Entrepreneuriat dans les quartiers prioritaires : l’ADIE mobilisée à Lille pour accompagner les porteurs de projets
Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), l’envie d’entreprendre est deux fois plus forte qu’ailleurs. Pourtant, leurs habitants sont cinq fois moins nombreux parmi les entrepreneurs français. À Lille, l’ADIE multiplie les actions de terrain pour lever les freins et accompagner les créateurs d’activité.
Au-delà des obstacles économiques et sociaux, un autre frein subsiste : le manque d’accompagnement ©A.V/RCFLe paradoxe est frappant. Dans les quartiers prioritaires, l’envie de créer son entreprise est particulièrement forte. Pourtant, cette dynamique ne se retrouve pas dans les chiffres nationaux : les habitants des QPV sont cinq fois moins représentés parmi les entrepreneurs en France.
Pour répondre à ce déséquilibre, l’Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE) mène une campagne de sensibilisation dans les Hauts-de-France. L’objectif : permettre aux habitants des quartiers populaires de concrétiser leurs projets.
« L’entrepreneuriat est une manière de créer son travail »
Créée il y a 35 ans, l’ADIE accompagne les personnes exclues du système bancaire classique grâce au microcrédit et à un suivi personnalisé.
« On aide les personnes à développer leur entreprise par le financement et par des conseils. On s’adresse à celles et ceux qui n’ont pas reçu de financement ailleurs », explique Julien Brunet, conseiller à l’association. Selon lui, l’entrepreneuriat représente souvent une alternative à un marché du travail difficilement accessible.
Il y a plus de difficultés d’accès au marché du travail classique dans les quartiers populaires. L’entrepreneuriat est une manière de créer son travail lorsqu’on n’en trouve pas.
Certaines personnes font également face à des contraintes personnelles – santé, garde d’enfants, temps partiel subi – qui rendent l’emploi traditionnel compliqué. Créer son activité peut alors offrir une solution adaptée.
Aller vers les habitants
Mais au-delà des obstacles économiques et sociaux, un autre frein subsiste : le manque d’accompagnement de proximité. « Elles peuvent avoir moins de fonds, moins de famille pour les aider. Il peut aussi y avoir des structures d’aide qui ne sont pas présentes en quartiers prioritaires », souligne Julien Brunet.
D’où l’importance du travail de terrain. Ce matin-là, les équipes de l’ADIE sillonnent le Marché de Wazemmes, à Lille, pour aller directement à la rencontre des commerçants et leur présenter les dispositifs existants. « On reçoit des personnes qui viennent spontanément, mais on a aussi un travail d’aller vers celles qui pourraient avoir envie de se lancer », précise le conseiller.
« J’ai été très bien encadrée »
Parmi les bénéficiaires, Marie-Odile tient un stand de beurre de karité et de tisanes venus de Côte d’Ivoire, chaque jeudi, près de la station de métro Gambetta.
Issue d’une famille commerçante, elle souhaitait se lancer naturellement dans le commerce. Mais le soutien de l’ADIE a été déterminant. « J’ai été très bien reçue. Quand j’oublie mes rendez-vous, je suis interpellée par l’association, glisse-t-elle. J’ai été très bien encadrée. L’ADIE m’a aidée financièrement. » Aujourd’hui, elle recommande à son tour l’association à d’autres porteurs de projets.
En intervenant directement dans les quartiers prioritaires, l’ADIE tente de réduire l’écart entre l’envie d’entreprendre et le passage à l’acte. Microcrédit, accompagnement administratif, conseils stratégiques : autant d’outils pour transformer une idée en activité viable. Dans une région marquée par des fragilités économiques persistantes, l’entrepreneuriat apparaît pour certains comme une réponse concrète à l’exclusion du marché du travail — à condition de pouvoir bénéficier d’un accompagnement adapté.


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