Foi et raison : l’héritage de saint Thomas d’Aquin
Ce 28 janvier, l’Église célèbre la fête de saint Thomas d’Aquin, le "Docteur angélique" qui a su unir la foi et la raison. Le père Grégoire Froissart est professeur au Collège des Bernardins et spécialiste de saint Thomas. Il évoque ce que le docteur de l’Eglise apporte aux sociétés contemporaines.
Tombeau de saint Thomas d'Aquin, église des Jacobins de Toulouse © PistoleroConsidéré comme l'un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique, saint Thomas d’Aquin est canonisé le 18 juillet 1323 par le pape Jean XXII, puis proclamé docteur de l'Église par Pie V, en 1567. En 1880, grâce à Léon XIII, il devient le saint patron des universités, des écoles et académies catholiques. Dominicain originaire d’Italie, ses reliques sont abritées dans l’église des Jacobins à Toulouse depuis le XIVe siècle.
Foi et raison sont-elles conciliables ?
Saint Thomas d’Aquin considère la philosophie comme la discipline qui étudie ce que nous pouvons connaître naturellement de Dieu et des êtres humains. La scolastique est la façon de penser et d'enseigner au Moyen Âge. Elle se base sur des débats sur Dieu et sur le monde en liant la Bible avec la philosophie grecque. La pensée de saint Thomas se déploie dans un rapport harmonieux entre foi et raison. Dieu est l’unique source de la lumière naturelle de l’intelligence comme de la révélation surnaturelle. Cela signifie qu’il ne peut y avoir de contradiction entre ce que la raison démontre et ce que la foi enseigne. Saint Thomas rejette l’idée d’une "double vérité" qui opposerait une vérité philosophique à une vérité de foi sur un même point. Si un conflit apparaît, il vient d’une erreur de raisonnement ou d’une mauvaise compréhension.
La force de saint Thomas, c’est d’avoir montré que la vérité est accessible à la raison et donc, qu’elle est accessible aux gens qui ne sont pas croyants.
A propos de l'être humain, le docteur de l’Eglise articule finement nature et surnaturel ainsi que la personne et la communauté dans laquelle elle évolue. La nature humaine est blessée par le péché : elle demeure bonne en son fond, mais affaiblie, inclinée au désordre et incapable, par ses seules forces, d’atteindre la pleine communion avec Dieu. La grâce ne vient pas détruire cette nature, mais la guérir et l’élever, en la réorientant de l’intérieur.
Toute vérité, si elle est considérée attentivement, ouvre à la foi.
Les raisons de la foi
Le 21 mars, le Collège des Bernardins accueillera un colloque au sujet d’un opuscule intitulé Les Raisons de la foi. Saint Thomas a adressé ce texte à ses frères dominicains qui étaient en mission auprès de personnes musulmanes ou orthodoxes. Ce petit ouvrage expose comment la raison peut défendre la foi chrétienne, sans prétendre la démontrer comme un théorème mathématique. On y trouve des objections très concrètes de personnes qui ne sont pas chrétiennes et les réponses que formule le théologien. Le père Grégoire Froissart rappelle que saint Thomas d’Aquin est cité par le pape Jean-Paul II dans son encyclique Fides et ratio (La foi et la raison). Saint Jean-Paul II parle de Thomas d’Aquin comme de "celui qui montre que la nature n’est pas l’ennemi de la foi". Au contraire, "elle permet de mieux comprendre la foi".


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