Guerre au Moyen-Orient : jusqu’où l'inflation va-t-elle exploser ?
La guerre au Moyen-Orient entraîne une hausse des prix de l’énergie, faisant grimper carburant, électricité et coûts de production en Europe et en France. Cette inflation importée se diffuse à l’ensemble de l’économie (transports, alimentation, biens), ravivant les inquiétudes sur une possible crise économique durable.
L'EuroSkulptur dans le centre-ville de Francfort en Allemagne © frimufilmsDepuis le début du conflit au Moyen-Orient en février 2026, les tensions économiques se sont accentuées. La production et le transport de pétrole et de gaz se retrouvent compromis et les prix s'envolent sur les marchés mondiaux. Ces hausses se répercutent sur l'ensemble des biens et services des consommateurs : alimentation, produits manufacturés, logistique, etc.
Dans l’émission Je pense donc j'agis présentée par Melchior Gormand sur RCF Notre Dame, l’économiste Laurent Ferrara, professeur d’économie internationale à Skema Business School et Julien Pillot, enseignant chercheur en économie à l’INSEEC grande école, dressent un tableau préoccupant sur l’économie européenne.
L'inflation sur les ménages, une histoire de longue date
L’Europe assiste à une succession de crises. Les problèmes aurait commencé en “2008 avec la crise financière, puis la crise de l'Euro avec la dette des pays périphériques, le Covid et la Guerre en Ukraine”, explique l'enseignant chercheur en économie Julien Pillot. En plus de ces malaises, s'ajoute un nouvel évènement depuis février 2026 : la guerre dans le Golfe Persique qui empêche une navigation en toute sérénité. L'un des exemples les plus marquants, c'est un navire de la CMA-CGM qui a été attaqué mercredi 6 mai. Cette inquiétante nouvelle révèle que les transporteurs non plus d'autres choix que d'assurer leur protection. Cette défense a naturellement un coût qui se répercutera sur les marchandises vendues au consommateur. L'économiste Laurent Ferrara nomme cette situation de “choc pétrolier”, car “les évolutions du prix du pétrole ont augmenté de 50 % sur le prix d’un baril”, en un mois seulement.
Les chocs globaux comptent pour 25% de l'inflation domestique.
Les économistes pointent du doigt une “inflation importée”. De fait, l’inflation domestique en France s’élève seulement à 0,3 % en janvier 2026. Le problème viendrait de la globalisation depuis les années 1990 avec notamment la création d'organismes comme l’Organisation Mondiale du Commerce dont fait partie la Chine depuis 2001. Cette politique commune “en matière commerciale et financière, fait que maintenant, quand on a un choc à l'extérieur, il se répercute de manière domestique", s’inquiète Laurent Ferrara. De plus, en janvier 2026, la Banque Centrale Européenne alerte dans un rapport "que pour un pays moyen, les chocs globaux comptent pour 25 % de l'inflation domestique", affirme l'économiste. Pour la France, ce n'est pas un cas isolé, car elle est assez exposée, étant un pays importateur de matières premières.
Si tout le monde pense que les prix vont baisser, les prix baissent.
Les effets d’anticipations, l'un des facteurs de l'inflation. “Si tout le monde pense que les prix vont monter, les prix montent. Si tout le monde pense que les prix vont baisser, les prix baissent”, confirme Laurent Ferrara. Ce sont les marchés financiers et de matières premières qui anticipent le plus fréquemment en ajustant le plus rapidement leur prix. Car "lorsque le prix du pétrole augmente, ce n’est pas parce qu’il y a une rupture d’offre ou une hausse de la demande, c’est aussi des effets d’annonces de l'Organisation des Pays exportateurs de Pétrole", raconte l'économiste Laurent Ferrara. Certaines entreprises opportunistes profitent de cette situation pour faire grimper leur chiffre d'affaires.
Entre 20 et 25 % de la production mondiale de pétrole qui transitent par ce détroit.
Un marché européen faiblement exposé aux problèmes énergétiques. Les hostilités dans le Golfe Persique n'influencent pas énormément l'économie européenne car l'Europe dépend très peu des importations de pétrole de cette région du monde. Mais comme le rappelle Laurent Ferrara, “entre 20 et 25 % de la production mondiale de pétrole transitent par ce détroit d'Ormuz. Cela crée un choc sur le prix du pétrole qui finit par se répercuter pour l'ensemble des consommateurs". In fine, le problème concerne à la fois "le particulier français qui a besoin d'essence pour aller au travail le matin, et l'entrepreneur ou l'industriel français qui a besoin d'énergie pour pouvoir tout simplement produire et faire tourner ses usines", précise l'économiste.
L'Union européenne attendue sur des mesures
“Lorsque l'inflation d'un pays est au-dessus de 2 %, qui est l'objectif de la Banque Centrale Européenne, alors la BCE doit réagir”, affirme l’économiste Laurent Ferrara. Au mois d'avril 2026, l'inflation est à 3%. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, sur le principe, devrait réagir. Sauf que celle-ci se situe face à un dilemme lié au choc de l'inflation importée. Si elle décide de relever ses taux d’intérêt afin de contrer l’inflation, elle risque de freiner la croissance économique. Une hausse des taux entraînerait une diminution de l’activité économique, car les crédits deviendraient moins accessibles. "L’activité économique européenne est déjà très faible, avec une croissance en France estimée autour de 0,9 %, qui pourrait sûrement tomber à 0,6 %", prédit l’économiste. Depuis janvier 2026, la politique actuelle consiste à ne pas intervenir et à attendre, les risques et les incertitudes étant jugés trop élevés. En France, les prévisions de croissance étaient initialement fixées à 0,9 % avant le début de cette période mouvementée.
L’activité économique européenne est déjà très faible.
Malgré la guerre, de nouvelles idées émergent. Savoir "être optimiste” propose l’économiste Laurent Ferrara, car ce conflit permet de comprendre la nécessité d’une transition écologique. “La crise dans laquelle le monde vit permet de réfléchir à comment on prévoit de se décarboner de manière globale”, informe Laurent Ferrara. Ce basculement vers une voie plus verte se fait déjà ressentir, avec une accélération nette des ventes de voitures électriques. Entre janvier et avril 2026, ce secteur connait une hausse globale de 48 % de ventes.


Cette émission interactive présentée par Melchior Gormand est une invitation à la réflexion et à l’action. Une heure pour réfléchir et prendre du recul sur l’actualité, et pour agir, avec les témoignages d’acteurs de terrain pour se mettre en mouvement et s’engager dans la construction du monde de demain.
Intervenez en direct au 01 56 56 44 00, dans le groupe Facebook Je pense donc j'agis ou écrivez à direct@rcf.fr
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