Haute-Savoie : face aux prix des engrais, les agriculteurs relocalisent la production
Depuis le début de l’année, et le conflit au Moyen-Orient, les agriculteurs savoyards subissent l’augmentation du prix des engrais. Un tiers des importations françaises proviennent des Pays du Golfe et transitent par le détroit d’Ormuz. Ils sont également indexés sur le prix du gaz, qui monte en flèche. En Haute-Savoie, on tente de relocaliser la production d’engrais, par les méthaniseurs. Illustration à la ferme des Airelles, à Groisy, près d’Annecy.
Jean-Yves Raffin, exploitant et propriétaire du méthaniseur, qui se trouve dernière lui, sur sa ferme à Groisy. ©Anaïs Binghinotto/RCF Savoie Mont-BlancUn dôme vert tente de se fondre dans le paysage, entre deux bâtiments agricoles. Il s’agit d’un méthaniseur, qui produit du biogaz. Il est alimenté par des biodéchets et des effluents d’élevage, comme le lisier des vaches et le lactosérum issu de la fabrication du fromage. Un puissant fertilisant naturel en ressort, appelé le digestat. "Je l’utilise régulièrement sur 99% de mes surfaces", indique Jean-Jacques Lavorel, agriculteur à Meythet. "Aujourd’hui, la tonne d’azote coûte 800€ et cela a fortement augmenté depuis la guerre en Iran. Utiliser un engrais local est donc plus économique".
Grâce à cet engrais naturel, j’ai réduit l’utilisation de l’engrais azoté de 30 à 40%
Le méthaniseur tourne à plein régime depuis sept ans. 20 000 tonnes de biodéchets et d’effluents agricoles sont nécessaires chaque année pour produire 13 000 tonnes de fertilisant.
Un fertilisant naturel et local
Produit localement sur l’exploitation de la ferme des Airelles, à Groisy, cet engrais ne coûte que 4€ du mètre cube épandu. Un tarif conçu pour payer seulement les frais de transport.
Aujourd’hui, beaucoup d’exploitants nous appellent pour savoir si l’on peut leur vendre ce fertilisant naturel
Un accord favorable pour les agriculteurs et pour Jean-Yves Raffin, exploitant, et propriétaire du méthaniseur. Lorsqu’il a créé ECO 3 R, son entreprise de collecte, de recyclage et de valorisation des déchets et mis en service son méthaniseur, il a dû "apporter un plan d’épandage à l’administration pour gérer ce fertilisant naturel. Et donc nous avons eu besoin de personnes comme Jean-Jacques Lavorel, qui mettent leur terrain à disposition. Nous leur avons procuré cet engrais pour leurs cultures", raconte-t-il.
Un engrais en quantité insuffisante
En tout, une dizaine d’exploitations se partagent les 13 000 tonnes d’engrais naturel disponible chaque année. Elles se trouvent toutes dans un rayon de 20 kilomètres autour du méthaniseur. Trop nombreuses, ce fertilisant est pour l’instant insuffisant pour se passer totalement de l’engrais importé.
Un deuxième méthaniseur prévu pour 2028
La construction d’un deuxième méthaniseur, sur cette ferme, est en projet. Avec un prix colossal de 1 900 000 €, dont 600 000€ pris en charge par le réseau de gaz naturel GRDF, Jean-Yves Raffin est toujours à la recherche de financements. S’il trouve les 1 300 000€ restants, le méthaniseur devrait fonctionner d’ici 2028.
Le méthaniseur est reconnaissable avec son grand dôme vert. ©Anaïs Binghinotto/RCF Savoie Mont-Blanc
La ferme des Airelles, à Groisy. ©Anaïs Binghinotto/RCF Savoie Mont-Blanc
Avant de produire du biogaz et de l'engrais naturel Jean-Yves Raffin fabrique du fromage avec le lait de ses vaches. ©Anaïs Binghinotto/RCF Savoie Mont-Blanc
Entre 50 et 60 tonnes de déchets sont livrés chaque année à la ferme des Airelles. ©Anaïs Binghinotto/RCF Savoie Mont-Blanc
Les déchets sont triés pour ne garder que les déchets organiques. ©Anaïs Binghinotto/RCF Savoie Mont-Blanc
Un deuxième méthaniseur devrait voir le jour en 2028. ©Anaïs Binghinotto/RCF Savoie Mont-Blanc

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