En souffrance psychique... et chrétien aussi !
Burn-out, dépression ou maladie psychique : un français sur quatre souffrira d'un trouble mental au cours de sa vie, selon l'Assurance Maladie. Des troubles qui n'altèrent pas la richesse spirituelle des personnes concernées, ni leur envie de partager la foi avec d'autres. Alors dans l'Eglise catholique de Savoie et Haute-Savoie, des fidèles se mobilisent pour que les personnes en souffrance psychique ne soient pas mises au ban de la communauté chrétienne. Illustration en 5 initiatives, en ce week-end dédié à la santé, pour l'Eglise catholique.
Illustration ©Adobe Stock- Se former, s'informer
Ne pas stigmatiser, regarder en frère, voir la personne avant la maladie, voir le Christ en elle et la regarder comme le Christ : c'est l'invitation des Evangiles. "Pour vivre cette attitude avec une personne en souffrance psychique, il est aidant de se former, de s'informer. Comprendre et mieux connaître permet de changer le regard" souligne Catherine Weben, responsable de la pastorale du handicap pour l'Eglise catholique de Savoie et aumônier dans un établissement public de santé mental à Bassens. Soixante personnes engagées en Eglise ont participé le 31 janvier 2026 à une formation proposée par la pastorale sur le thème Accueillir en Eglise des personnes en souffrance psychique. Des formations sont proposées régulièrement en Savoie et Haute-Savoie.
- Visiter
"Visiter en établissement de santé mentale, c'est se laisser accueillir par les personnes malades, les rencontrer en fraternité et les accepter telles qu'elles sont. Pendant les temps de prière, les patients restent spontanés, francs. Cela apporte une vérité aux échanges" explique Sandra Bertomeu, visiteuse en Pôle de santé mentale à Annecy et responsable de l'aumônerie du domicile pour la pastorale de la santé en Haute-Savoie. "On peut aussi se trouver face à la souffrance psychique lors de visite en Ehpad, dans des services d'hôpitaux ou à domicile. Et l'on n'est pas forcément prévenu ou préparé ! Cela peut déconcerter les visiteurs non aguerris, mais on apprend et on se forme."
- Créer une oasis fraternelle et spirituelle pour les personnes concernées et leurs proches
En Savoie, depuis 2019, il existe une fraternité chrétienne pour les proches et familles de personnes en souffrance psychique, le groupe Relai Lumière Espérance : "C'est à la fois un lieu de spiritualité et un groupe fraternel où l'on se soutient. C'est précieux, pour tenir dans les difficultés" souligne une participante. Plus récemment, un groupe a été créé pour les personnes concernées directement par une dépression, un trouble bipolaire ou tout autre souffrance psychique (Amitié Espérance). "Ca fait du bien d'échanger, de rencontrer des personnes comme moi" confie Evelyne, membre du groupe. "Il y a des demandes dans les vallées, pour des proches et des malades !" souligne Marie-Thérèse Bouchet, co-animatrice des deux groupes chambériens et concernée par la maladie de deux de ses fils. Avis aux chrétiens qui se sentiraient le charisme !
- Créer des lieux d'écoute
En tant que curé de trois paroisses savoyardes, le Père Alexis Jalabert est habitué à rencontrer des personnes qui lui confient leur souffrance, pendant les confessions ou en dehors. "Pour les personnes qui me semblent avoir une pathologie psychiatrique, j'ai mes petits trucs. Je leur dit que j'accepte qu'elles voient des choses, tout en leur disant que moi je ne le voit pas. Au bout d'un moment, on arrive à parler d'autres choses !". Au sanctuaire marial de Myans, sur le territoire de l'une de ses paroisses, un groupe de laïcs formé assure des permanences d'écoute. "J'ai été très marqué par ce que disait le Pape François : que l'Eglise devrait être un hôpital de campagne. C'est important de savoir accueillir et d'offrir une oreille attentive à tous ceux qui le souhaitent".
- Intégrer à la vie paroissiale et accompagner les demandes de sacrements
Dans le diocèse d'Annecy, Brigitte Satin anime des groupes diocésains ou paroissiaux où des personnes fragiles, précaires ou en souffrance (y compris psychique) peuvent partager la Parole. Elle s'investit aussi pour que les participants qui le souhaitent puissent être intégrés à la vie de leur communauté paroissiale : "C'est vrai, pour intégrer les personnes fragiles, il faut les accompagner et accepter que tout ne soit pas parfait ou comme d'habitude. Lire une lecture à deux voix, par exemple. Mais les personnes en souffrance psychique ont une richesse spirituelle, ils ont beaucoup à nous apprendre. Et ils ont envie de donner ! L'Eglise se prive d'une partie de ses membres, si elle fait sans eux".
La souffrance psychique est bien présente dans les Evangiles. Jésus accompagne et guéris tant de personnes qui souffrent d'un deuil, de l'exclusion ou qui sont "possédés par un démon". "Les écrivains sacrés n'avaient pas nos connaissances psychopathologiques ! Tel récit de guérison laisse penser que tel possédé était en fait épileptique. Pour un autre, ce possédé que l'on n'arrive pas à enchaîner et que l'on trouve dans un cimetière, cela ressemble effectivement à une maladie psychique, avec automutilation " analyse le Père Alexis Jalabert, curé de trois paroisses savoyardes. "Mais n'oublions pas que Jésus souffre aussi ! Il vit l'angoisse, il va jusqu'à dire que son âme est triste à en mourir. Il y a aussi cette phrase : éloigne de moi cette coupe. Tant de personnes crient ainsi vers le Père pour ne plus souffrir ! Dieu se faisant Homme vit dont aussi cette souffrance là" souligne le prêtre.


Chaque week-end, après avoir passé en revue l'actualité chrétienne de la semaine en pays de Savoie, Vanessa Sansone ouvre le débat en donnant la parole aux chrétiens qui s'engagent près de chez vous. Un temps pour s'informer, réfléchir, approfondir et échanger.
Diffusions en FM et DAB+ : samedi à 9h03 et dimanche à 17h.
