Grève des médecins libéraux : dans l’Hérault, la mobilisation s’intensifie contre le budget de la Sécurité sociale
Du 5 au 15 janvier, l’ensemble des syndicats de médecins libéraux appelle à une mobilisation nationale contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Dans l’Hérault, près de 300 médecins ont rejoint le mouvement. Ils dénoncent des mesures jugées dangereuses pour leur liberté d’exercice et pour l’accès aux soins des patients. Explications avec le docteur Vanessa Poggi, généraliste à Juvignac et porte-parole du collectif Résiste 34.
Arrêts maladie encadrés, budget santé jugé insuffisant : près de 300 médecins héraultais se mobilisent du 5 au 15 janvier. © NDLa contestation des médecins libéraux prend une ampleur inédite à l’échelle nationale. Rarement les syndicats de la profession avaient affiché une telle unité face à un texte budgétaire. Dans l’Hérault, cette mobilisation trouve un écho particulier, alors que la pression sur l’accès aux soins se fait déjà fortement sentir.
Les arrêts de travail dans le viseur
Au cœur de la colère : la loi de financement de la Sécurité sociale adoptée le 15 décembre dernier. Elle introduit notamment la mise sous objectif (MSO) de médecins considérés comme prescrivant trop d’arrêts de travail. Environ 500 praticiens sont concernés en France, avec des objectifs de réduction allant de 20 à 30 %, sous peine de sanctions financières.
"On nous impose des quotas sans tenir compte de la réalité médicale des patients", dénonce le docteur Vanessa Poggi. Dans l’Hérault, où de nombreux médecins généralistes exercent en zones déjà sous-dotées, cette mesure est vécue comme une remise en cause directe du jugement clinique. "L’arrêt de travail n’est pas un confort, c’est souvent un acte thérapeutique indispensable."
Le texte prévoit également de nouvelles restrictions pour les patients : limitation des arrêts de travail à un mois, prescriptions en téléconsultation plafonnées à trois jours, et possibilité pour un médecin mandaté par l’employeur de suspendre rapidement les indemnités journalières. Une évolution qualifiée de "déshumanisante" par les médecins mobilisés.
La prise en charge en baisse
Mais la contestation dépasse largement la question des arrêts maladie. Dans l’Hérault, les praticiens alertent sur un budget de la santé jugé insuffisant face aux besoins croissants de la population. "Les baisses autoritaires de certains tarifs d’actes rendent de plus en plus difficile l’investissement dans du matériel médical performant", explique la porte-parole du collectif Résiste 34. Une problématique particulièrement sensible dans un département où l’accès aux spécialistes (dermatologues, psychiatres, ophtalmologues) reste très dégradé.
Pour les 300 médecins du collectif Résiste 34, cette réforme marque une rupture profonde avec le sens de leur métier. "Nous ne sommes pas devenus médecins pour faire du chiffre, mais pour soigner. Aujourd’hui, la santé devient une variable d’ajustement budgétaire", estime la porte-parole de Résiste 34, évoquant des modèles étrangers où l’accès aux soins s’est fortement dégradé.
Une mobilisation à toutes les échelles
Dans l’Hérault, plusieurs actions locales viennent renforcer le mouvement national. Un rassemblement est prévu le 9 janvier devant le siège de la CPAM, suivi d’une manifestation nationale à Paris le 10 janvier. Le 15 janvier, une conférence de presse se tiendra au siège de l’URPS afin d’exposer les conséquences concrètes de la réforme sur le terrain héraultais.
Du 5 au 15 janvier, les médecins libéraux appellent ainsi à un arrêt total d’activité, avec un message clair : défendre la liberté de soigner, pour préserver l’accès aux soins des patients dans l’Hérault comme ailleurs.


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