Guillaume Goubert | Les cartes de nos rêves
À la Bibliothèque nationale de France, l'exposition "Cartes imaginaires. Inventer des mondes" montre comment la cartographie a longtemps mêlé savoir croyances et imagination pour représenter des territoires réels... ou totalement fictifs.
La tour de Babel et Babylone en Mésopotamie, détail de la mappemonde d’Ebstorf, vers 1239. Reproduction photographique du fac-similé publié en 1898 © BnF, Cartes et plansQuand j’étais petit, j’aimais beaucoup, quand je m’ennuyais en classe, dessiner des cartes géographiques. J’imaginais des archipels avec des criques, des routes côtières, des volcans… J’ai renoué avec ce plaisir d’enfance en visitant l’exposition « Cartes imaginaires. Inventer des mondes », que propose la Bibliothèque nationale de France.
L'imaginaire des cartographes
À l’origine de cette exposition passionnante, les deux commissaires, Julie Garel-Grislin et Cristina Ion, ont voulu explorer un paradoxe : la cartographie est une science et, en même temps, elle a toujours laissé place à l’imagination. Jusqu’aux XVIIe/XVIIIe siècles, les cartographes peuplaient les terres inconnues de toutes sortes de créatures. Les progrès de la géographie n’ont cependant pas mis fin au compagnonnage entre cartographie et imagination. Les écrivains et les peintres ont pris le relais pour inventer des mondes et les cartes qui vont avec.
L'exposition s’ouvre sur un document merveilleux : un manuscrit enluminé sur papier et parchemin venu de la bibliothèque royale de Belgique. Il date de la fin du XVe siècle. En haut d’une mappemonde très allégorique, l’auteur a représenté une créature ailée de couleur jaune, avec cette mention écrite : "Hic sunt dragones" (Ici sont des dragons). Ainsi procédait-on alors : pour représenter des terres inexplorées, on imaginait ce qui pouvait s’y trouver en fonction des croyances de l’époque.
Les écrivains prennent le relais
Il y a eu dans l’histoire de la cartographie un moment de bascule au XVIIe siècle. Les cartographes ont cessé de peupler les zones inconnues de représentations imaginaires. Ils les ont laissées en blanc. Ce qui, d’ailleurs, en a stimulé l’exploration.
Pour autant, l’imagination en cartographie ne s’est pas arrêtée à ce moment-là. Ce sont les artistes qui ont pris le relais. Les écrivains, en particulier, qui figuraient sur des cartes les lieux dont ils racontaient l’histoire. Cela pouvait aller très loin. J’ai été frappé par ce que disait Robert Louis Stevenson à propos de son roman "L’île au trésor" : « J'avais écrit le texte d'après la carte. La carte était l'élément clé de mon intrigue. C'est de cette façon que, absorbé par la carte de mon île au Trésor, les futurs personnages du livre prirent forme, sortant peu à peu du bois imaginaire. »


Chaque mardi à 8h45, Guillaume Goubert et Simon de Monicault présentent une exposition ou un événement qui raconte l'histoire de l'art.




