Groenland : derrière la sécurité nationale, l’obsession territoriale de Donald Trump
C'est le feuilleton actuel : Donald Trump souhaite annexer un territoire grand comme quatre fois la France, onze fois moins peuplé. Un sommet exceptionnel avec les 27 États de l'Union européenne est prévu dans les prochains jours pour déterminer la stratégie autour de la crise du Groenland. Le chercheur associé à l’Institut Thomas More, Cyprien Ronze-Spilliaert, revient sur les enjeux et les clés de compréhension de la crise groenlandaise.
Des soldats Danois en entrainement le dimanche 18 janvier. © Danish Defence Command/UPI/ABACAPRESSEn France, un débat sur l’« autonomie stratégique » s’est tenu lundi 19 janvier au Sénat et à l’Assemblée nationale.
Une question économique et sécuritaire
Pour Donald Trump, c'est une question de « sécurité nationale » et une source d’enrichissement économique. Dans le discours du président des États-Unis, le Groenland serait une réponse à tous ces maux. Selon Cyprien Ronze-Spilliaert, ces arguments ne tiennent pas. Le Groenland est bien doté de 36 millions de tonnes de terres rares, mais seulement 1,5 million de tonnes sont en réalité exploitables et rentables économiquement. « 95 % des exportations groenlandaises, ce sont des produits de la pêche. L’argument des ressources ne tient pas. »
Quant à l’argument sécuritaire, il ne tient pas non plus, poursuit le chercheur à l’Institut Thomas More. « Les experts nous expliquent qu’il n’y a actuellement pas de menace imminente. » Les États-Unis possèdent une base spatiale à Pituffik, où se trouvent actuellement 150 soldats américains. Donald Trump pourrait augmenter très largement le nombre de soldats américains présents sur le sol groenlandais en cas de menace, sans nécessiter une annexion du territoire. L’OTAN, qui peut déployer autant de soldats que nécessaire depuis un accord signé avec le Danemark en 1951, serait par ailleurs largement suffisante pour défendre le Groenland face à la Russie et à la Chine.
C’est une conquête stratégique qu’il considère relativement facile. 2,2 millions de km² pour seulement 58 000 habitants. Il s’agit d’une obsession tellurique de Donald Trump.
Mais alors, quelle est la véritable raison de Donald Trump ? Pour Cyprien Ronze-Spilliaert, la réponse se trouve dans la symbolique forte de la conquête territoriale. « C’est une conquête stratégique qu’il considère relativement facile. 2,2 millions de km² pour seulement 58 000 habitants. Il s’agit d’une obsession tellurique de Donald Trump. »
Une Europe de la défense
L'objectif des Européens est désormais de rester crédibles face au monde et d'affirmer l'Europe-puissance. L’abandon du Groenland provoquerait deux conséquences majeures, selon le chercheur de l’Institut Thomas More : l’Europe perdrait toute sa crédibilité et le principe du respect du droit international, sur lequel repose la sécurité collective depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, perdrait tout sens.
On a envoyé une quinzaine de chasseurs alpins, ça fait sourire quelques-uns, quelques commentateurs. Mais n'oublions pas que ce n'est que le début, que ces chasseurs alpins sont allés au Groenland précisément pour préparer un déploiement plus intense. On a aussi un ravitailleur de la Marine nationale qui est en train de se diriger vers le Grand Nord
Pour cela, les gouvernements européens ont commencé à agir en déployant des soldats danois et européens sur le sol groenlandais. « On a envoyé une quinzaine de chasseurs alpins, ça fait sourire quelques-uns, quelques commentateurs. Mais n'oublions pas que ce n'est que le début, que ces chasseurs alpins sont allés au Groenland précisément pour préparer un déploiement plus intense. On a aussi un ravitailleur de la Marine nationale qui est en train de se diriger vers le Grand Nord », décrypte le spécialiste. Les États-Unis se retrouvent face à une situation plus complexe : Donald Trump ne pourrait s’en prendre directement à ses alliés sans subir un effondrement de l’OTAN et des marchés financiers. Pour Cyprien Ronze-Spilliaert, on touche ici à la ligne rouge du président américain, d’autant plus que les midterms, les élections de mi-mandat, débutent dans moins d’un an aux États-Unis, et que le coût de la vie y reste un sujet très sensible.


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