Guerre en Ukraine : le pape appelle de nouveau au cessez-le-feu
En Ukraine, la guerre sévit désormais depuis quatre ans. Les négociations entamées par Donald Trump pour trouver un accord de paix ne semblent pas aboutir. Le Saint-Siège aussi, ne cesse de s’engager par voie diplomatique. Jean-Benoît Poulle est historien vaticaniste et analyse l’actualité religieuse pour la revue Le Grand Continent. Que peut la diplomatie vaticane dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie ?
Eglise des Saints-Apotres Pierre-et-Paul, a Lviv, en Ukraine © Adrien Fillon"Que le bruit des armes cesse". Ces mots sont ceux du pape Léon XIV, prononcés lors de sa première bénédiction de Noël en décembre 2025. Appelant l’Ukraine et la Russie à avoir "le courage de dialoguer de manière sincère, directe et respectueuse", il n’a de cesse d'appeler à la prière pour la paix. Le 20 février, juste après avoir récité la prière de l’Angélus sur la place Saint-Pierre, le Souverain Pontife demande à nouveau la mise en place d’un cessez-le-feu. "Qu'un cessez-le-feu soit conclu sans délai et que le dialogue soit renforcé pour ouvrir la voie à la paix", a-t-il déclaré.
Quatre ans de guerre
Le 24 février 2022, l’armée russe envahissait l’Ukraine, sans aucune déclaration de guerre officielle du Kremlin.Très vite, le pape François s’est alarmé de cette situation, multipliant les conversations téléphoniques avec des représentants officiels. Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a été reçu plusieurs fois au Vatican par le pape François et le 9 décembre dernier par Léon XIV. Un an après la consécration de la Russie et de l'Ukraine au Cœur immaculé de Marie, François nomme le cardinal italien Matteo Zuppi comme envoyé spécial pour la paix en Ukraine. Le cardinal occupe toujours cette fonction. Le pape Léon s’inscrit donc dans la perspective amorcée par le pape François et continue d’engager le Saint-Siège dans son rôle de médiation. Jean-Benoît Poulle estime que le réseau des nonciatures apostoliques est "le meilleur moyen d’agir en accord avec ce qui se passe réellement sur le terrain".
Privilégier le multilatéralisme
Le 15 janvier, Donald Trump a créé le "Board of Peace", une organisation internationale ayant pour objectif de "promouvoir la stabilité, rétablir une gouvernance fiable et légitime et garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par un conflit". L’absence du Saint-Siège à ce "conseil de paix" voulu par le président américain est loin d’être anecdotique : elle révèle deux visions opposées de l’ordre international. Donald Trump privilégie une logique de rapports de force et de "deals" bilatéraux, dans laquelle les grandes puissances négocient directement entre elles. Au contraire, le Saint-Siège s’inscrit dans une tradition de multilatéralisme, fondée sur le dialogue entre États, organisations internationales et acteurs de la société civile. Certes, le Saint-Siège n’est qu’observateur à l’ONU et non membre à part entière, mais cette position singulière ne l’empêche pas de considérer l’Organisation comme un lieu indispensable de défense du droit international. Rome envoie donc un signal clair : une médiation crédible, notamment sur un sujet tel que la guerre en Ukraine, ne peut pas se déployer dans un cadre strictement bilatéral dominé par une seule puissance. Un environnement multilatéral permet à la parole de chacun d’être mise en relation, confrontée, équilibrée. Jean-Benoît Poulle l’affirme, "l'Église se place clairement dans la défense du droit international" et depuis les années 1960, "joue le rôle d’experte en humanité". Pour cette raison, "elle fait confiance" aux organisations telles que l’ONU qui "prônent les droits internationaux".


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