Fraternité sacerdotale Saint-Pie X : des sacres envers et contre tout
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X s’apprête à ordonner quatre nouveaux évêques. La mise en garde du pape Léon XIV semble rester vaine. Cette situation rappelle celle de 1988, lorsque Mgr Lefebvre avait consacré quatre évêques contre l’avis de Jean-Paul II. Près de quarante ans plus tard, rien a-t-il vraiment changé ? Quelles seront les conséquences de ces nouvelles consécrations épiscopales ? Éléments de réponse avec le père Albert Jacquemin, professeur à l’Institut catholique de Paris.
Le pape Leon XIV ©Vatican mediaÀ la veille de la consécration de quatre nouveaux évêques par la Fraternité Saint-Pie X contre l’avis de Rome, Léon XIV publie une lettre dans laquelle il demande une dernière fois à la Fraternité de revenir sur sa décision. Le pape plaide pour un chemin de dialogue : « Je prie pour vous car déchirer la tunique sans couture du Christ est un péché d'une extrême gravité ». Mais cette mise en garde semble vaine.
Une fracture qui perdure depuis 1988
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X s'apprête à ordonner quatre nouveaux évêques. La cérémonie aura lieu aujourd'hui à 9 heures, à Écône, en Suisse, siège historique de la Fraternité. Le 30 juin 1988, son fondateur, Mgr Lefebvre, avait posé un geste identique et inédit en consacrant quatre évêques contre l’avis de Jean-Paul II. Rien ne semble avoir vraiment changé depuis quarante ans. C’est ce que pense le père Albert Jacquemin, canoniste, professeur à l’Institut catholique de Paris. Ancien membre de la Fraternité, il est l’auteur de l’essai Le Choix de la rupture, publié aux Éditions du Cerf.
Pour le père Albert Jacquemin, « un certain nombre de discussions ont eu lieu » entre 1988 et 2026, mais « la situation ecclésiale entre la Fraternité Saint-Pie X et l'Église catholique, le Saint-Siège, demeurait la même ». Si la réconciliation paraît impossible, c’est parce que la Fraternité Saint-Pie X n’admet pas les changements opérés lors du concile Vatican II. Pour elle, « la tradition, c'est tout ce qui était avant Vatican II », précise-t-il. La Fraternité s’est ainsi érigée « en instance de discernement de ce qui est conforme ou non à la tradition » comme le souligne le père Jacquemin.
Des consécrations qui entraîneront l’excommunication
Pour la Fraternité Saint-Pie X, ces ordinations sont justifiées par un état de nécessité. Deux des quatre évêques consacrés en 1988 sont décédés. Les deux autres, Mgr Alfonso de Galarreta et Mgr Bernard Fellay, approchent les 70 ans. Mais si l'Église reconnaît que, dans certaines circonstances, un état de nécessité puisse exister, celui-ci ne peut être décrété par un groupe dans le but d’en faire un usage personnel.
Ces ordinations sans l'aval de Rome entraîneront donc l'excommunication immédiate des évêques concernés et de ceux qui les auront consacrés. « En posant cet acte de rupture, les évêques contracteront l'excommunication qui est attachée à l'acte lui-même », affirme le père Jacquemin. Pour ce qui est des fidèles laïcs, « c'est difficile de déterminer le degré d’adhésion », soutient-il. « Ce qui est certain, c'est qu'ils adhéreront, qu'ils suivront une structure séparée de l'Église et que ce n'est plutôt pas bon signe », déclare le père Albert Jacquemin.


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