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Entre Donald Trump et les catholiques américains, la rupture ?

Entre Donald Trump et les catholiques américains, la rupture ?

Un article rédigé par Mélanie Niemiec - RCF, le 23 avril 2026 - Modifié le 23 avril 2026

Prise de bec inédite entre Donald Trump et le pape Léon XIV, chute de popularité du président chez les catholiques américains. Un an après leur vote majoritaire en sa faveur, quatre jeunes électeurs dressent un bilan nuancé, tiraillés entre satisfaction et malaise face à une gouvernance qui peine à incarner la dignité à laquelle ils aspirent.

® Polina Zimmerman, Pexels® Polina Zimmerman, Pexels

Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump enchaîne les passes d’armes. Mais celle qui l’oppose à Léon XIV, premier pontife américain de l’histoire, est d’une nature inédite.

Dans un post publié sur X le vendredi 10 avril, le Saint-Père déclare que "Dieu ne bénit aucun conflit. Quiconque est disciple du Christ ne se range jamais du côté de ceux qui, autrefois, maniaient l'épée et qui, aujourd'hui, larguent des bombes." La réaction de Donald Trump ne s’est pas fait attendre : publiée sur son réseau Truth Social, il accuse le souverain pontife d’être "catastrophique en matière de politique étrangère" et "manquant de fermeté face à la criminalité".

Le Saint-Père a paisiblement répondu aux questions d’un journaliste durant son vol vers l’Algérie, affirmant qu’il "n’a pas peur de l’administration Trump".

Cette séquence médiatique entre un président américain et le pape ne peut que renforcer la baisse de popularité de Donald Trump auprès des catholiques du pays. Selon un sondage réalisé entre le 20 et le 23 mars par les instituts de sondage Shaw & Company Research et Beacon Research, le taux de popularité de Trump auprès des électeurs catholiques est tombé à 48 %, tandis que 52 % se disent mécontents. La répartition interne est encore plus révélatrice : seuls 23 % approuvent fortement son action, tandis que 40 % la désapprouvent fortement.

Les catholiques ont voté Trump. Regrettent-ils déjà ?

Lors de l'élection présidentielle de 2024, les catholiques représentaient 22% de l'ensemble des électeurs. Donald Trump a bénéficié du soutien de la majorité des électeurs catholiques : 56% ont voté pour lui. Il devançait donc Kamala Harris, son opposante du Parti démocrate, de 12 points. Cette dernière a recueilli 43 % des voix de ce groupe.

Aux Etats-Unis, il n’existe pas de majorité religieuse mais les catholiques forment la dénomination la plus importante. Lors de la présidentielle de 2020, le vote catholique s’était réparti de manière presque égale : 50% ont voté pour Joe Biden (lui-même catholique pratiquant) et 49% pour Trump.

Un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour son second mandat, les catholiques ayant voté pour lui ont des avis contrastés.

Que pensent les jeunes électeurs catholiques ? 

En témoignent les propos de Aidan, Teresa, Brigid et Kristen, quatre américains âgés de 22 à 27 ans. En 2024, ils ont tous donné leur voix à Donald Trump.

Pour Aidan et Teresa, la priorité principale concerne les enjeux sociétaux. Ils se disent tous les deux "frustrés" par le "manque de clarté" du président au sujet du droit à l’avortement.

"Je désire voir à la tête des États-Unis, un véritable homme d'État, une personne intègre", affirme Teresa. "Malheureusement, ce n’est pas l’impression que me donne Donald Trump", ajoute-t-elle, déçue.

Je souhaite que l'Amérique et les Américains se souviennent de la dignité à laquelle ils sont appelés.- Teresa

Aidan, bien que "partiellement satisfait", est plus optimiste. "J'ai des sentiments mitigés concernant cette administration jusqu'à présent, mais c'est mieux qu’avec Joe Biden ou ce qui aurait pu arriver avec Kamala Harris", explique-t-il.

Immigration et sécurité nationale : les autres raisons du vote Trump

Brigid et Kristen quant à elles, sont plus enthousiastes. Ce sont les questions d’immigration et de sécurité nationale qui ont principalement motivé leur vote.

Kristen, encartée chez les Républicains depuis 2020, est une fervente partisane du mouvement MAGA (Make America Great Again). Elle se dit "fière de soutenir Donald Trump et la politique qu’il mène". Elle accorde une grande importance à la régulation de l’immigration illégale. D’ici à la fin de son mandat, si Donald Trump "ne fait pas avancer les choses encore plus" à ce sujet, Kristen en sera "vraiment très déçue".

Les propos de Brigid convergent avec ceux de Kristen. Cependant, elle estime que Donald Trump "ne résume pas les américains ni les Etats-Unis" et qu’il faut savoir "prendre du recul pour ne pas l’idolâtrer".

Il obtient des résultats, mais à quel prix ? - Brigid

La guerre en Iran : un front qui divise, même les partisans

Au sujet de la guerre en Iran, Brigid, Kristen, Teresa et Aidan sont unanimes : le modus operandi est imparfait et de nombreux américains ne veulent pas de cette guerre. Malgré toute leur bonne volonté de "faire confiance au gouvernement", ils déclarent qu’il est "difficile de faire le tri dans le flux d’informations continu". Cela rend "floue" la compréhension du conflit. La politique internationale de Donald Trump laisse donc visiblement à désirer, même selon ses partisans.

JD Vance, produit d'une Amérique catholique en mutation

Parmi les personnalités influentes qu’ils apprécient tous les quatre, il y a le catholique JD Vance, le vice-président des Etats-Unis. Pour trois d’entre eux, sa candidature en tant que colistier de Donald Trump en 2024 a été déterminante.

"Je trouve que le parcours politique de JD Vance est cohérent avec son style de vie et ses propos", déclare Brigid. "Il a une force politique qui, associée à Trump, les a rendus vraiment convaincants", ajoute-t-elle.

Pour comprendre pourquoi JD Vance séduit autant les catholiques conservateurs, il faut remonter aux origines du catholicisme américain. Pour Blandine Chelini-Pont, professeure d'histoire contemporaine à l'université d'Aix-Marseille, JD Vance est "l’incarnation" de "nombreux croisements qui résultent de l'histoire du catholicisme américain".

Mgr John Carroll est une des figures du tournant fondateur du catholicisme américain. Il devient le premier évêque des États-Unis en novembre 1789, avec la création de l’archidiocèse de Baltimore. Il pense l’intégration des catholiques à la jeune république comme compatible avec la liberté civile et la liberté religieuse. "Il voit la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme une opportunité de développement", explique Blandine Chelini-Pont.

Cette architecture juridique permet aux catholiques de "sortir d’une longue phase de marginalisation et de persécutions locales", parfois décrite comme une forme "d’Église souterraine" au temps colonial, pour devenir une composante reconnue de la démocratie américaine. À la fin du XVIIIe siècle, les catholiques américains sont plus démocrates que républicains. Le Parti démocrate leur offre plus souvent une place politique face à l'anti-catholicisme. Le changement se fait au XXe siècle : les démocrates deviennent associés à l’État social et aux minorités, tandis que les républicains attirent progressivement les électeurs conservateurs. Pour les catholiques, cela explique aussi le déplacement : longtemps proches des démocrates urbains et immigrés, une partie d’entre eux se rapproche des républicains sur les questions morales et identitaires.

"JD Vance incarne parfaitement ce réalignement d’une partie des catholiques vers les républicains conservateurs", affirme Blandine Chelini-Pont, "tout en étant une sorte de produit des évolutions socio-politiques du catholicisme américain".

"Le pape Léon XIV est un signe des temps", affirme la professeure d’histoire. Peut-être sera-t-il capable de "réconcilier les catholiques américains entre eux", ajoute-t-elle. C’est ce que conclut Teresa: "ce n’est pas un hasard si le Saint-Père est américain à ce moment précis de l’histoire. Dieu en tirera certainement des miracles. Il le fait toujours. Je ne suis ni découragée ni effrayée pour mon pays."
 

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