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Villeurbanne : « La cocaïne a brisé le quartier Grandclément », déplore le collectif d'habitants

Villeurbanne : « La cocaïne a brisé le quartier Grandclément », déplore le collectif d'habitants

Un article rédigé par Johan Fresse - RCF Lyon, le 12 juin 2026 - Modifié le 12 juin 2026
Les Voix de l'actu · RCF Lyon et RCF Pays de l'AinGrandclément : "La cocaïne a brisé le quartier"

Grandclément, nouveau point névralgique d'une tension grandissante dans l'est lyonnais sur fond de trafic de drogue. Depuis mai 2025, le quartier de Villeurbanne a connu près d'une dizaine de fusillades, dont la dernière en date dans la nuit du 6 au 7 juin : deux hommes ont été blessés par balle en contrebas de la place Grandclément. Aujourd'hui, les habitants du secteur vivent au rythme d'une présence policière quasi quotidienne, et se sont regroupés en collectif. L'une de ses membres, habitante du quartier depuis huit ans, témoigne sous le nom d'emprunt de Murielle.

La rue Léon Blum, paralysée après une fusillade le 24 mai 2025 - © RCF LyonLa rue Léon Blum, paralysée après une fusillade le 24 mai 2025 - © RCF Lyon

RCF Lyon : Comment qualifiez-vous la vie dans le quartier à l'époque où vous êtes arrivée, il y a huit ans ?

Murielle : Grandclément est un quartier où il faisait assez bon vivre quand nous sommes arrivés. Nous connaissions rapidement tous les commerçants, beaucoup d'habitants, beaucoup de voisins. On était plutôt en sérénité, même si on ne peut pas nier qu'il y avait quand même un peu de trafic de stupéfiants visibles sur le quartier. Mais c'était largement vivable en comparaison de ce que nous vivons aujourd'hui.

RCF Lyon : Il y a une rue qui cristallise l’attention : la rue Burais. Expliquez-nous ce qu'il s'y passe.

Murielle : La rue Burais, c'est une rue qui est juste après la place Grandclément, lorsqu'on se dirige vers Laurent Bonnevay. C'est une petite rue, comme plein de petites rues à Villeurbanne, avec des immeubles d'habitation, des immeubles anciens, des immeubles récents, des écoles à proximité. C'est une petite rue qui semble calme en apparence, mais où il se passe beaucoup de trafics et où, notamment, on a un point de deal assez important et des ventes très régulières, et où il y a malheureusement eu de nombreux tirs sur ces derniers mois. Cette rue, en fait, elle a été littéralement annexée par les dealers. Il y a eu une installation de caméras au niveau de la rue Burais et de la rue Antoine Primat. Donc, petit à petit, après l'installation de la caméra, les dealers sont remontés tout le long de la rue jusqu'à totalement l'annexer, puisque maintenant, ils sont installés tout le long de la rue entre Léon Blum et Antoine Primat. De nombreux habitants de la rue Burais sont membres de notre collectif. Les habitants sont dans un sentiment d'insécurité puisqu'ils sont au contact des dealers et des consommateurs à longueur de journée.

RCF Lyon : Il y a une date, un tournant, le 24 mai 2025, il est environ 20 heures. Expliquez-nous ce qu'il se passe à ce moment-là.

Murielle : Les incivilités ont explosé sur la rue Burais à partir de mars/avril 2025, c'est-à-dire des présences massives de personnes qui squattaient la rue, qui criaient, qui faisaient beaucoup de bruit.

Et malheureusement, l'apothéose de cette explosion d'incivilité a été le 24 mai 2025. C’est ce que je qualifie d'une scène de guerre : un commando est arrivé dans notre quartier, dans une voiture entièrement recouverte de boue. Ils sont descendus à plusieurs. Ils ont éparpillé la foule et ils ont tiré sur des dealers devant la boulangerie, qui se situe à l'angle de la rue Léon Blum et de la rue Burais. On a vu des armes. Nos enfants ont entendu pour la première fois des tirs de leur vie, moi également. C'était le choc absolu.

Le quartier était figé pendant quelques minutes. Puis ensuite, ça a été la panique jusqu'à l'arrivée des secours et des services de police.

RCF Lyon : À quoi imputez-vous cette montée de tension ?

Murielle : Clairement, on a vu une intensification de la vente et de la consommation de drogues. Et on s'est rapidement rendu compte que l'arrivée de la cocaïne a brisé l'ambiance du quartier et a brisé la sécurité. C'est-à-dire qu'on a vu au fil des mois une présence massive de vente, de vendeurs. Donc forcément, c'est en corrélation avec une hausse des consommateurs. Mais des vendeurs qui ne se cachaient plus, qui parlaient haut et fort de ce qu'ils vendaient, à savoir de la drogue dure. Et depuis, on le sent, tout a changé.

RCF Lyon : Après la dizaine de fusillades depuis mai 2025 dans le secteur, ressentez-vous une hyper-vigilance ?

Murielle : C'est exactement le terme, "hyper-vigilance", c'est très bien choisi. C'est au quotidien. On se demande si l'on va pouvoir rentrer sereinement chez nous. Est-ce qu'on ne va pas trouver des vendeurs ou des consommateurs, des toxicomanes, devant notre porte ? Mais surtout, notre plus grande crainte en tant qu'habitante, au nom du collectif, c'est pour nos enfants.

Nos enfants rentrent de l'école, du collège, du lycée tout seuls. Et parfois, ils tombent nez à nez avec des vendeurs, des consommateurs. On leur demande de rentrer en limitant courant quand ils sont dans le secteur. Parce qu'on se dit, une balle perdue arrive très vite. Je vais quand même rappeler que le 27 février, une fusillade a eu lieu devant la pharmacie de l'avenue Léon Blum à 16h30. Cela a eu pour conséquence qu'une école entière a été confinée, que les deux autres écoles du quartier ont été aussi en alerte. On en est là. On en est là que des gens tirent à 16h30.

On se demande si nos enfants ne vont pas un jour prendre une balle, si un drame ne va pas avoir lieu et nous-mêmes, si on n'a pas des risques. Les commerçants sont dans la même situation. Leurs clients se font de plus en plus rares. Leur chiffre d'affaires dégringole et eux-mêmes se demandent si, un jour, ils ne vont pas recevoir une balle ou se faire agresser par un consommateur en manque. Parce qu'aujourd'hui, on en est là. Et le cœur du problème, c'est les vendeurs. Mais c'est aussi tous ces gens qui veulent acheter de la drogue et qui veulent acheter de la drogue en bas de chez les autres, en bas des immeubles.

RCF Lyon : La problématique concerne-elle les consommateurs autant que les vendeurs ?

Murielle : Les consommateurs, je les vois de ma fenêtre au quotidien, mes enfants les voient au quotidien. Ce sont des gens, c'est tout un chacun. C'est monsieur qui sort du travail, madame qui vient de déposer ses enfants à l'école. C'est parfois mamie qui, le dimanche, vient chercher une dose. On en est là aujourd'hui : des gens consomment en toute impunité, sans se poser la moindre question, des drogues que l'on pouvait qualifier de douce à la résine de cannabis, mais qui consomment aussi de la cocaïne. J'ai croisé un homme qui demandait le prix du gramme au vendeur. J'étais à côté, j'avais mon enfant qui sortait de l'école maternelle. Il n'y a plus le moindre tabou sur ce sujet.

Cette consommation nuit aux habitants, et ces gens-là qui viennent consommer, ils n'aimeraient pas que ça arrive devant chez eux. En revanche, ils n'ont aucun scrupule à le faire devant chez les autres.

Ce que je souhaite, évidemment, ce n'est pas reporter mes problèmes, nos problèmes sur les voisins d'à côté. Pas du tout. Ce que je souhaite aujourd'hui, c'est une réponse de l'État. Et l'État, je parle du ministère de l'Intérieur, de la préfecture, qu'il y ait des actions fortes pour que ce point de deal tombe, qu'on ne soit plus à la merci et qu'on ne soit plus otages des dealers, mais aussi des consommateurs.

RCF Lyon : C'est ce que vous avez exposé le 9 juin au maire de Villeurbanne. Vous aviez une rencontre avec Cédric Van Styvendael, qui a demandé encore plus de moyens à l'État pour sécuriser les quartiers. Grandclément est bouclé presque 24h/24 par plusieurs unités de CRS et de police sur la place, avec des opérations de filtrage quotidiennes. Qu'est-ce qui ressort de cette réunion avec la mairie de Villeurbanne ?

Murielle : Le maire de Villeurbanne nous a toujours assuré un soutien indéfectible. Les services municipaux ont été les premiers à recevoir le collectif, à nous écouter, à nous rencontrer, à faire remonter nos problématiques. Dès la constitution du collectif en mai 2025, nous avons rencontré Yann Crombecque, adjoint à la Sécurité. Il nous a rencontrés à de nombreuses reprises. Nous avons parfois échangé des mails à 21h30 suite à des fusillades. Donc, on a toujours eu un soutien indéfectible de la mairie de Villeurbanne et on les remercie pour ça. La mairie, Monsieur le maire, nous a assuré que Grandclément était sous les projecteurs et que tout serait fait pour redonner de la sérénité aux habitants du quartier.

Ndlr :

Pour (re)joindre le collectif d'habitants de Grandclément, vous pouvez contacter la mairie de Villeurbanne, ou directement par mail à collectif.grandclement@gmail.com
 

Les Voix de l'actu · RCF Lyon
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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