En Auvergne, « tout explose, tout pousse ! » pour les cueilleurs de plantes sauvages
Au pied de la chaîne des Puys, la saison bat son plein pour les cueilleurs de plantes aromatiques et médicinales. Une activité discrète mais indispensable pour faire perdurer l’ancrage local de la filière.
Denis Chaud récolte depuis plus de trente ans les plantes sauvages sur le territoire de la chaîne des Puys © RCFPlusieurs fois par mois, Camille Monnier, dirigeante de l’entreprise Happy Plantes à Châtel-Guyon, enfourche son véhicule professionnel pour rendre visite, sur le terrain, à son réseau de cueilleurs. Alors que l’herboristerie s'approvisionne principalement auprès de cueilleurs auvergnats, le territoire offre des conditions, pour la jeune cheffe d’entreprise, particulièrement favorables. « Nous avons la chance d'être au pied de la chaîne des Puys. Très vite, nous pouvons avoir des sites hyper intéressants », explique-t-elle. Altitude, diversité des milieux, zones humides ou forêts de hêtres permettent de récolter une grande variété d'espèces, de l'ortie à la reine-des-prés en passant par l'aspérule odorante.
Mais la cueillette ne s'improvise pas. Les professionnels doivent composer avec le rythme de la nature. « Dès que les chaleurs arrivent, tout explose, tout pousse. Il ne faut pas se rater », souligne Camille Monnier. Quelques jours de retard peuvent suffire à compromettre une récolte. La saison commence dès la fin de l'hiver avec les bourgeons destinés à la gemmothérapie, avant de s'accélérer fortement à partir du mois de mai.

Parmi ces cueilleurs, Denis Chaud, que nous retrouvons dans un champ bordé de grandes quantités d’orties sauvages, fait figure de référence. Ce passionné, bientôt à la retraite, a participé à la création de la coopérative SICARAPPAM en 1987, aujourd'hui forte d'une cinquantaine de producteurs. « On peut vivre des plantes. À notre époque, on peut être cueilleur et sortir un revenu », affirme-t-il. La rentabilité repose cependant sur la transformation. Une fois récoltées, les plantes sont séchées, triées et conditionnées. « Je me suis équipé au fur et à mesure de machines pour valoriser le produit. Au lieu de faire un produit brut à 5 euros, pouvoir faire un produit à 20 ou 30 euros », explique le cueilleur. L'ortie, par exemple, représente un important volume de travail : « Il faut environ huit kilos frais pour obtenir un kilo sec ».
L'enjeu de la transmission
Au-delà de l'aspect économique, Denis Chaud revendique une approche respectueuse de l'environnement. Les sites sont choisis loin des sources de pollution et les prélèvements réalisés de manière durable. « Le fait de faire du bien aux gens avec des produits locaux, parfois bio, c'est quelque chose à défendre », estime-t-il. La transmission constitue également un enjeu majeur. Le cueilleur accueille régulièrement des personnes intéressées par le métier. « Dès que quelqu'un est intéressé, je lui dis : viens avec moi, on fait une journée ». Mais il reconnaît que la réalité du terrain surprend souvent les candidats : « Les gens me disent : je ne pensais pas que c'était autant de travail ! » Travail qui continue néanmoins d'attirer celles et ceux qui recherchent autonomie, contact avec la nature et valorisation des ressources locales.
