Festival de La Chaise-Dieu, une 60e édition entre souvenirs et regard vers l’avenir
Le Festival de La Chaise-Dieu souffle ses 60 bougies en 2026. Du 18 au 30 août il se replonge dans ses souvenirs avec notamment un hommage à son créateur, Georges Cziffra. Il se projette aussi dans les 60 prochaines années avec une nouvelle création mondiale. Cette 60e édition marque aussi le retour de grands ensembles internationaux.
Boris Blanco, directeur du Festival de La Chaise-Dieu dans le studio de RCF Haute-Loire ©MO - RCFLa 60e édition du Festival de La Chaise-Dieu a été présentée ce vendredi à l’auditorium Cziffra. Boris Blanco, son directeur général a construit le programme dans une optique de rendre hommage aux 60 dernières années tout en se projetant dans les 60 prochaines. « On peut se projeter demain en s’imaginant qu’il y aura toujours de la musique à jouer et qu’il y aura toujours de la musique d’aujourd’hui à jouer qui dit notre époque d’aujourd’hui » explique-t-il.
Tout au long des 13 jours de festivités, du 18 au 30 août, sera rendu un hommage à Georges Cziffra « l’étincelle fondatrice » du festival. Ce musicien avait découvert La Chaise-Dieu par hasard et était tombé amoureux de l’orgue qui tombait en décrépitude. C’est pour le sauver qu’il a commencé à organiser des concerts, le festival était né. C’était en 1966.
Plusieurs temps d'hommage à Georges Cziffra
Le directeur général a souhaité lui rendre hommage en 4 temps. Les 2 premiers seront portés par Bertrand Chamayou « un des plus grands pianistes français aujourd’hui si ce n’est le plus grand » qui connaît bien les lieux et qui n’était pas venu depuis plusieurs années. Le 21 août il interprétera avec Les Siècles 2 concertos de Liszt, qui était le répertoire de Cziffra. « Il y avait quelque chose de charnel dans la manière de Cziffra d’aborder Liszt. Jouer 2 concertos de Liszt dans la même soirée, c’est une vraie prouesse » affirme Boris Blanco. Le 2e temps sera un récital de piano le 22 août.
La suite de l’hommage, c’est le pianiste Jean-Frédéric Neuburger qui la portera. Il interprétera la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov le 27 août. Cette soirée sera portée également par l’Orchestre National de Lille. Ce retour sur les traces du fondateur du festival s’achèvera, le lendemain, avec un concert « note pour note du dernier programme de Cziffra », le 2 septembre 1988. « C’est un concert assez mythique pour les amoureux du festival puisque c’est un programme que Cziffra n’a jamais terminé ». Malade, il a eu une défaillance physique pendant le concert. « Il y a un programme qui est absolument délirant (Chopin, Liszt, Mendelssohn), que personne n’a entendu en entier. Ça va être l’occasion d’entendre en entier et de finir ce concert, d’avoir une pensée émue pour Cziffra ». Ce concert était un de ses derniers, ajoute Boris Blanco. Ce concert comme les autres seront joués au cœur de l’Abbatiale Saint-Robert.
Des grands ensembles étrangers de retour
La 60e édition du Festival de La Chaise-Dieu est aussi l’occasion de voir revenir de grands ensembles musicaux étrangers. Seront sur scène Le Budapest Festival Orchestra, l’Orchestre symphonique national de Lettonie et le Chœur symphonique national de Lettonie. Pour le directeur général, faire venir de grands ensembles internationaux c’est une envie depuis sa prise de fonction en 2022. « C’est une envie car c’est l’histoire du festival et notamment les grands orchestres d’Europe de l’est qui sont beaucoup, beaucoup venus dans l’histoire du festival ». Boris Blanco ne tarit pas d’éloges sur ces ensembles.
« Le Budapest Festival Orchestra c’est un des 4 / 5 meilleurs orchestre du monde. C’est une machine extraordinaire avec leur chef Ivan Fischer. Les accueillir à La Chaise-Dieu pour le 1er concert à l’abbatiale des 60 ans (19 août), c’est une vraie fierté ». Au programme notamment la Symphonie n°1 « Titan » de Mahler.
L’approche avec l’Orchestre symphonique national de Lettonie et le Chœur symphonique national de Lettonie est un peu différente, c’est avec elle que le festival a pensé la création de la Messe d’Éric Montalbetti (20 août). « C’était tout naturel que ce soit eux qui viennent » avec leur chef Andris Poga. « C’est un merveilleux orchestre et le chœur est peut-être un des plus beaux chœurs qui soit surtout dans cette tradition orthodoxe très particulière de la voix ». Ils seront aussi sur scène le 21 août, à l’abbatiale Saint-Robert pour l’un et à l’abbatiale Saint-Austremoine d’Issoire pour l’autre.

Le Festival de La Chaise-Dieu au cœur de la création contemporaine
Comme ça avait été le cas en 2024 avec la commande d’une pièce à Thomas Lacôte, le festival a fait une nouvelle commande pour ses 60 ans. Éric Montalbetti a pensé les Fragments pour une messe. Ils seront joués sur la scène de l’abbatiale Saint-Robert le 20 août avec 2 pièces de Brahms. Le choix de mettre en musique une messe peut étonner selon Boris Blanco. « Aujourd’hui tout a été dit musicalement sur le texte de la messe. Éric a pris le parti de dire : "je ne veux pas qu’il y ait de discussion autour du propos. Je veux qu’on ait des discussions sur la musique et seulement sur la musique". Je trouve ça très intéressant et je trouve très intéressant que la musique sacrée ait encore quelque chose à dire aujourd’hui ». Cette œuvre dure environ 40 minutes, avec chœur, orchestre et solistes.
Boris Blanco défend le rôle du festival dans l’accompagnement de la création contemporaine. Pour lui cela permet de dire que « la musique ne sert pas à se faire plaisir, elle sert à raconter un peu du monde dans lequel on vit. Elle sert à raconter le monde d’une certaine manière, avec certains sentiments ». Pour lui il faut continuer à créer des œuvres, c’est essentiel. Il est important aussi que les festivals continuent à en commander aux compositeurs pour montrer que la musique « n’est pas un astre mort, mais un astre plein de vie ». Il estime qu’il y a beaucoup de manières d’écrire de la musique contemporaine. « Il faut qu’à La Chaise-Dieu on puisse mettre tous ces styles, ces manières de dire le monde en avant ». Il affirme que le festival est le seul à assurer ce rôle en France. « Si on est un grand festival, on doit faire de grande choses » exprime Boris Blanco.
Le retour d’habitués
Du 18 au 30 août 2026, le festival de La Chaise-Dieu va aussi accueillir des habitués, des « amis » comme il les appelle. Reviendra Nemanja Radulovic. Le violoniste et son ensemble Double Sens seront sur la scène de l’abbatiale Saint-Robert le 29 août. Renaud Capuçon interprétera les Variations goldberg pour trio à cordes le lendemain sur la même scène. Geoffroy Jourdain et Les Cris de Paris qui n’étaient pas venus au festival depuis 2022 ouvrira l’édition des 60 ans à la Cathédrale du Puy-en-Velay avec un ensemble de pièce (Brahms, Wolf, Mahler, Bach, Reger et Schoenberg), plus de 200 ans de musique qui entrent en écho.
Le programme Génération Chaise-Dieu fait aussi son retour pour la 3e année de suite. 4 ensembles de musique de chambre seront encadrés par Romain Descharmes, Lise Berthaud et Pierre Fouchenneret. Génération Chaise-Dieu qui jouera notamment dans la centrale hydroélectrique de Monistrol d’Allier à l’occasion des 100 ans du site, des 80 ans d’EDF. Un cadre particulier mais avec un très bon son selon Boris Blanco.
Les 60 ans du festival seront aussi célébrés par une exposition photo dans la Chaise-Dieu qui fera revivre 60 années de vie musicale sur le plateau casadéen.
RCF Allier, Haute-Loire et Puy-de-Dôme participeront à ce rendez-vous à travers des Discussions musicales, enregistrées en public tout au long du festival.
La programmation de la 60e édition du Festival de La Chaise-Dieu sera publiée le 27 avril sur le site. La billetterie ouvre le 5 mai.
