Fin de vie : les évêques alertent sur une rupture du pacte social
Aujourd’hui s’ouvre l’examen de la proposition de loi au Sénat légalisant l’euthanasie et le suicide assisté, les évêques de France ont tenu à prendre publiquement la parole la semaine dernière. Pour eux, ce débat engage la société française dans ce qu’elle a de plus intime et de plus grave : la manière dont elle accompagne les plus vulnérables jusqu’au terme de leur vie. Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, exprime une profonde inquiétude.
©Eglise catholique.fr/DRAu-delà d’un choix législatif, c’est une vision de l’homme et de la fraternité qui se trouve aujourd’hui questionnée.
« L’homme ne maîtrise pas tout, ni son entrée ni sa sortie de la vie »
Les évêques redoutent que la légalisation de l’euthanasie ne modifie profondément la nature du pacte social. Pour Mgr Laurent Ulrich, l’inquiétude dépasse largement la seule question de la fin de vie. Elle s’inscrit dans un mouvement plus global visant à affirmer, loi après loi, que l’homme serait entièrement maître de son existence, du début à la fin.
Cette logique, explique-t-il, « marque une rupture ». Si l’homme a toujours reconnu qu’il ne choisissait ni sa venue au monde ni les conditions de sa mort, cette limite constitutive est aujourd’hui remise en cause. « Cette perception est en train de modifier complètement le rapport de l’homme à sa propre existence », alerte l’archevêque, qui y voit un bouleversement à la fois éthique, spirituel et rationnel.
Les soins palliatifs, seule réponse véritablement humaine
Face aux situations de grande souffrance en fin de vie, les évêques sont unanimes : les soins palliatifs constituent l’unique réponse juste et humaine. Ils s’interrogent sur la cohérence d’un système qui proposerait la mort comme option, alors même que l’accès effectif aux soins, au soulagement de la douleur, à la présence humaine et à l’accompagnement n’est pas garanti pour tous.
L’Église, déjà très engagée dans le monde hospitalier, se dit prête à intensifier son action en faveur d’une véritable culture palliative. Mgr Ulrich rappelle que de nombreux soignants partagent cette conviction : « leur mission n’est pas de donner la mort, mais de soigner, d’accompagner et de soulager jusqu’au bout ». Il souligne également l’exemple des hôpitaux catholiques du nord de la France, qui couvraient à eux seuls près de la moitié des besoins en soins palliatifs, preuve qu’un autre choix est possible.
Pour l’épiscopat, « on ne prend pas soin de la vie en donnant la mort ». Les évêques mettent en garde contre l’instrumentalisation de notions fondamentales comme la dignité, la liberté ou la fraternité. « Une société grandit [conclut-il] lorsqu’elle se mobilise pour accompagner la fragilité et protéger la vie jusqu’à son terme, même si ce chemin est exigeant ». C’est, selon les évêques, le seul qui soit véritablement humain, digne et fraternel.


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