Grand Est : 42% des habitants ont acheté moins de produits d'hygiène en 2025
42% des habitants du Grand Est ont été incités à réduire leur consommation de produits d’hygiène l'année passée selon une étude de l'Institut IFOP. parue aujourd'hui. Ce nombre tend à diminuer mais reste préoccupant pour les associations de solidarité.
TyliJura de PixabayChanger moins souvent de vêtement pour réduire le nombre de lessive, renoncer à acheter une nouvelle brosse à dent pour payer un paquet de pâtes, ou éviter les rendez-vous par honte de son allure : les réalités que cache l'expression "précarité hygiénique" sont diverses.
Elle concernerait 42% des habitants du Grand Est selon le baromètre 2026 de l'association Dons solidaires réalisé en partenariat avec Groupe Ifop. L'étude, publiée le 16 avril, place ainsi la région sous la moyenne nationale (44%). 29 millions de Français ont été incités à réduire leur consommation de produits d'hygiène en 2025.
L'hygiène passe après le logement et la nourriture
Une tendance à la baisse? En apparence seulement. Il faut regarder les chiffres de 2022 pour observer ce qu'il en est vraiment. À cette époque, 34 % des Français faisaient face à ces problématiques, soit un écart de quasiment dix points creusé en seulement trois ans. Ne pas avoir les moyens de prendre soin de soi et de sa propreté est à resituer dans un contexte d'appauvrissement généralisé d'après les associations caritatives que RCF a interrogées.
La faute à l'instabilité de la scène internationale d'après Anthony Ikni, chargé de plaidoyer pour l’association "Dons Solidaires" : "La France a connu depuis 2020 un nombre incalculable de crises à la fois sanitaire, puis la crise inflationniste occasionnée par la guerre en Ukraine. Nous vivons une nouvelle crise qu'avec ce qui se passe en Iran, et puis surtout une inflation très forte qui font exploser différents postes de dépenses comme le logement et l''énergie. Face à cela, on a effectivement une variable d'ajustement sur les produits d'hygiène."
Les répercussions sont multiples perte de confiance en soi, limitation des interactions sociales, voire évitement des entretiens d'embauche. Pour remédier à la situation, seuls 5 % des Français se tournent vers des structures associatives. La seule bonne nouvelle, c'est qu'ils sont 8 % dans le Grand Est à y avoir recours. C'est le taux le plus haut du pays.
Les plus concernés sont les jeunes, les femmes en foyer monoparentale et les travailleurs pauvres
Dans l'étude, le public est sensiblement victimes le même que les plus vulnérables économiques en France. Le Secours populaire du Bas Rhin a vu dernièrement arriver une population sans abri "qui va en croissant", composée de personnes qui vivent à la rue, celles expulsées de leur logements, et celles vivant dans des campements à Strasbourg. "On vient nous voir pour l'aide alimentaire, mais les besoins en produit d'hygiène sont énormes. L'achat de produits d'hygiène est inenvisageable pour eux étant donné les prix. Dans les campements, les couches pour les tout petits et les adultes sont hors de portée financière des familles," explique Claude, secrétaire du Secours populaire du Bas Rhin. Dans la mesure du possible, on leur donne des produits de première nécessité, mais quelquefois aussi, et ça c'est rarissime, des produits de soins pour le visage ou des produits de maquillage. On en a au compte goutte. Nos collectes sont loin de couvrir les besoins des populations que nous accompagnons. "
Les besoins en produit d'hygiène sont énorme.
De même pour les vêtements propres et en bon état. "Etant donné leur situation, ils ont besoin de plus de vêtements que les autres car ils ne peuvent en prendre soin." Le Secours Populaire a également développé des atelier coiffures pour les plus nécessiteux alors que 31% des interrogés de l'étude "Dons solidaires" affirment ne pas faire couper leurs cheveux ou ceux de leurs enfants par un coiffeur par manque d'argent.
L'hygiène de plus en plus considérée comme "de première nécessité"
"L'alimentaire reste tout de même la première nécessité, affirme Claude. On voit une sensibilisation légèrement plus importante sur les produits d'hygiène, les gens pensent de plus en plus à ajouter du savon dans leur liste de dons." Plus difficile de penser derechef aux protections menstruelles que 8% de Française renoncent à acheter. Elles représentent un budget que Le Monde avait estimé entre100 à 150 euros par an.
On commence à parler plus librement des menstruations dans la société. Les femmes vont donc avoir davantage le réflexe de donner des protections hygiéniques lors de nos collectes, ainsi que des produits pour bébé. Mais ce n'est pas encore satisfaisant par rapport aux sollicitations du milieu étudiant en précarité, surtout les étudiantes. " Si les chiffres baissent, l'association Dons solidaires" tire la sonnette d'alarme : "la situation reste préoccupante" selon Anthony Ikni.

