Fraternité Saint-Pie X : schisme repetita ?
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) va ordonner de nouveaux évêques le 1er juillet prochain. Son supérieur général, l’abbé Davide Pagliarani, l’a annoncé publiquement le 2 février dans un communiqué. 38 ans après les sacres de quatre évêques par Mgr Lefebvre, en réaction au concile Vatican II, les intégristes s’apprêtent à défier une nouvelle fois le Saint-Siège. Martin Dumont, docteur en histoire, est secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions de l’université Paris-Sorbonne. Il revient sur les relations entre le Saint-Siège et la FSSPX.
Pape Léon XIV ® Vatican MediaLa Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a été fondée en 1970, par Mgr Marcel Lefebvre. Il voulait ainsi "préserver la formation traditionnelle des prêtres", après le Concile Vatican II. Dès 1974-1975, des visites apostoliques dénoncent des tendances "intégristes". La dissolution de la FSSPX a été ordonnée par le cardinal Wright, alors préfet de la Congrégation pour le clergé. Mgr Lefebvre a refusé. Actuellement, la FSSPX compte 733 prêtres et environ 600 000 fidèles dans le monde.
La FSSPX joue-t-elle sa survie ?
Depuis l'exclusion de Mgr Williamson et la mort de Mgr Tissier de Mallerais, la FSSPX ne compte plus que deux évêques. "Là est tout le problème", estime l’historien Martin Dumont. La Fraternité étant présente dans de nombreux pays, Mgr Bernard Fellay et Mgr Alfonso de Galarreta font face à des besoins grandissants pour assurer leurs œuvres missionnaires. Pourtant, l’abbé Davide Pagliarani l’affirme dans le communiqué, "la Fraternité ne recherche pas d’abord sa propre survie".
La Fraternité ne s’est jamais qualifiée comme étant une "Eglise parallèle". Elle se présente plutôt comme une œuvre de sauvegarde de la Tradition face à ce qu’elle perçoit comme les dérives issues du concile Vatican II. Toutefois, certains textes internes ou déclarations de membres ont pu donner lieu à des formulations jugées "très étonnantes" par Martin Dumont. Selon l’historien, une telle posture comporte un risque de dérive pour la FSSPX : celui de se présenter comme "l’interprète authentique du magistère", au détriment de la communion ecclésiale et de l’obéissance au pape.
Le dialogue avec le Saint-Siège
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X entretient avec le Saint-Siège un dialogue laborieux mais ininterrompu, marqué à la fois par des crises et des gestes d'apaisement. Les tensions culminent en 1988 avec les sacres épiscopaux sans mandat pontifical, entraînant de fait, les excommunications. Elles sont levées en 2009 par Benoît XVI. Durant le pontificat du pape François, des assouplissements sont accordés dès 2015 pour les confessions et la célébration des mariages. L’abbé Davide Pagliarani a été reçu par le pape Léon XIV en août dernier. Il lui a présenté la situation de la Fraternité et lui a demandé l’autorisation de procéder à de nouvelles ordinations épiscopales. Sans succès.
L'acte que s'apprête à poser une nouvelle fois la Fraternité est grave au regard du droit de l'Église. Dans le droit canonique, ordonner des évêques sans mandat pontifical entraîne l'excommunication latæ sententiæ (de fait). Cependant, "les excommunications n'ont jamais vraiment entraîné de changement dans le rapport de la FSSPX à l'Église officielle”, déplore Martin Dumont. Pour autant, Matteo Bruni, directeur du bureau de presse du Saint-Siège, a assuré que Rome souhaite "éviter toute rupture" avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Léon XIV ne s’est pour le moment pas prononcé personnellement sur le sujet. Martin Dumont estime que la situation actuelle laisse envisager "un scénario inédit où la Fraternité Saint-Pie X chercherait à forcer la main au Saint-Siège". En décidant de poser un acte public tout en reconnaissant n’avoir reçu "aucun accord de Rome", la Fraternité manifeste la volonté de "procéder quand même". Il avance également l’hypothèse, tout à fait exceptionnelle dans l’histoire de l’Église, "qu’un représentant du Saint-Siège assiste à la cérémonie" en tant qu’observateur, dans le but de poursuivre le dialogue.




