Enseignement catholique à Lyon : les Minimes célèbrent 200 ans d'« exigence et de bienveillance » avec les élèves
Aux origines de l'un des plus anciens établissements scolaires de Lyon. Après le bicentenaire des Chartreux en 2025, c'est un autre groupe d'enseignement catholique qui célèbre 200 ans d'Histoire : l'institution salésienne Notre-Dame des Minimes. Régis Michel, son directeur, retrace une année 2025/2026 de fête et deux siècles d'Histoire.
L'institution salésienne Notre-Dame des Minimes est implantée sur deux sites du 5e arrondissement de Lyon : à Fourvière et au Point-du-Jour - DRFondée en 1826, l'Institution Notre-Dame des Minimes est aujourd'hui installée dans le 5e arrondissement de Lyon, sur les sites de Fourvière et du Point-du-Jour : cet établissement scolaire des Salésiens de Don Bosco fête son 200e anniversaire. Une grande histoire de la Place des Minimes à la rue des Aqueducs.
RCF Lyon (Johan Fresse) : Qu'est-ce qui a fondamentalement changé pour votre institution en 200 ans ?
Régis Michel : La taille de l'établissement, certainement : il n'y avait que 200 élèves à la création en 1826. Aujourd'hui, en 2026, nous sommes près de 1 800. Nous avons [toujours] la vocation à préparer aux examens nationaux, baccalauréat, concours, brevet des collèges. C'est vrai qu'au 19e siècle, l'éducation donnée était très classique, autour du latin, du grec. Aujourd'hui, la culture est toujours présente, les exigences sont tout le temps là, bien au cœur de notre projet, mais elle s'affirme certainement de manière différente avec des élèves qui sont des élèves du 21e siècle.
« Le foi, la raison et l'affection » : la méthode Don Bosco aux Minimes
RCF Lyon : Aujourd'hui, que veut dire être ancien élève, actuel élève aux Minimes, ou même personnel de l'établissement ?
RM : Être aux Minimes, c'est être dans une maison accueillante. C'est le projet de Don Bosco, qui disait « Je veux une maison accueillante, en proximité, en connaissance ». Je crois que tous les personnels et les élèves sont connus pour ce qu'ils sont. Il y a vraiment une proximité de tous les adultes auprès des élèves. En 1826, mon prédécesseur, le père Détard, reconnaissait tous les élèves. C'est bien normal. Aujourd'hui, ce n'est peut-être pas possible, mais nous avons beaucoup d'adultes référents, des responsables de niveaux, des éducateurs référents, des directeurs qui permettent cette rencontre, cette connaissance. Je crois qu'à la fin d'une scolarité, un élève est connu pour ce qu'il est, ses résultats scolaires, mais aussi sa personnalité, ses goûts, probablement aussi ses joies et peines.
RCF Lyon : Cela fait 18 ans que vous dirigez cette institution, à la tête de laquelle vous avez vécu le 190e anniversaire en 2016 puis le 200e cette année. Comment vivez-vous ces anniversaires successifs ?
RM : C'est un moment émouvant, bien sûr, qui nous donne aussi des responsabilités, c'est-à-dire qu'une Histoire n'est pas une Histoire figée pour le passé. Nous avons écrit un superbe ouvrage qui nous rappelle une histoire qui nous engage, qui nous lance sur un nouveau siècle, finalement, avec de belles perspectives. Les 20 directeurs avant moi ont voulu développer et promouvoir une éducation complète, intégrale, pour tous les élèves accueillis.
RCF Lyon : En 1961, les Salésiens de Don Bosco entrent dans l'histoire des Minimes : comment cette date a-t-elle marqué la tradition de l'établissement ?
RM : Le projet de Don Bosco date du 19e siècle. C'est une pédagogie fondée sur la confiance, sur la connaissance des élèves. Un peu après 1880, Don Bosco a écrit un petit traité de pédagogie, si l'on peut dire : Le système préventif. Déjà, l'adjectif "préventif" est évocateur. Il le présente ainsi dans son introduction, [dans laquelle] il parle de système répressif et dit la distance, l'éloignement, la crainte entre le maître (les professeurs, donc) et les élèves : « Ce n'est pas pour moi, c'est peut-être pour l'armée ; moi, je veux la proximité, la connaissance, l'accompagnement des élèves ». Et il développe un système basé sur trois piliers : la foi, la raison et l'affection (en italien, on parle d'amorevolezza dont la traduction serait la "bienveillance"). Voilà comment nous essayons de vivre aujourd'hui ce style salésien, cette pédagogie dans un accueil de nos élèves dans la grande simplicité.
IA, réseaux sociaux : une institution scolaire bicentenaire face aux défis du numérique
RCF Lyon : À Lyon, vous êtes aussi l'une des maisons amirales de ce qu'on appelle aujourd'hui le réseau Don Bosco, aux côtés de 50 autres établissements scolaires en France, au Maroc, en Tunisie, 11 établissements associés. La consécration d'une méthode éducative : était-ce la modernité de Don Bosco, dès le 19e siècle ?
RM : Tout à fait. Aujourd'hui, nous sommes dans 130 pays dans le monde. On accueille plus d'un million d'élèves dans nos maisons. En France, c'est près de 40 000 élèves et à Lyon, 5 000 élèves avec des réseaux qui nous rejoignent. Par exemple, le réseau des Frères du Sacré-Cœur (fondé au début du 19e siècle par le Père Coindre) qui nous ont rejoint. En 2018, [ce fût le tour des] collèges Saint-Louis/Saint-Bruno à la Croix-Rousse et Le Sacré-Cœur d'Écully. D'autres collèges qui ne sont pas lyonnais nous ont rejoint à cette époque. Aujourd'hui sur Lyon, les Salésiens, c'est 5 000 élèves : le lycée Don Bosco, les deux collèges cités plus haut, les Minimes, et l'institution de Pressin, une institution horticole à Saint-Genis-Laval.
RCF Lyon : L'institution Notre-Dame des Minimes vit les mêmes mutations sociétales que les autres établissements catholiques privés, sous contrat ou hors contrat : quels sont vos grands défis d'aujourd'hui ?
RM : Maintenir une exigence forte auprès de nos élèves, tout en étant dans la bienveillance. Concrètement, les défis [sont ceux] des réseaux sociaux qui sont mis de côté de plus en plus, au collège strictement, et demain au lycée, strictement aussi. Ce sont les défis de nouvelles méthodes d'apprentissage autour de l'intelligence artificielle qui doit être intégrée : en tout cas, il faut l'apprivoiser, réfléchir et donner des principes. Cette intelligence artificielle, si elle est là, elle ne doit pas nous empêcher d'avoir une pensée authentique. Ce sera un des défis de demain pour nos élèves, qui peuvent parfois penser que l'IA peut les [dispenser] de tout apprentissage par cœur. Or, ces apprentissages fondamentaux seront toujours au cœur de notre système pour développer une pensée maîtrisée, une pensée critique dans un environnement aujourd'hui très complexe.
Du 19e au 21e siècle : « Chaque fois, les Salésiens ont su aménager la pédagogie »
RCF Lyon : Comment voyez-vous un certain climat actuel de défiance envers l'enseignement catholique ?
RM : Aujourd'hui, c'est rappeler que nous avons des liens avec l'État, une régulation autour d'un certain nombre de lois : loi Falloux (1850), Astier (1919) et puis bien sûr la loi Debré (1959). Mais cette régulation ne nous empêche pas d'être ancrés dans des libertés qu'il nous faut tout le temps défendre, tout le temps affirmer. Liberté d'accueil des élèves, de recrutement des enseignants, liberté dans nos projets, liberté dans nos développements : une liberté régulée par la loi et par un bon fonctionnement entre établissements dans le réseau de l'enseignement catholique. Bien sûr, pas une liberté hors contrôle.
RCF Lyon : Vous prenez votre retraite professionnelle à la fin de cette année. Que souhaitez-vous pour l'institution Notre-Dame des Minimes pour les 200 prochaines années ?
RM : Les années qui viennent, ce sera certainement un contexte un peu différent [avec] une démographie qui, on le sait, est peut-être moins porteuse. Des projets qui, eux, sont toujours là : autour du développement de l'enseignement supérieur avec nos classes préparatoires, le développement de bachelors avec l'école de commerce de Grenoble, les prépas Sciences Po, une prépa Droit et peut-être d'autres projets, notamment un cycle préparatoire à l'enseignement supérieur avec des lycées partenaires, dont le lycée public de Saint-Just, qui est notre voisin, et l'université Lumière Lyon II. Et puis, je crois que le projet de Don Bosco, créé en 1859, qui a plus de 150 ans, a installé et sait relire ses pratiques par rapport à un contexte : celui du 19e et du 21e siècle n'est pas le même, mais chaque fois, les Salésiens ont su aménager la pédagogie [et faire] face à des défis qu'ils ont su relever.


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