François Camps | Aux Philippines, un havre de paix pour les enfants de la rue
Edchris Gabuya fait partie de ces héros du quotidien qui œuvrent sans relâche pour améliorer la vie de chacun. À Cebu, aux Philippines, elle est en charge de l'accompagnement des enfants de la basilique de Santo Niño et les encourage à poursuivre leur scolarité. François Camps revient sur le rôle essentiel de cette femme au service des autres.
François Camps ©DRFrançois Camps, rédacteur en chef d’Asie Reportages, revient sur l’engagement d’Edchris Gabuya, une jeune femme particulièrement inspirante qu’il a rencontrée récemment à Cebu, la deuxième ville des Philippines.
Edchris, héros du quotidien
Edchris fait partie de ces héros du quotidien, ces personnes qui œuvrent sans relâche, souvent dans l’ombre, à rendre le monde meilleur un peu plus chaque jour. À 35 ans, elle est en charge de l’assistance aux enfants de la basilique de Santo Niño, un projet au plus près du terrain, dans l’un des quartiers les plus touristiques de Cebu, la deuxième ville des Philippines.
C’est là que Magellan, le célèbre navigateur, a débarqué au XVIe siècle avec les navires de la couronne d’Espagne. Contre toute attente, ce quartier touristique est aussi l’un des plus pauvres de la ville : les rues bordant la cathédrale sont pavées d’enfants pauvres qui font la manche et tentent tant bien que mal de vendre quelques babioles aux touristes.
Comment lutter contre la pauvreté ?
C’est là toute la complexité de la grande pauvreté : il est très délicat d’empêcher ces familles d’essayer de gagner un peu d’argent. Pour autant, il ne faut pas que ces ventes à la sauvette tournent à l’exploitation et détournent peu à peu les enfants du chemin de l’école. C’est là qu’Edchris joue un rôle fondamental : tous les jours, elle va à la rencontre de la centaine de familles du quartier, elle discute, elle prend des nouvelles et demande quelles sont les difficultés qu’elles rencontrent. Ce qui impressionne, c’est l’aisance avec laquelle elle évolue dans cet environnement. Grands sourires, discussions sincères, parfois à rallonge, énergie débordante. On sent qu’elle a créé de vrais liens avec ces personnes, aussi bien les enfants que leurs parents.
Edchris ne s’en tient pas qu’à ce travail de médiation. Tous les mardis, elle organise une grande soupe populaire dans l’enceinte de la basilique. Pour les familles du quartier de Santo Niño, c’est l’occasion de manger un repas sain, gratuit et de retrouver un peu de dignité loin de la vie dans la rue.
Pour Enfants du Mékong, elle est également en charge du parrainage d’une dizaine d’enfants de cette communauté. Grâce au don d’un parrain ou d’une marraine, ces jeunes écoliers ont l’assurance d’aller à l’école tous les jours de la semaine. Et peut-être que d’ici quelques années, ils auront les épaules assez solides pour sortir de la pauvreté grâce à l’éducation.
Qu’advient-il des enfants lorsqu’ils sortent de l’école ?
Edchris porte une vision globale de l’éducation. En 2024, elle a mis en place le « Study Hub », une petite salle d’étude et de garderie en plein cœur du quartier, où les enfants peuvent se rendre après les cours. Là, ils ont droit à un goûter, à de l’eau et à toute une gamme d’activités et de jeux pour apprendre en s’amusant, sous la surveillance d’une travailleuse sociale, évidemment.
C’est un petit havre de paix au milieu d’un quartier parfois difficile : à la fin de chaque mois, tous les anniversaires des semaines passées sont célébrés en même temps, avec un petit gâteau coloré. Car la plupart du temps, ces familles n’ont même pas de quoi payer un petit quelque chose pour célébrer l’anniversaire de leur enfant.
En fermant la porte, à 17 h, elle m’a dit cette phrase qui résume toute son action dans le quartier de Santo Niño : « Dans ces murs, les enfants peuvent réellement profiter de la vie… ce qu’ils n’ont pas l’occasion de faire dans le monde extérieur ».


Association de loi 1901, reconnue de bienfaisance et habilitée à recevoir dons et legs, Enfants du Mékong n’a cessé d’évoluer depuis 1958 pour s’adapter aux demandes du terrain. Voulue comme un lien d’amitié avec les peuples d’Asie du Sud-Est, elle est restée fidèle à sa vocation première : aimer et secourir les enfants pauvres et souffrants en leur offrant un avenir grâce à l’instruction.
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