Fin de vie : « Le Sénat aggrave la confusion », alerte le Dr Jean-Marie Gomas
Médecin gériatre et figure des soins palliatifs, le Dr Jean-Marie Gomas dénonce la tournure prise par l’examen de la loi sur la fin de vie. Auditionné par le Sénat, il critique un texte qu’il juge confus, dangereux et porteur d’un basculement éthique majeur.
libre de droitsÉrigée par Emmanuel Macron en priorité sociétale, la réforme de la fin de vie a Longtemps été repoussée en raison de l'instabilité politique, le débat parlementaire a repris mercredi en commission au Sénat où des oppositions persistent sur la création d'un dispositif d'aide à mourir. Mais pour le Dr Jean-Marie Gomas, ancien président du comité scientifique de la Société française de soins palliatifs, le débat actuel s’enlise dans l’ambiguïté et l’imprécision.
« Une catastrophe » législative et éthique
Auditionné par la commission des affaires sociales du Sénat en septembre, le Dr Jean-Marie Gomas partage sa stupeur face au texte issu des travaux sénatoriaux. “C’est une catastrophe”, tranche-t-il, regrettant que les sénateurs aient renoncé à nommer clairement les choses. Selon lui, employer le terme “assistance médicale à mourir” plutôt que “droit à l’aide à mourir” n’est qu’un habillage sémantique : “Ils ont essayé d’inventer d’autres mots, mais cela reste une levée de l’interdit de tuer.”
Le médecin pointe une loi devenue incompréhensible: “C’est incompréhensible pour le public, inapplicable pour les médecins et incontrôlable pour les juges.” Il rappelle que le Conseil constitutionnel, comme le Conseil d’État, demandent une loi claire et l’usage de termes explicites comme “euthanasie” ou “suicide assisté”. En voulant édulcorer, le Sénat aurait, selon le Dr Jean-Marie, “aggravé la confusion”.
Cette ambiguïté est d’autant plus problématique que le texte mêle, selon le gériatre, des dispositifs existants - comme la sédation profonde - à de nouvelles pratiques ouvrant la voie à une euthanasie élargie. “La sédation euthanasiante proposée pour le court terme devient une acceptation de l’euthanasie pour tout le monde” , alerte-t-il.
Le risque d’une société qui renonce à la solidarité
Au-delà de la technique juridique, Jean-Marie Gomas met en garde contre les conséquences sociétales observées à l’étranger. En Belgique, aux Pays-Bas et au Canada, il affirme que “personne n’arrive à contrôler ce genre de dépénalisation”. Il évoque des dérives documentées : euthanasies hors fin de vie, maladies chroniques, polypathologies, handicap ou troubles psychiques.
“La polypathologie, c’est la vieillesse”, résume-t-il, redoutant que les personnes âgées deviennent les premières concernées. Il dénonce un “validisme latent” , comme si pour vivre il fallait être en bonne santé, dans le cas contraire, on vous donne le choix de mourir. Un célèbre malade handicapé avec qui le Dr Jean-Marie travaille s’est confié: "c'est comme si j'avais un revolver chargé sur ma table de nuit, tous les matins quand je me réveille, est-ce que je continue à vivre ou est-ce que je demande l’euthanasie ou je me suicide ?” Une charge mentale insupportable pour les plus vulnérables, qui fragilise selon lui la valeur même de solidarité.
Face aux témoignages de familles marquées par des fins de vie douloureuses, le médecin reconnaît une réalité difficile, mais refuse l’amalgame. « Ça crée le lit des demandes d’euthanasie », dit-il, tout en rappelant que la souffrance des proches n’est pas toujours superposable à celle du malade. D’où son opposition ferme à l’idée de faire de la famille un décideur : “C’est une question professionnelle.”
Pour sortir de l’impasse, le Dr Jean-Marie plaide pour l’organisation de conférences de consensus associant soignants, juristes, philosophes et associations de patients. Une méthode qui permet, selon lui, de “prendre le temps d’étudier les arguments et aboutir à des solutions opérationnelles”. Une proposition restée, pour l’instant, sans réponse du gouvernement.
Le combat n’est pas terminé, assure-t-il. “Tant que ce n’est pas voté, nous continuons à expliquer aux parlementaires qu’ils se trompent sur certains points.” À ses yeux, l’enjeu dépasse la fin de vie : il s’agit de savoir quel modèle de société la France veut défendre - une société de liberté absolue ou une société qui protège jusqu’au bout les plus fragiles.


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