Grève des pompiers : “Si on est en détresse, la population aussi”
En grève depuis le 8 septembre et pour 6 semaines au moins, les sapeurs-pompiers français sonnent l’alarme. Après les incendies ravageurs de l’ été et 42 000 hectares brûlés rien qu’en Gironde, la profession demande une augmentation des moyens sur le long-terme.
Manuel Coullet, Laurent Gastaldo et Fabien Fayol, pompiers syndicalisésCela fait déjà 4 ans que le budget accordé aux sapeurs pompiers fait l’objet de discussions. Depuis les feux de l’été 2022, le gouvernement promettait une loi de modernisation de la sécurité civile. Une loi qui n’a toujours pas vu le jour, mise en débat à partir de ce 8 septembre.
Toutes les organisations syndicales des sapeurs pompiers ont donc déposé un préavis de grève à compter de cette date, et jusqu’au 20 octobre, premier vote du projet de loi de finances (PLF). Des manifestations de soldats du feu sont également organisées à Paris les 27, 28 et 29 septembre.
Protéger les pompiers
Et les attentes sont nombreuses. Manuel Coullet, secrétaire régional et national du mouvement Sud SDIS tire un sombre bilan : “cette année, ça a été encore plus dur qu'en 2022, tout le monde l’a vu. Il y a le manque de moyen matériel, humain et pour nous protéger nous et notre santé. Prenez l’exemple de la cagoule en tissu pour nous protéger des feux, ce n'est pas suffisant, il faut en faire bien plus.”
Pour Laurent Gastaldo, pompier et syndicaliste du FA-SPP-PATS de l’Isère, cette crise se ressent aussi localement. En Isère, “Il y a une grande difficulté à protéger les agents de la fumée” et certains se sentent contraints à rester dans leur caserne plutôt que d’aller aider leurs collègues en cas de besoin, comme en Gironde, par exemple.
Au total, les grévistes réclament 150 sapeurs-pompiers et 50 agents administratifs et techniques supplémentaires, rien que pour l’Isère.
Un manque de moyens financiers et humains
Ils demandent au gouvernement de “revoir ses priorités”, notamment en revalorisant le montant de la cotisation pour les sapeurs-pompiers (80 euros par an et par habitant, contre 120 euros pour les éboueurs, ndlr).
Au-delà de la sécurité des pompiers, les syndicats mettent également en avant la crise de recrutement : peu de postes sont ouverts pour des pompiers professionnels alors que 3000 pompiers volontaires obtiendraient le concours chaque année. Un paradoxe alors même que les interventions se multiplient et que les bras manquent dans les casernes.
Un modèle en perte de sens
Pour Fabien Flayol, secrétaire général du syndicat CGT des sapeurs-pompiers d’Isère, ce qui est à repenser, c’est le modèle de la sécurité civile qui est “à bout de souffle”, notamment à cause du vieillissement de la population.
La perte de sens ça fait des années qu’on la subit. On a besoin que le gouvernement comprenne la détresse qui est la nôtre, si on est en détresse c’est que la population l’est aussi.
Un quotidien vécu par environ 256 400 sapeurs-pompiers actifs aujourd’hui en France et partagé par les syndicats qui attendent désormais des réponses concrètes des pouvoirs publics.


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