Jean-Paul Raynal. « Ils apportent de nouveaux éléments, soit négatifs, en détruisant un certain nombre de mythes, soit en permettant de comprendre des dynamiques qu’on n’a pas comprises soit en termes de géologie, de construction des séquences, soit en termes de phénomènes migratoires ou d’innovations techniques qu’on retrouve dans les outillages ». 



Ces sites sont notamment des grottes/abris ou des pieds de falaises au cœur d’ensembles volcaniques. La particularité de Longetraye repose dans le fait qu’il s’agit du plus haut site préhistorique du Massif Central. Le peu de vestiges trouvés sur place « montrent une circulation de matières [comme les silex ndlr] entre la vallée du Rhône, la vallée de la Dore et l’intérieur du bassin du Puy. C’est significatif des déplacements de nos ancêtres et surtout sur un axe est-ouest qui a longtemps été considéré comme mineur » et qui ne l’est pas selon Jean-Paul Raynal. Le Rond du Barry, lui propose une séquence continue depuis l’homme de Neandertal jusqu’au Mésolithique (-50000 et -6000 avant J-C).

 

Une géologie particulière et une relation hommes-volcans


Au cours de la visite du site de Polignac, les participants ont pu observer l'architecture volcanique du territoire. Ils ont pu ensuite entrer dans la grotte du Rond-du-Barry qui a été découverte et 1965 et qui a fait l’objet de premières fouilles de 1966 à 1987. Un crâne y a d'ailleurs été trouvé en 1986. Il est exposé aujourd'hui au Musée Crozatier du Puy-en-Velay. Ève Rami est doctorante au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Elle prépare une thèse sur la préhistoire. Sa formation, c’est la géologie. Ce n’est pas son premier déplacement en Haute-Loire mais elle a choisi cette excursion car ce sont « des roches que je ne vois pas souvent. Et de voir ces petits villages qui sont nichés sur des coulées basaltiques, c’est assez unique, en France on ne retrouve pas vraiment ça à d’autres endroits ».

 Les archéologues et élus face aux monts de Haute-Loire ©Martin Obadia

 

En sortant de la grotte du Rond du Barry, elle pointe que « des abris de cette ampleur là, on peut en rencontrer pas mal en Dordogne par exemple mais c’est pas du tout le même type de roches donc c’est plutôt la grandeur de la cavité qui m’impressionne et aussi le fait qu’on y retrouve des industries du mésolithique récent donc il y a environ 6000 ans avant J-C. Il y a plein de régions en France où on n’a pas retrouvé ce type d’industries donc le fait qu’on aie trouvé ça ici alors que c’était pas du tout envisagé au départ, c’est super intéressant » explique t-elle. 
 


Roland Nespoulet est responsable scientifique des collections de préhistoire au Muséum national d’histoire naturelle. Il a participé quelques jours plus tôt à une visite sur le thème des volcans dans le Puy-de-Dôme. Avec cette excursion en Haute-Loire, il « découvre un monde ». Cet archéologue intervient par exemple au Maroc, en Périgord mais « la relation hommes-volcans, c’est quelque chose que je découvre ». Cette visite est un complément à son déplacement puydomois. « Où qu’on aille dans la région, il y a forcément du volcanisme quelque part. Que ce soit les matériaux utilisés par les hommes préhistoriques, la façon dont le paysage a évolué dans le temps, les méthodes scientifiques adaptées à la datation, par exemple des occupations préhistoriques, tout ça c’est une interaction permanente hommes-volcans ». Le scientifique qui a pu, grâce à cette opération, redécouvrir le site du Blot qu’il connait depuis 30 ans mais qu’il n’avait jamais pu visiter, quelque chose qui lui avait « manqué ». 


4 générations de chercheurs réunis et des projets pour l’avenir


Cette excursion a permis de rassembler des étudiants, des doctorants, des post-doctorants et des chercheurs déjà bien installés dans leurs domaines. 4 générations étaient représentées depuis les années 50. Pour Jean-Paul Raynal, ce congrès et les excursions qui l’accompagnent permettent « de montrer qu’on opère un tuilage scientifique entre les nouvelles générations et celles d’avant ». Un tuilage dont il se félicite.



Ce tuilage passe aussi par des collaborations, des projets de recherches. Les excursions comme celles de Haute-Loire sont aussi marquées par des temps en « off », de discussions informelles. « A travers les visites de sites il y a des idées qui naissent, des échanges et de ces échanges, peut-être vont sortir des thèses de doctorats ou des articles scientifiques, c’est ça qui est étonnant » raconte Roland Nespoulet. Ce sont des choses « qu’on n’avait pas forcément prévues ou anticipées, on se rencontre et il va y avoir des choses qui vont se passer après cette excursion ». Le chercheur qui repart notamment avec une idée de sujet de master autour des silex taillés.


 

Les participants à l'excursion, devant l'entrée de la grotte ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireLes participants à l'excursion, devant l'entrée de la grotte ©Martin Obadia - RCF Haute-Loire
Le fond de la grotte du Rond du Barry ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireLe fond de la grotte du Rond du Barry ©Martin Obadia - RCF Haute-Loire
Jean-Paul Raynal, chercheur émérite du CNRS ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireJean-Paul Raynal, chercheur émérite du CNRS ©Martin Obadia - RCF Haute-Loire
La grotte du Rond du Barry ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireLa grotte du Rond du Barry ©Martin Obadia - RCF Haute-Loire
La période des premières fouilles menées par Roger de Bayle des Hermens qui a notamment trouvé un crâne ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireLa période des premières fouilles menées par Roger de Bayle des Hermens qui a notamment trouvé un crâne ©Martin Obadia - RCF Haute-Loire
Vincent Delvigne, Chargé de recherche au CNRS, rattaché à l’Université de Nanterre et à l’Université de Liège en Belgique ©Martin Obadia - RCF Haute-LoireVincent Delvigne, Chargé de recherche au CNRS, rattaché à l’Université de Nanterre et à l’Université de Liège en Belgique ©Martin Obadia - RCF Haute-Loire
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