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Fin de vie : “l’élargissement des critères d’éligibilité est inévitable”, selon le médecin Bernard-Marie Dupont

Fin de vie : “l’élargissement des critères d’éligibilité est inévitable”, selon le médecin Bernard-Marie Dupont

Un article rédigé par Mélanie Niemiec - RCF, le 16 février 2026 - Modifié le 16 février 2026
L'Invité de la Matinale« Dans aucun pays, on n’a jamais réussi à contenir l’euthanasie à son périmètre initial », alerte Bernard-Marie Dupont.

L’Assemblée nationale reprend l'examen du projet de loi sur la légalisation de l'euthanasie. Le sujet divise l'opinion publique et le monde médical. L’objectif est de légiférer avant l'été. Parmi les opposants, le docteur Bernard-Marie Dupont, médecin, juriste et professeur de philosophie. Il exprime ses préoccupations quant aux dérives potentielles liées à la légalisation de cette pratique. 

Bernard-Marie Dupont ® Mélanie NiemiecBernard-Marie Dupont ® Mélanie Niemiec

La légalisation de l’euthanasie est un projet abordé régulièrement depuis les années 2000. A cette période, le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE) s'est prononcé contre la légalisation. Les députés s’emparent à nouveau des deux textes sur la fin de vie, après que le Sénat a rejeté la proposition de loi, le 28 janvier dernier. Un vote solennel est prévu le 24 février.

Les Français veulent-ils vraiment de cette loi ?

Bernard-Marie Dupont estime que le droit visant à la paix sociale a pour "mission" d’être "appliqué au plus grand nombre". Il déplore un "inversement de la règle" du droit, puisque cette loi sera "pensée à partir des exceptions". Pour illustrer ses propos, il prend l’exemple des enquêtes d’opinion et des nombreux sondages réalisés ces derniers mois. Le médecin affirme qu’il y a une "volonté de faire dire que les Français veulent cette loi". Le vocabulaire employé dans le texte de loi est souvent qualifié de "flou". A cela s’ajoute le manque de clarté des questions posées dans les sondages. "Si je suis gravement malade et qu’on me demande si je veux être aidé à mourir, bien sûr que je réponds oui", explique Bernard-Marie Dupont. Le souci est qu’on "ignore ce que signifie l’aide à mourir"
"Le droit est objectif", rappelle-t-il, avant d’ajouter qu’il "ne peut surtout pas obéir à une forme de tyrannie de la majorité". Majorité qui semble être affirmée par les sondages.  

S’appuyant sur l’école philosophique de Kant, qui vise à affirmer l’existence de contraintes morales impératives, Bernard-Marie Dupont va jusqu’à dire qu’il est impossible de bâtir une société fondée sur "l’autorisation de donner la mort". Simone Weil, philosophe décédée en 1943, rappelle en ce sens qu’il nous faut "repenser une structure collective dans laquelle nous avons des obligations les uns vis-à-vis des autres".

"Les dérives sont inévitables"

"Dans tous les pays que j'ai observés, jamais la légalisation de l’euthanasie n’a été maintenue telle qu’initialement votée", déclare Bernard-Marie Dupont. Actuellement, les critères d’éligibilité prévus par le texte de loi sont au nombre de 5 : être majeur, de nationalité française ou en situation régulière, atteint d’une "affection grave et incurable qui engage le pronostic vital en phase avancée ou terminale", présenter une souffrance physique ou psychologique constante qui est "soit réfractaire aux traitements, soit insupportable" et enfin être "apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée". Sur ce dernier point, Bernard-Marie Dupont alerte que certaines radiothérapies pratiquées pour soigner les cancers, peuvent "fortement modifier le comportement psychologique" du patient. Les personnes qui y sont confrontées, souvent âgées et affaiblies, deviennent les plus vulnérables face à l'éventuelle mise en place de la loi sur la fin de vie. Sans faire de généralité, le médecin s’inquiète que certaines personnes, poussées par "des symptômes dépressifs ou la douleur physique et psychologique" pourraient exprimer la volonté de recourir à l’euthanasie. Le tout sans que la demande soit "libre ou éclairée". 
Pour Bernard-Marie Dupont, la dérive est aussi intellectuelle. "La dignité humaine devient une question d’interprétation", et non une valeur intrinsèque à chaque être humain. Ces interprétations varient en fonction "des rapports sociaux, des expériences de vies et des capacités à s’exprimer" de chacun, ajoute le médecin. Dans de telles conditions, il estime "impossible" d’éviter un élargissement des critères d’éligibilité à l’euthanasie.

Il pense que ce n’est pas possible d’éviter un élargissement des critères d’éligibilité à l’euthanasie "l’élargissement des critères d’éligibilité est inévitable"

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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