Fin de vie : Claire Fourcade appelle à résister à la tentation de l'aide à mourir
Le Sénat débat à nouveau des propositions de loi sur la fin de vie. L'ancienne présidente de la Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs, Claire Fourcade, met en garde contre une réforme qu'elle juge dangereuse pour les plus vulnérables.
Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs et ancienne présidente de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs © RCFSi le texte sur les soins palliatifs fait consensus, celui sur l'aide à mourir continue de fracturer profondément le débat public. Au micro de RCF Notre Dame, Claire Fourcade défend une position de rupture avec la logique portée par le projet de loi, qu'elle combat depuis des années, au nom de la protection des patients.
« Cette ligne est impossible à tracer »
Les parlementaires s'interrogent notamment sur les critères d'accès à l'aide à mourir. Le projet de loi tente de définir quelles souffrances pourraient justifier une assistance médicale à mourir. Une démarche vouée à l'échec selon l'ancienne présidente de la SFAP.
« Cette ligne est impossible à tracer de façon claire », affirme la médecin. La souffrance « n'est pas mesurable », appuie-t-elle. Qui pourrait décider qu'une douleur psychique vaut moins qu'une douleur physique ? Pourquoi certains patients seraient-ils exclus du dispositif et d'autres non ? Pour la praticienne, le texte crée surtout « une loi du pouvoir médical » où le médecin devient celui qui autorise ou refuse l'accès à la mort.
La promesse impossible de supprimer la souffrance
Claire Fourcade démonte ce qu'elle considère comme une illusion politique : celle de faire disparaître la souffrance grâce à la loi. « On est partis sur de mauvais rails », estime-t-elle, la promesse de supprimer toutes les souffrances de la vie humaine reste « impossible ».
La seule promesse tenable est celle de ne pas abandonner le malade
« La seule promesse tenable est celle de ne pas abandonner le malade et de tout faire pour le soulager », rappelle-t-elle, en s'appuyant sur ses vingt-six années d'expérience auprès de patients en fin de vie.
Une réalité souvent absente du débat public : les demandes persistantes d'euthanasie restent extrêmement rares. « En 25 ans, sur 15 000 patients accompagnés, j'ai eu trois demandes de mort persistantes », explique-t-elle.
Une loi qui interroge le message collectif
Pour Claire Fourcade, le débat dépasse largement le cadre médical. Ce qui se joue, c'est le message envoyé aux personnes fragiles. « Si tu veux mourir, on est d'accord », résume-t-elle pour décrire ce que porterait symboliquement la loi.
Le texte traduirait aussi un déséquilibre entre accès aux soins et accès à la mort. « Le système de santé devra se réorganiser pour répondre plus vite à la demande de mort qu'à la demande de vie », affirme-t-elle, alors même que seule une moitié des patients nécessitant des soins palliatifs y a aujourd'hui accès.
Dans son ouvrage "Fin de vie, manuel de résistance", Claire Fourcade défend « une société de l'entraide » face à une banalisation du geste létal. Une conviction nourrie quotidiennement au chevet des patients : « Je ne travaille pas dans un mouroir, mais dans un vivoir », confie-t-elle.


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