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En Iran, "les femmes sont désormais au devant la scène contestataire", salue Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne
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En Iran, "les femmes sont désormais au devant la scène contestataire", salue Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne

Un article rédigé par Clara Gabillet - RCF, le 28 septembre 2022  -  Modifié le 29 septembre 2022
L'Invité de la Matinale Azadeh Kian, professeure de sociologie franco-iranienne

Au moins 76 personnes sont mortes en Iran, selon une ONG iranienne en exil, depuis 10 jours et le début des contestations dans le pays. Des manifestations survenues après la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans arrêtée trois jours plus tôt par le police des mœurs car son voile laissait dépasser ses cheveux. Depuis, des Iraniennes sortent dans la rue, enlèvent leur voile, le brûlent parfois, pour s’opposer aux conditions imposées aux femmes dans le pays au régime islamique. Azadeh Kian, professeure franco-iranienne de sociologie et auteure de "Femmes et pouvoir en islam" (éd. Michalon) était l'invitée de la matinale RCF.

Azadeh Kian, professeure franco-iranienne de sociologue © Clara Gabillet/RCF Azadeh Kian, professeure franco-iranienne de sociologue © Clara Gabillet/RCF

La mort de Mahsa Amini, une jeune iranienne de 22 ans a mis le feu aux poudres dans le pays. Arrêtée par la police des mœurs, elle est morte en détention dans des conditions obscures. Depuis, de nombreuses femmes et hommes manifestent dans le pays. "Ces protestations sociales existaient au moins depuis décembre 2017 compte tenu de la crise économique mais aussi le verrouillage du système politique. Mais aujourd'hui, ce qui a changé c’est que les femmes sont au devant la scène contestataire", commente Azadeh Kian, elle-même franco-iranienne. "En ôtant leur voile, elles tentent d’ôter symboliquement le régime islamique. Beaucoup de jeunes femmes s’identifient à Mahsa Amini qui n’avait que 22 ans", poursuit la sociologue. 

 

Un contexte social explosif

 

Au-delà de la condition des femmes en Iran, c'est une colère plus large qu'expriment les manifestants, notamment les jeunes. "Aujourd'hui, selon plusieurs estimations, plus de 50 % des jeunes formés sont au chômage. [...] Il n’y a plus de liberté individuelle ni collective. Il n’y a pas de parti politique, pas de syndicat donc quand les gens sont mécontents ils prennent les rues", détaille Azadeh Kian, qui dirige le Centre d’enseignement, de documentation et de recherche pour les études féministes (Cedref) à l’université de Paris-Cité. 

 

La sacralisation du voile

 

Mais ce qui a fait le déclic, c'est bien l'obligation du port du voile en Iran. "Les femmes ne rejettent pas le voile en soi mais elles rejettent le voile obligatoire. [...] Dès 1979, le régime islamique a rendu le voile islamique obligatoire. Ils ont sacralisé le voile et en ont fait le symbole de leur idéologie", retrace la spécialiste du féminisme. Elle souligne d'ailleurs la nécessité de faire la différence entre la religion en tant que croyance privée et l'islam politique.  

 

Une répression dénoncée par la communauté internationale

 

Une ONG iranienne en exil, dénombre au moins 76 morts dans la répression de ces manifestations. Le pouvoir est devenu encore plus autoritaire depuis l'arrivée au pouvoir en 2021 de l'ultra conservateur Ebrahim Raïssi, selon la sociologue. Avant cela, "la police des mœurs existait déjà mais n’avait pas la carte blanche pour tuer et frapper des femmes dans la rue, se souvient Azadeh Kian. Aujourd'hui, les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont au mains des ultra conservateurs qui pensent qu’en réprimant la société ils parviendront à imposer leur mainmise sur cette société."

 

Pour autant, le pouvoir peut-il vaciller ? La sociologue n'en est pas certaine. "Ils vont à mon avis continuer à se cramponner au pouvoir et refuser d’entamer des réformes acceptables comme des élections libres. Ils auraient pu donner des gages à la population mécontente, par exemple une meilleure redistribution des revenus pétroliers. Une série de réforme est possible mais ils n’ont pas cette intelligence politique. Le régime a peur", conclut Azadeh Kian.

 

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