Grève des pompiers : "c'est un mouvement structurel pour moderniser notre sécurité civile" pour Anthony Kersulec
Les sapeurs pompiers professionnels montent au créneau pour exprimer leur colère. Huit syndicats de la profession se sont associés pour lancer, à partir de ce mardi 9 septembre, un mouvement de grève jusqu'au 20 octobre. Parmi ces organisations, le Snspp-pats, le syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés des SDIS de France. Son président dans le Morbihan, Anthony Kersulec est notre invité.
Une manifestation nationale des sapeurs-pompiers est prévue à Paris le 29 septembre. © Dominique Hermeulin- Quelles sont les raisons de ce mouvement de grève et quelles sont vos revendications?
Anthony Kersulec : "L'objectif est d'interpeller nos pouvoirs publics et l'État sur l'état de santé de notre sécurité civile, sur le financement de nos services d'incendie et de secours, qui est sous évalué. Nous manquons de pompiers professionnels. En France, on estime à peu près à 20 000 postes, le nombre de sapeurs-pompiers professionnels.
L'objectif, c'est aussi d'interpeller sur le recentrage de nos missions qui ne sont pas souvent, enfin, qui ne sont pas tout le temps de la mission de secours d'urgence. Il y a aussi le sujet de notre santé, notre sécurité lors des interventions".
- Les syndicats ont rencontré le 13 août dernier, Laurent Nunez, le ministre
de l'Intérieur, qui a annoncé notamment qu'il allait présenter aujourd'hui même, un projet de loi de modernisation de la sécurité civile pour redéfinir et clarifier vos missions. Il a aussi annoncé une augmentation des ressources pour les SDIS, les services départementaux d'incendie et de secours dans le projet de loi de finances à venir. Est-ce suffisant ?
Anthony Kersulec : "Nous allons attendre ce qui va ressortir aujourd'hui au niveau du ministère de l'Intérieur. Mais nous ne sommes pas optimiste vu l'état de santé des finances publiques. Il y a une loi de modernisation, mais qui date de plus de 20 ans.
Donc, il est sérieusement temps de moderniser notre sécurité civile et de l'adapter aux missions que nous avons, c'est-à-dire les missions liées au climat et de plus en plus de sollicitations pour du secours à personne".
- Quelles sont les principaux problèmes auxquels vous faites face tous les jours ? Comment cela se répercute justement ?
Anthony Kersulec : "Nous avons plusieurs difficultés : nous sommes sollicités pour des missions qui ne sont pas les nôtres, qui sont une dérive des difficultés du système hospitalier, de la désertification médicale. Nous sommes sollicités pour des transports qui ne sont pas à l'hôpital, qui ne sont pas forcément du secours d'urgence. Cela se traduit par une sur-sollicitation, des ambulances, du personnel.
Nous avons aussi des difficultés sur la disponibilité de nos sapeurs-pompiers volontaires. Je rappelle que le système de sécurité civile en France repose en grande majorité sur la disponibilité de sapeurs-pompiers volontaires. Tout ça s'essouffle et donc cela se répercute sur la sollicitation des pompiers professionnels".
- Ce mouvement de grève lancé aujourd'hui, mobilise-t-il les sapeurs-pompiers ?
Anthony Kersulec : "Je suis en contact évidemment avec une bonne partie des sapeurs-pompiers en France. Oui, c'est un mouvement qui va énormément mobiliser, notamment le 29 septembre. Une manifestation nationale est prévue à Paris. Je peux d'ores et déjà vous dire qu'il y a énormément de pompiers professionnels qui
sont motivés à monter sur Paris pour défiler".
- Vous avez évoqué ces pompiers volontaires aussi, qui vous épaulent tous les jours. Est ce que eux aussi, ils participent à ce mouvement, d'une manière ou d'une autre?
Anthony Kersulec : "Je n'ai pas de retour concernant les pompiers volontaires, mais sur la mobilisation qui se passera à Paris, mais il faut bien comprendre que c'est un mouvement structurel. C'est vraiment pour moderniser notre sécurité civile. Et donc, évidemment, les pompiers professionnels et les pompiers volontaires sont mobilisés pour pouvoir modifier et et améliorer notre notre système de sécurité
civile".
- Quelles seraient les mesures à prendre en urgence pour améliorer la situation dans l'immédiat ?
Anthony Kersulec : "C'est que l’État apporte des financements plus importants auprès des collectivités. Il faut savoir que les financements des services d'incendie et de secours sont financés par le département, par les communes. On voit que nos collectivités, on leur supprime des budgets et donc forcément, cela a un impact sur le budget du service d'incendie et de secours. Là, il est grand temps que l’État mette la main à la poche pour pouvoir aider nos collectivités et ainsi mieux embaucher des pompiers professionnels et mieux nous équiper".
- Vous débutez ce mardi 9 septembre un mouvement de grève, en quoi consiste-t-il ?
Anthony Kersulec : "Dans tous les centres de secours, vous avez des pompiers professionnels, avec un nombre de personnels minimum à atteindre. Donc, en général, cela réduit les effectifs lorsqu'on se déclare en grève. Mais vous avez malgré tout, forcément, le service habituel. Il n'y aura pas d'impact sur les secours, nous allons juste diminuer un peu le personnel de garde et le personnel qui sera présent sera un petit peu plus sollicité pendant que les autres seront en position de grève".


Chaque jour, sur RCF en Bretagne, retrouvez l’invité du matin, du lundi au vendredi à 6h35, 9h et 12h07. Société, économie, politique, un éclairage local sur l'actualité.
