Guerre en Iran : les USA et Israël ouvrent une séquence à haut risque mais aussi pleine d’espoir pour le peuple iranien
Depuis samedi, des frappes américaines et israéliennes ont visé plusieurs cibles en Iran, faisant entrer le Moyen-Orient dans une nouvelle phase de confrontation. Tandis que Téhéran engage des représailles et menace d’étendre le conflit à toute la région, certains opposants iraniens voient aussi dans ces événements une fenêtre d’espoir pour affaiblir le régime des mollahs, voir même le faire définitivement tomber.
© RCF Anjou - Brad Safarik et Maryam DessetLes frappes lancées samedi par les États-Unis et Israël contre des installations iraniennes ont fait entrer le Moyen-Orient dans une nouvelle séquence d’instabilité. Entre démonstration de force militaire, risque d’embrasement régional et espoirs de changement de régime à Téhéran, l’équation reste incertaine.
Pour Brad Safarik, enseignant en relations internationales à l’UCO d’Angers et spécialiste des Amériques, la nature même du conflit reste encore floue.
La question de savoir si c’est une guerre ou non n’est pas encore tranchée par l’administration de Donald Trump. Mais à l’évidence, nous avons vu une entrée en guerre d’Israël et des États-Unis contre l’Iran.
Selon lui, les frappes ne sont pas arrivées par surprise. Elles s’inscrivent dans une montée progressive des tensions.
Depuis plusieurs semaines, on voyait une accumulation de forces militaires dans la région. En même temps, des négociations se poursuivaient, notamment avec la médiation d’Oman sur le nucléaire iranien et les missiles balistiques. Et juste avant un nouveau cycle de discussions, les attaques ont commencé.
Dans un premier temps, Israël aurait frappé en premier, avec l’appui américain.
Les États-Unis savaient qu’une attaque israélienne était probable. Avec l’accumulation de forces américaines dans la région, ils craignaient des représailles contre leurs propres troupes. L’idée était donc d’agir avant pour protéger leurs forces.
« Pour nous, la guerre a déjà commencé »
Derrière les calculs stratégiques, il y a aussi la réalité vécue par les civils iraniens. Une réalité décrite avec émotion par Maryam Desset, franco-iranienne, enseignante en langues étrangères à l’UCO à Angers et membre du mouvement d’opposition Iran-Novin.
Pour nous, le peuple iranien, la guerre a déjà commencé. Et elle a déjà fait énormément de morts.
Elle évoque la répression des manifestations et les violences du régime qu’elle a pu voir récemment à travers les vidéos partagés sur le net.
J’ai vu le pire de l’humanité. Des cadavres avec les mains attachées derrière le dos, des balles dans la tête, des enfants torturés avant d’être exécutés. Le bilan est extrêmement sombre.
Lorsque les frappes américaines ont été annoncées, la réaction a été immédiate.
Chaque matin, je regardais mon téléphone pour voir si les États-Unis allaient frapper. Et samedi matin, c’est arrivé. J’étais très contente.
Selon elle, dans certaines villes iraniennes, des scènes de joie ont même été observées.
Le soir même, j’ai pu appeler ma famille à Téhéran : ils trinquaient, ils célébraient. Il y avait des vidéos de gens dans les rues en train de danser.
Mais elle insiste : il ne s’agit pas d’une guerre voulue par les Iraniens.
Ce n’est pas notre guerre. Ce n’est pas le peuple iranien qui l’a commencée. Mais aujourd’hui, nos intérêts convergent avec ceux des États-Unis et d’Israël : nous voulons que ce régime tombe.
Un régime fragilisé mais toujours dangereux
La mort de l’ayatollah Ali Khamenei, évoquée pendant l’émission, ne signifie pas pour autant l’effondrement immédiat du pouvoir iranien.
Le régime reste en place », rappelle Brad Safarik. « Et Khamenei, en mourant, est devenu un martyr pour la cause de la révolution islamique, ce qui est un symbole très puissant dans le monde chiite.
Téhéran conserve aussi des relais dans la région.
Depuis les années 1980, l’Iran s’est construit un réseau de milices : le Hezbollah au Liban, le Hamas en Palestine, et d’autres groupes armés. Mais aujourd’hui, aucun État ne soutient officiellement l’Iran.
Reste la position de certaines grandes puissances, allié de longue date avec l’Iran.
La Russie et la Chine observent pour l’instant. La grande question est de savoir si elles vont intervenir pour soutenir leur allié.
Le risque d’une guerre régionale
En réaction aux frappes, l’Iran a déjà lancé des attaques contre plusieurs pays du Golfe.
"Le Qatar, la Jordanie, les Émirats, Bahreïn, le Koweït ou l’Arabie saoudite ont été touchés. Cela pose la question de la sécurité dans toute la région", souligne Brad Safarik.
Autre point de tension majeur : le détroit d’Ormuz, par lequel transite une grande partie du pétrole mondial.
On voit déjà l’impact : le prix du pétrole commence à monter. Or aux États-Unis, la question du carburant est centrale pour les électeurs, surtout à quelques mois d’élections.
L’espoir d’un soulèvement en Iran
Pour Maryam Desset, l’avenir dépendra avant tout des Iraniens eux-mêmes.
Nous avons déjà donné plusieurs dizaines de milliers de morts pour la liberté. Nous ne voulons pas remplacer un dictateur par quelqu’un du même système.
Elle estime qu’un soulèvement populaire reste possible.
Le régime a peur du peuple. Chaque soir, des gens crient depuis leurs fenêtres : “Mort au dictateur”.
Son scénario idéal : une transition politique menée par l’opposition.
L’idée serait une période de transition, puis des élections libres. Les Iraniens décideraient eux-mêmes : monarchie constitutionnelle ou république.
Elle cite notamment le prince héritier Reza Pahlavi comme figure possible de transition.
Je pense qu’il peut être celui qui permettrait d’organiser cette transition.
Une issue encore incertaine
Pour Brad Safarik, l’avenir dépendra surtout de la durée du conflit.
La question clé, c’est la temporalité. Si la guerre s’installe dans le temps, tout peut basculer.
Et même en cas de victoire militaire, rien n’est garanti.
Le succès opérationnel ne se traduit pas forcément par un succès stratégique. Une intervention peut gagner une bataille… sans forcément stabiliser la région.
Dans une région déjà marquée par des décennies de conflits, l’issue reste donc plus incertaine que jamais.


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