En France, le secteur agricole est en friche
Alors que le Salon de l’Agriculture bat son plein à Paris, Hervé Lejeune, inspecteur général honoraire de l’agriculture, plaide pour le renforcement de la compétitivité des exploitations agricoles et la souveraineté alimentaire de la France. Pourquoi la France, grande puissance agricole mondiale, peine-t-elle à assurer sa souveraineté alimentaire et à enrayer le déclin de son agriculture ?
® DREn 2025, selon les dernières données du ministère de l’Agriculture, le revenu moyen des exploitants a reculé de 6%. La France, longtemps première puissance agricole européenne, voit toutefois son excédent commercial agroalimentaire s’éroder, même si elle demeure en tête des exportateurs au sein de l’UE, devant l’Allemagne et l’Espagne.
"L’agriculture française perd en compétitivité"
"On ne peut pas tenir un discours sur la souveraineté alimentaire si on empêche toute compétitivité", déclare Hervé Lejeune. Cet empêchement de la compétitivité dépasse le seul secteur agricole : il traverse toute l’économie française. Pour l’ancien inspecteur général de l’agriculture, cet empêchement réside dans une raison simple, celle de "toujours gérer les sujets structurels de l’agriculture dans l’urgence". Cela rend la moindre action "difficilement inefficace". La dernière loi d’orientation agricole date de mars 2025. Une telle loi doit respecter plusieurs contraintes : elle dépend d’abord du cadre européen de la Politique agricole commune (PAC), ensuite de dispositifs fiscaux qui relèvent plutôt des lois de finances nationales. La Charte de l’environnement, inscrite dans la Constitution en 2004, ajoute une contrainte supplémentaire. Elle permet de bloquer une loi dès qu’on estime qu’elle risque de nuire à la santé publique à cause de ses effets environnementaux.
Notre balance commerciale agricole n'est plus excédentaire. Maintenant, elle était tout juste à l'équilibre.
La perte de la compétitivité agricole engendre un effet miroir. La France se voit contrainte d’importer plus de produits et d’en exporter moins à l’étranger. Hervé Lejeune met en garde contre le "déficit inévitable" de la balance commerciale si la France venait à "perdre ses vignobles et la production de nombreux spiritueux".
Biodiversité et souveraineté alimentaire
Hervé Lejeune avance trois propositions principales pour répondre aux difficultés du monde agricole. En protégeant les terres cultivables grâce à un principe de "non-régression des terres agricoles", envisager la "cohabitation des enjeux de biodiversité et de souveraineté alimentaire" devient possible. L’ancien conseiller pour l’agriculture déplore cependant que "très peu de recherches" sont effectuées en France à ce sujet.
Des dispositifs conciliant protection de l’environnement et souveraineté alimentaire sont possibles à l’échelle départementale ou régionale.
Ensuite, il estime nécessaire de redéfinir le rôle des agriculteurs comme "énergiculteurs". C’est-à-dire qu’ils seraient à la fois producteurs d’aliments, mais aussi d’énergie. Cela les rendrait capables d’assurer "la production d’une partie de leur propre énergie". Hervé Lejeune insiste sur "la nécessité de simplifier" la gouvernance foncière agricole, en repensant ou en allégeant les dispositifs de contrôle (agrandissements, SAFER), qu’il juge "excessifs" alors que 10% des terres agricoles sont laissées à l’abandon.


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