Fin de vie : "Cette loi-là, nous savons que nous ne pourrons pas la mettre en œuvre"
L'heure est à la déception et à l'inquiétude au sein des établissements de soins chrétiens. La version finale du projet de loi sur la fin de vie n'inclut pas la clause de conscience collective. S'il est voté, le texte imposera à tous les établissements de santé, y compris confessionnels, de ne pas refuser les demandes d'euthanasie. "Cette loi-là, nous savons que nous ne pourrons pas la mettre en œuvre", confie Sœur Agnès, des Petites Sœurs des Pauvres. Dès lors l'alternative sera soit d'être dans l'illégalité soit d'envisager la fermeture.
La proposition de loi sur la fin de vie votée le 30 juin suscite inquiétude et déception au sein des établissements de soins confessionnels ©Valentin Belleville / Hans LucasLa proposition de loi sur la fin de vie a été votée mardi 30 juin à l’Assemblée nationale. Son adoption définitive est fixée au 15 juillet. Les efforts auront été vains pour faire inscrire dans le texte une clause de conscience collective pour les établissements. La version finale du projet de loi impose en effet à tous les établissements de santé, y compris les établissements confessionnels, de ne pas refuser l’euthanasie.
"Cette loi-là, nous savons que nous ne pourrons pas la mettre en œuvre"
L’heure est à la déception et l’inquiétude au sein des établissements de soins chrétiens. Ainsi, la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres, dont les établissements accueillent des personnes âgées en précarité. "Cette loi-là, nous savons que nous ne pourrons pas la mettre en œuvre, nous dit Sœur Agnès, Petite Sœur des Pauvres à Rennes. Ça ne veut pas dire qu’on va laisser souffrir les personnes qui viennent chez nous, absolument pas, c’est bien le contraire !"
La mission des religieuses au sein de cet institut fondé en 1839, agrégé à l’ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu, est d’accueillir des personnes âgées isolées en précarité, de les soigner et de les accompagner jusqu'à la mort. "C’est justement parce que j’ai un infini respect pour la vie, pour leur vie que je ne peux pas me résoudre à leur dire, Je vais vous tuer, confie Sœur Agnès. Ça, ce n’est pas possible." La religieuse était intervenue aux Nations unies pour défendre l’objection de conscience des établissements confessionnels de santé face à l’euthanasie.
Vers la fermeture des établissements ?
Sœur Agnès confie aussi son incompréhension. "En même temps on voit une loi sur le développement des soins palliatifs qui fait l’unanimité, autant on voit cette loi qui est très discutée, qui a une chambre parlementaire qui vote contre, l’autre qui est vraiment très partagée." Pour elle, "le résultat de la loi ne va pas du tout montrer cette grande discussion qu’il y a".
Ce qu’aurait aimé la congrégation, c’est une "liberté de soin, une liberté d’organisation. Avoir cette liberté, ça n’a visiblement pas été entendu. Le droit individuel prime sur tout." Conséquence pour la congrégation : si, "habituellement elle se met en quatre pour correspondre à de nouvelles normes, à de nouvelles lois", cette fois, les Petites Sœurs de Pauvres ne pourront pas se conformer à cette loi.
Et si elles sont empêchées d’accueillir de façon inconditionnelle les plus démunis, de les soulager, elles n’auront d’autres choix que de fermer leurs maisons. Environ 2.500 personnes âgées sont aujourd’hui accueillies dans les trente maisons de retraite des Petites Sœurs de Pauvres.
En novembre 2025, la supérieure générale des Petites Sœurs des Pauvres avait signé une tribune dans Le Figaro, avec notamment d’autres responsables de congrégations religieuses. Une tribune pour alerter : "Si ce texte était adopté, nous n’aurions pas d’autre choix que l’objection de conscience. Nous serions alors des délinquants au regard de la proposition de loi, coupables de « délit d’entrave », et passibles de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende."


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