Fin de vie : « pour nous soignants, le plus dur commence aujourd’hui » selon le président d’Instance Éthique 43
Les députés viennent de voter le texte sur la fin de vie. Ce mercredi 15 juillet 2026, ils se sont prononcés en faveur de l’instauration d’une aide active à mourir en France. Mais désormais, le plus dur commence selon le Docteur Jacques Labrosse, président de l’association Instance Éthique 43.
Le Docteur Jacques Labrosse est le président de l’association Instance Éthique 43. Elle a organisé de nombreux débats sur la fin de vie. ©PixabayLes députés viennent de voter, en troisième lecture, le projet de loi sur la fin de vie. Après plus de 3 ans de débats, ils entérinent la possibilité en France d’avoir recours à une aide active à mourir. La pratique est très encadrée. Au total, 4 critères ont été retenus : avoir plus de 18 ans, être français, avoir une capacité de discernement et être atteint d'une maladie incurable en stade avancé ou terminal ou avec des souffrances insupportables.
Pour le Docteur Jacques Labrosse, président de l’association Instance Éthique 43 : « nous avons passé une ligne rouge ou une ligne blanche qui est la limite de dire qu’on ne tue pas son prochain et qu'on ne se tue pas soi-même. Ces deux principes-là font bascule avec cette loi ». Depuis le début du débat, les soignants restent majoritairement opposés à ce texte. Pour ce généraliste exerçant en EHPAD : « pour nous soignants, le plus dur commence aujourd’hui ».
La clause de conscience des professionnels de santé
S’il indique, à titre personnel, « être très inquiet des conséquences », le docteur Jacques Labrosse estime que la version du texte est équilibrée. Surtout, ce dernier est rassuré par le fait que cette aide active à mourir sera réalisée par les soignants que si le patient est dans l’incapacité de le faire lui-même. À un moment du débat, la gauche voulait laisser le choix au patient de décider de se donner la mort lui-même ou de faire appel à un professionnel de santé.
Reste un enjeu : la clause de conscience. Le texte voté stipule qu’un soignant peut refuser d’administrer la dose létale et rediriger le malade vers un autre service. Reste que cette disposition inquiète le Docteur Labrosse : « quelle difficulté pour un médecin qui a accompagné une personne pendant 10, 20 voire 30 ans de lui dire en gros, je me retire débrouillez-vous ».
Un débat sur la fin de vie de qualité
Au moment de faire le bilan, le Docteur Jacques Labrosse estime que « le débat a été de qualité, chacun a pu exprimer son opinion ». Selon lui, « ce ne serait pas correct de dire que ça a été fait à la va-vite ou mal fait ». La décision prise de séparer le texte sur la fin de vie et celui sur les soins palliatifs a permis d’avancer selon le médecin altiligérien. Reste que ce texte « va changer la pratique des soignants dans de nombreux services hospitaliers ».
D’un point de vue éthique, Jacques Labrosse souligne que « la loi privilégie le grand principe éthique d’autonomie, c’est-à-dire que je décide ce que je veux faire de ma fin de vie. Mais en contrepartie, la loi tient beaucoup moins compte de l’impact sur notre société ».
Le parcours législatif du texte n’est pas encore totalement terminé. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu saisit le Conseil Constitutionnel pour s’assurer que la loi sur la fin de vie respecte la Constitution.
