Fin de vie : « c’est un sujet qui méritait un référendum », Francis Szpiner dénonce une rupture de civilisation
Alors que le Sénat entame aujourd’hui l’examen de la proposition de loi sur les soins palliatifs et l'aide médicale à mourir, Francis Szpiner, avocat, sénateur Les Républicains et conseiller de Paris, s’oppose frontalement au texte. Contestant la méthode, le calendrier et le fond, il plaide pour un référendum et met en garde contre une transformation profonde du rôle de l’État, de la médecine et de la société. Pour lui, derrière la compassion affichée, une ligne de fracture traverse les défenseurs de la loi : celle qui sépare « ceux de bonne foi » des « idéologues ».
Francis Szpiner ® DRDans un contexte politique instable, le débat sur la fin de vie ouvre une véritable bascule historique.
Un débat confisqué et une décision trop lourde pour le Parlement seul
Francis Szpiner exprime un malaise profond face aux conditions dans lesquelles le Sénat est appelé à se prononcer. Il rappelle que « le texte vient d’une manière un peu rapide » et que « le temps consacré au débat n’est pas très long », soulignant qu’il n’est prévu que huit jours de discussion. Pour un sujet d’une telle portée, il juge ce calendrier inadapté : « Je pense qu’il n’y avait pas d’urgence ».
Au-delà du rythme parlementaire, c’est la méthode démocratique qui lui pose question. « Sur un sujet comme celui-là, qui touche par définition toutes les familles, tous les Français, j’aurais préféré, plutôt qu’un débat parlementaire, un référendum », affirme-t-il. À ses yeux, la fin de vie n’est pas une simple réforme, mais une «décision collective » engageant la société tout entière. « Ce n’est pas un sujet neutre, ça n’est pas une proposition de loi anodine », insiste-t-il.
Francis Szpiner assume d’être minoritaire sur cette position, précisant que « [ ses ] propos n’engagent que [ lui ]», mais il maintient que « les Français sont capables de se faire une opinion » et qu’ils ont « la maturité nécessaire pour trancher ». Si le Parlement est légitime, reconnaît-il, « sur un sujet comme celui-là, qui n’est pas anecdotique, ce que l'on demande de voter, c’est une rupture ».
Cette rupture, il la formule clairement : « C’est une rupture de civilisation ». Et pose une question qu’il juge centrale : « Est-ce que le rôle de la société, c’est d’aider les gens à mourir ? »
Le geste létal, tout sauf un acte « fraternel »
Face aux promoteurs du texte qui invoquent la fraternité, le sénateur oppose une vision radicalement différente. « La fraternité, ce n’est pas ça », affirme-t-il, réfutant l’idée que le geste létal puisse être un acte « fraternel ». Pour lui, « le rôle de la politique, c’est de venir au secours des plus faibles », de « défendre les plus faibles » et de faire en sorte que « les gens qui soient isolés trouvent une écoute et une main fraternelle ».
Il rappelle que, dans de nombreux cas, « lorsqu’il y a de l’écoute, lorsqu’il y a l’entourage, lorsqu’il y a une main tendue, il y a des gens qui décident de continuer ». À ce titre, il souligne la cohérence du droit actuel, en rappelant que « l’incitation au suicide reste jusqu’à preuve du contraire une infraction pénale».
Pour Francis Szpiner, le cœur du problème est l’intrusion de l’État dans une sphère profondément personnelle. «Notre rapport à la mort, notre rapport au suicide est quelque chose de très intime », affirme-t-il, avant de trancher : « Ce n’est pas le rôle de l’État de se mêler de cette intimité-là ».
Il se montre particulièrement inquiet des conséquences pour le corps médical. « À partir du moment où vous posez le principe que l’État a le droit de vous aider à mourir, on fait peser sur le corps médical des obligations qui sont hallucinantes », prévient-il. Rappelant avec force que « ceux qui ont fait médecine n’ont pas fait médecine pour donner la mort », il évoque les débats sur la clause de conscience, les obligations imposées aux établissements ou encore la création d’un délit d’entrave. Pour Francis Szpiner« il y a toute une idéologie » à l’œuvre derrière le texte.
« Ceux de bonne foi » et « les idéologues » : ligne de fracture
C’est sur ce point que le sénateur introduit une distinction majeure, qu’il juge essentielle pour comprendre le débat. Selon lui, les défenseurs de la loi ne forment pas un bloc homogène. « Il y a, parmi les partisans de cette loi, deux camps », affirme-t-il.
D’un côté, « ceux qui, de bonne foi, sont touchés par les souffrances et essayent de trouver une réponse ». Il reconnaît la sincérité de leur démarche et leur volonté de répondre à des situations humaines souvent tragiques. De l’autre, il dénonce « les idéologues », qu’il accuse de vouloir imposer une vision abstraite et radicale de l’autonomie individuelle.
Pour illustrer cette dérive idéologique, Francis Szpiner cite des propositions qui l’ont profondément choqué. « À un moment donné, certains voulaient même ouvrir aux mineurs », rappelle-t-il, avant de qualifier cette perspective de « folie ». Pour lui, cette logique révèle une conception dangereuse de l’homme : « L’idée que l’homme tout-puissant puisse décider de son destin », nie « la réalité humaine, beaucoup plus complexe ».
Il met également en garde contre l’illusion d’un encadrement strict et définitif. « Il n’y a pas d’exemple où on ne soit pas allé plus loin que la version initiale », affirme-t-il, estimant que toute transgression initiale d’un principe fondamental ouvre forcément la voie à des extensions futures. « Lorsque vous avez transgressé un principe, il ne peut que s’agrandir », prévient-il.
Son inquiétude s’accompagne d’une dénonciation de possibles dérives économiques. Il évoque des prises de position de responsables mutualistes favorables à la fin de vie, il s’interroge : « le président d'une mutuelle expliquait qu'il était pour la fin de vie. [...] Et je me posais la question, est-ce que c’est en tant que président de mutuelle qu’il voulait faire des économies ? » mettant en garde contre « un calcul sordide » qui ferait peser sur les plus vulnérables une pression implicite à disparaître.
« Vous voulez voter cette loi, votez-la, mais attendez d’abord que les soins palliatifs soient disponibles pour tout le monde »
Sur le terrain législatif, Francis Szpiner regrette que le Sénat commence par examiner le texte sur l’aide médicale à mourir avant celui sur les soins palliatifs. « Je ne comprends pas ce choix », confie-t-il. Il a d’ailleurs déposé un amendement visant à conditionner l’application de la loi à une couverture complète du territoire en soins palliatifs, estimant que « vous voulez voter cette loi, votez là, mais attendez d’abord que les soins palliatifs soient disponibles pour tout le monde ».
S’il reconnaît la complexité de la mise en place d’un droit opposable, il dénonce néanmoins « un peu de démagogie » à promettre des droits théoriques sans moyens concrets, plaidant pour que « les soins palliatifs deviennent une réalité ».
Le sénateur conclut en replaçant ce débat dans le contexte politique actuel. Selon lui, l’absence de majorité à l’Assemblée nationale conduit le gouvernement à se replier sur les sujets de société. « Comme un gouvernement est censé gouverner, il faut bien donner l’impression de faire quelque chose », analyse-t-il, estimant que ces textes servent à « cacher l’impuissance gouvernementale face aux réformes structurelles ».
Francis Szpiner ne laisse planer aucun doute sur son avis: « J’attends qu’à l’arrivée, ce texte soit rejeté par le Sénat ». Une position assumée, sur un sujet qu’il considère comme l’un des plus déterminants pour l’avenir de la société française.


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