Frère Stéphane Milovitch : « Chacun doit se retrousser les manches pour lutter contre les divisions »
Depuis près de 35 ans, le frère Stéphane Milovitch vit à Jérusalem. Originaire d'Auvergne, ce Franciscain de la Custodie de Terre Sainte connaît de l'intérieur une ville marquée par les tensions, accentuées depuis le 7 octobre, mais aussi par une étonnante expérience de coexistence.
Le Fr. Stéphane Milovitch à Clermont-Ferrand, le 31 juillet dernier, dans les studios de RCF © RCFDe passage dans le Puy-de-Dôme, comme il en a l’habitude au moins une fois par an ces dernières années, Stéphane Milovitch, franciscain de la custodie de Terre Sainte, plus particulièrement chargé de la garde du Saint-Sépulcre à Jérusalem, est venu témoigner de sa mission au micro de RCF.
À Jérusalem, les Chrétiens ne représentent qu'environ 1% de la population. Ils sont répartis entre treize Églises différentes, qui partagent parfois les mêmes lieux saints. Au Saint-Sépulcre, six communautés chrétiennes vivent ainsi côte à côte. Une réalité qui peut surprendre les pèlerins, mais qui révèle une autre facette de l'œcuménisme.
« Lorsque les portes ferment le soir, les communautés vivent ensemble. Elles se connaissent, s'entendent et ont des rapports courtois et sympathiques », raconte le frère Stéphane Milovitch. « Les pèlerins voient parfois les tensions des célébrations, mais ils ne voient pas cette vie quotidienne où se tissent des liens ». Pour celui qui a longtemps siégé à la commission patriarcale pour le dialogue œcuménique, la rencontre ne passe pas par l'effacement des différences. « Pour dialoguer avec des personnes différentes de soi, il est avant tout fondamental de savoir qui l’on est. Ce ne sont pas des insignifiants qui se rencontrent ». Selon lui, un véritable œcuménisme suppose des identités solides : « Quand on veut construire des ponts, il faut que les piliers soient stables ». Cette proximité quotidienne produit des fruits concrets. Les franciscains enseignent aujourd'hui dans des séminaires grecs orthodoxes, tandis que d'autres frères interviennent auprès des Arméniens.
Un timide retour des pèlerins
Depuis le 7 octobre 2023, la guerre a profondément bouleversé la Terre Sainte. Les pèlerinages se sont quasiment interrompus, privant les sanctuaires de leur affluence habituelle. Pourtant, la vie de l'Église locale se poursuit. « Les écoles, les paroisses, les célébrations continuent. Les chrétiens de Terre Sainte ont une foi chevillée au corps », souligne le religieux. Il observe néanmoins un timide retour des visiteurs : « Les premiers pèlerins qui reviennent sont ceux qui profitent le mieux des lieux saints, parce qu'ils peuvent les découvrir dans un climat plus paisible ».
Un projet de musée pour marquer une présence et dresser des ponts
Parmi les projets portés par la Custodie figure également la création d'un grand musée consacré aux huit siècles de présence franciscaine en Terre Sainte. Manuscrits mamelouks, œuvres d'art européennes, objets liturgiques offerts par les souverains chrétiens... Le frère Stéphane Milovitch refuse cependant d'en faire un simple symbole identitaire. « Ce musée ne doit pas être un musée identitaire, mais un lieu de rencontre entre les communautés chrétiennes, juives et musulmanes ». Il rappelle que certaines pièces intéressent autant les chercheurs musulmans que les Israéliens, témoignant d'un héritage partagé.
Au fond, sa conviction reste la même : « Nous ne résoudrons pas tous les conflits. Mais chacun doit se retrousser les manches et essayer de faire quelque chose pour lutter contre les divisions. Le peu que l'on apporte est déjà un signe qu'il peut y avoir des ponts ».
